Le cheminement obligatoire

Il m’a raconté l’histoire à propos de la fois où j’étais allé leur parler et où j’avais mentionné, tout à fait par hasard, que les sportifs avaient des cartes qu’on pouvait collectionner, mais que les artistes en avaient pas. Puis la conversation a tourné sur le fait que j’avais une immense collection de ces cartes-là. Quand j’étais enfant. Je lui ai pas parlé du fait que mon père avait détruit ma collection de cartes quand j’étais allé aux études. Peut-être que j’aurais dû, mais j’avais la tête ailleurs. Des fois, j’avais des flashbacks du temps où elle le suivait partout. Une fois, en passant sur la rue, complètement par hasard, je l’avais vu. Il était assis dans le solarium. C’était la nuit et elle était venue le rejoindre. Ça m’arrivait souvent, dans ce temps-là, de passer près de sa maison. J’avais l’im­pres­sion, si mon énergie passait près de la sienne, qu’elle sentirait ma présence à un autre niveau, mais ce soir-là je l’avais vue. Elle avait l’air bizarre, mais là encore, elle avait toujours l’air bizarre. J’avais envie de lui demander des nouvelles d’elle, même si au fond je savais déjà tout du peu qu’il y avait à savoir. J’ai continué à parler de l’air du temps. C’était même plaisant d’être là sans l’avoir autour ou entre nous deux. Faut dire aussi que j’ai jamais su ce qui c’était passé. Une fois, je lui ai posé la question, mais la réponse qu’elle m’a donnée était du genre qui dit rien, mais qui dit tout si t’arrives à oublier ce que tu entends pour te bran­cher plutôt sur la manière dont c’est dit. Tout est dans le ton de la voix. J’ai toujours détesté ça, parce que tu finis par jamais rien savoir.