J’ai pris une décision dernièrement : ne plus donner de conseils à mes amies sans qu’elles me l’aient demandé. Parfois, il faut que je me retienne à deux mains, que je me fasse un nœud dans la langue, tellement j’ai envie de dire à la personne qui se trouve en face de moi :
— Mais c’est si simple ! Tu n’as pas pensé à…
Ou
— Pourquoi tu ne fais pas telle ou telle chose ?
C’est fou à quel point, quand on est à l’extérieur d’un problème, les solutions nous semblent simples et évidentes. Mais justement, le fait d’être à l’extérieur de l’histoire fausse les données. La personne qui se trouve en face de nous et qui nous expose un problème de couple, de santé, de relation avec ses enfants, au travail ou autre, ne veut pas avoir de solution, elle veut qu’on l’écoute, un point c’est tout. En donnant des solutions, on se sent importante, on se sent efficace, on va pouvoir se coucher ce soir avec la satisfaction d’avoir réglé un dossier chaud. Et hop, un dossier de réglé, amenez-en un autre ! Mais ça ne fonctionne pas comme ça. S’affranchir de quelque chose pour un être humain requiert parfois des mois, voire même des années. Si une amie nous parle pour la millième fois de ses problèmes avec les hommes, on voudrait l’aider en lui sortant notre meilleur conseil, notre « gros vendeur », mais on ne l’aidera nullement, du moins à long terme. Et avouez-le, si votre amie ne suit pas votre conseil à la lettre, vous serez frustrée et penserez probablement quelque chose du genre :
— La prochaine fois qu’elle va venir brailler à la maison, elle pourra s’étouffer avec sa peine d’amour…
Quand j’étais adolescente, quand j’avais un problème et que j’allais voir ma mère pour recevoir de l’aide, elle me posait d’entrée de jeu la question suivante :
— Veux-tu en parler ou veux-tu le régler ?
J’avoue que je trouvais ça assez ordinaire que ma mère n’enlève pas son tablier, pour nous faire une bonne tisane et pleurer avec moi sur mes déboires. Elle me demandait si je voulais en parler ou le régler. Je devais donc d’abord me poser la question et, si je voulais en parler, me plaindre ou autre, elle me disait :
— Parfait, je te consacre cinq minutes de mon temps.
Et en cinq minutes, je chialais, je « bitchais », je critiquais la situation qui était l’objet de mon malheur et c’était terminé. Souvent, nous partions à rire et je me mettais à pétrir la pâte du pain que ma mère était en train de préparer. Si je disais que je voulais le régler, eh bien là, j’avais droit à un coaching en bonne et due forme, sans conseils de la part de ma mère, mais avec les bonnes questions qui me faisaient cheminer et prendre des décisions importantes par la suite.
J’ai une amie qui s’est fait annoncer dernièrement qu’elle devait prendre un mois de repos. Elle a eu des palpitations cardiaques et s’est fait donner un sérieux avertissement par son médecin. Après nous avoir annoncé la nouvelle, elle a tôt fait de nous dire qu’il n’était pas question pour elle de prendre un mois de repos. Ma sœur et moi, affolées, avons passé plus d’une heure ensemble au téléphone pour savoir comment nous devrions intervenir. Ma sœur a appelé notre amie pour lui dire qu’il fallait qu’elle se repose et elle lui proposait qu’on fasse un appel conférence (ma sœur, notre amie et moi), pour l’aider à voir clair dans son histoire qui semblait l’affecter.
Eh bien, elle a répondu :
— Non, je n’ai pas besoin d’appel conférence, j’ai déjà perdu assez de temps avec ça. Je vais aller prendre mon bain.
Je l’avoue, cette réponse m’a dérangée. Puis j’ai compris qu’il ne sert absolument à rien de prendre les problèmes des autres sur mes épaules. Je dois laisser à mes amies ce qui leur appartient et m’occuper de ce qui me regarde, de ce qui m’appartient. Non pas que la santé de mes amies ne me tient pas à cœur, mais la façon dont elles s’en occupent, où elles sont rendues dans leur manière de bien se traiter, ça ne me regarde pas. Je serai toujours là pour mes amies, si elles veulent un appel conférence, un souper, un pep talk ou autre, mais je leur laisse gérer ça à leur guise en me mêlant de mes oignons. Depuis que j’ai pris cette décision, je remarque que j’ai plus de temps pour moi.