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Profitant de l’éclairage généreux de cette pleine lune, Scott observa ce qui avait pu occasionner le refus impérieux de Falcum. Il nota la présence d’un tronc et s’alarma soudain en voyant une masse blanchâtre recroquevillée dessus.
— Ce pourrait-il que…
Scott descendit aussitôt de sa monture pour s’approcher de la forme inerte. Des cheveux longs masquaient le visage de cette femme échouée sur le rivage. Ses deux bras entouraient le tronc comme elle avait dû s’y accrocher jusqu’à échouer ici. Scott dégagea la longue chevelure et découvrit un visage d’une pâleur effrayante. Il tâta le pouls, convaincu que la mer avait de nouveau ravi une vie.
— Elle est encore vivante, murmura-t-il entre ses lèvres, incrédule.
Sa fine robe trempée collait à la peau de la malheureuse, dévoilant son corps long et fin et ses seins ronds. Si elle vivait encore, le froid aurait sans aucun doute raison d’elle dans les minutes ou les heures qui suivraient. Scott ôta immédiatement son pull-over et l’enfila tant bien que mal sur la belle naufragée.
Sans plus attendre, Scott la porta avec aisance pour la hisser sur son cheval. Il remonta immédiatement et reprit l’inconnue tout contre son torse musculeux pour lui offrir la chaleur de son corps. Son bras gauche l’enveloppait fermement pour qu’elle ne tombe pas pendant la course de retour. De l’autre main, il guida avec habileté Falcum. La pluie se mit à tomber sur eux alors qu’il quittait la plage.
Scott craignait que la pluie glaciale ne soit fatale. Il accéléra la course de Falcum en murmurant des mots d’encouragement à l’inconnue dans ses bras. À l’écurie, le palefrenier se réveilla en sursaut. Son maître rentrait beaucoup plus tard d’ordinaire. Il resta interdit devant le couple juché sur Falcum alors même que Scott le rabrouait :
— Aide-moi, plutôt que de rester planté là !
Le palefrenier se ressaisit enfin et Scott laissa glisser vers lui la femme qui ne fit aucun mouvement.
— Elle est morte, maître !
— Ne dis pas n’importe quoi, et occupe-toi de Falcum maintenant !
Scott avait repris la naufragée dans ses bras et l’emmenait rapidement vers le manoir. Sous la lune, il voyait maintenant son visage. Il reçut un choc tant elle était belle malgré sa pâleur extrême et ses blessures. De la tempe, il remarqua du sang qui avait coulé le long de sa joue et qui se mêlait à une mèche de cheveux.
Troublé bien malgré lui, il fronça des sourcils et ouvrit violemment la porte du manoir. Son frère Will était toujours à lire. Il resta stupéfait devant son frère en chemise et trempé jusqu’aux os. Il se leva immédiatement :
— Mais qu’est-ce que…
— Va plutôt en cuisine demander un bouillon à la cuisinière, ordonna Scott sans ménagement.
Will approuva sans même se révolter face à l’impétuosité de son frère. Il y avait urgence.
Pendant ce temps, Scott monta immédiatement dans sa chambre où il savait que la cheminée était allumée. Il déposa soigneusement la jeune femme sur le divan qui faisait face aux flammes et entreprit de la dévêtir sans attendre. Il savait qu’il fallait agir vite et la pudeur n’avait pas sa place. Les vêtements trempés jonchaient le sol maintenant en tas informe. Tirant une couverture de son lit, il recouvrit la belle naufragée.
Il se dirigea vers son secrétaire où il savait trouver une bouteille d’alcool et s’en saisit. L’instant d’après, il était de retour vers la jeune femme. Il versa généreusement l’alcool dans ses mains et entreprit de frictionner les mains de l’inconnue en remontant sur ses bras. Il s’agenouilla ensuite pour s’emparer de ses pieds et les arroser également du même alcool. Tandis qu’il remontait sur les cuisses en gestes précis et vigoureux, il crut sentir un mouvement tout juste imperceptible. Ses mains s’arrêtèrent immédiatement et il observa avec espoir le visage de la jeune femme.