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Jennifer décida de reporter ses interrogations à plus tard et de profiter du bain. Elle plongea ses deux bras sous l’eau puis ressortit la main droite à plat. Elle observa l’eau glisser sur sa peau et la mousse disparaître peu à peu. 

De longues minutes plus tard, elle décida qu’il était temps de sortir. Elle prit appui sur le rebord de la baignoire et se hissa sans hâte. Elle enjambait la baignoire quand Rose apparut dans l’encadrement de la pièce.

— Pourquoi ne m’avez-vous pas appelé ? Je serais renvoyée par le maître s’il vous arrivait quelque chose, se plaignit la femme de chambre.
— Je ne voulais pas vous déranger, se justifia Jennifer.

Rose continua à bougonner tout en enveloppant Jennifer dans un peignoir moelleux avant d’être conduite jusqu’au large lit.
* * *

La nuit avait été profitable à Jennifer tout comme le bain de la veille. En ouvrant les yeux ce matin, elle se sentait vraiment mieux. Elle avait pris un petit déjeuner apporté dans sa chambre et n’hésita qu’une seconde avant de se lever. Heureuse, elle ne constata aucun étourdissement et s’enhardit à aller jusqu’à la fenêtre. Le vent était toujours présent et Jennifer eut de nouveau un pincement au cœur :

— Où es-tu, Jason ?

Tremblante et le cœur en détresse, elle se mit à pleurer. Elle se retourna brusquement en se frottant les yeux du revers de la main. Quelqu’un était entré en catimini dans sa chambre. Elle découvrit que c’était la petite Bridget :

— Moi aussi, des fois, je pleure, confessa la petite.

Jennifer resta sans voix face à ce commentaire. Elle tenta un sourire peu convainquant et finit par hocher de la tête.

— Quand on a trop de chagrin, c’est bien de pouvoir pleurer…

Bridget approuva et questionna rapidement :

— Vous allez rester longtemps, ici ?
— Non, Bridget, dès qu’un bateau pourra traverser, je rentrerais chez moi. Et je dois retrouver Jason. Je dois savoir si…

Jennifer fut incapable de prononcer le mot fatidique. Étrangement, c’est Bridget qui continua à sa place, malgré son jeune âge :

— Vous croyez qu’il est mort, hein ?

De nouvelles larmes glissèrent sur les joues de Jennifer et c’est la petite main de Bridget qui les essuya sans que Jennifer ne l’en empêche.

— Tu es plus silencieuse qu’une petite souris, Bridget. A chaque fois que tu surgis, je ne t’entends qu’au dernier moment.

Au lieu de rire du commentaire, Bridget confirma en précisant :

— Mon père n’aime pas quand je fais du bruit. 
— Bridget, qu’est-ce que tu fais là !

Autant la petite que Jennifer sursautèrent sous le commentaire brutal. Scott se tenait dans l’encadrement de la porte que Bridget avait laissée ouverte.

— Elle me tient compagnie, se rembrunit Jennifer, mécontente du ton employé.
— Retourne dans ta chambre, ta nounou te cherche partout, persista Scott sans tenir compte de l’intervention de Jennifer.
— Oui, papa. Je vous prie de m’excuser, bégaya l’enfant, les lèvres tremblantes, visiblement prête à pleurer.

Jennifer faillit insister, mais estima qu’elle risquait d’occasionner plus de problèmes à l’enfant. Sans compter qu’on pourrait peut-être la mettre à la porte elle-même ? Et alors, que ferait-elle en attendant une amélioration du climat ?