11
Will entra dans la chambre de Scott sans même frapper et aboya :
— C’est plus fort que toi, hein, il faut que tu casses tout le monde et que tu sois odieux !
— Je ne vois pas de quoi tu parles, mon cher frère.
— Je te parle de ton incapacité à avoir une discussion normale et civilisée avec les êtres humains !
— Dis-moi plutôt ce que tu veux plutôt que me faire perdre mon temps !
— Jennifer est partie. Tu entends ?
Scott tiqua sous l’information. Gardant pourtant son air hautain, il assura :
— Elle reviendra ! Il n’y aura pas de bateau encore pour plusieurs jours.
— Je n’en suis pas si sûr. Elle a demandé à la cuisinière des vivres et elle a quitté le manoir.
— Et qu’est-ce que tu attends de moi, exactement ?
Will s’en voulait encore plus. Il s’était attendu à une telle question. Il se trouvait lâche encore une fois. Baissant la tête, Will resta silencieux. Scott soupira devant l’attitude fermée de son frère, devant son incapacité à prendre réellement des décisions même les plus simples.
D’un pas souple, il marcha jusqu’à la fenêtre et nota le vent qui se levait. L’éclaircie qui avait combattu le mauvais temps n’avait pas gagné.
— Il va pleuvoir, on ne peut pas la laisser dehors par ce temps, je pars à sa recherche. Assure-toi que le feu reste actif dans la cheminée de sa chambre.
Will approuva, soulagé que son frère prenne les directives.
Scott sortit de la pièce et croisa la petite Bridget qui était clairement inquiète :
— Tu vas la ramener, hein, papa ?
— Oui, ne t’en fait pas.
— Elle est partie en montant Falcum, papa…
Scott fronça des sourcils sous cette information.
— Tu en es sûre ?
La fillette approuva et Scott descendit quatre à quatre les escaliers pour rejoindre les écuries. Son palefrenier dormait dans un coin, une bouteille vide à la main. Furieux, il le rabroua :
— Combien de chances dois-je te laisser pour que tu remontes la pente ? Quelqu’un est venu prendre Falcum et tu n’as rien vu !
Le pauvre bougre marmonna une phrase inintelligible et Scott décida de le laisser couver son mauvais vin. Il sangla une jument qui avait été l’une des préférées de sa femme et partit au galop vers la plage. Si Jennifer avait voulu partir à la recherche de son fameux Jason, c’est dans cette direction qu’il fallait chercher.
Les paroles qu’il lui avait assénées lui revenaient en mémoire et il s’en voulut d’avoir été aussi brutal. « Jennifer avait raison, je ne suis qu’un rustre ! »
Il était aussi inquiet qu’elle ait choisi Falcum. L’étalon pouvait se montrer particulièrement rétif à qui ne savait pas le manier. La pluie se mit à tomber au moment où il descendait le raidillon qui se révéla glissant. Il ralentit l’allure et la jument put enfin poser ses sabots sur le sable.
Il faisait encore clair, mais il n’y avait aucune trace ni de Jennifer ni de Falcum. Il poussa sa mouture le long du rivage et au loin, il remarqua enfin Falcum, seul qui revenait en sens inverse, marchant au pas.
Une sourde angoisse le prit. La jeune femme était tombée de sa monture. C’était la seule explication. Il attrapa les guides de Falcum quand il fut à sa hauteur et observa les environs, en quête d’une masse sur le sol. Il essaya de se rappeler ce que Jennifer portait, mais ses idées s’embrouillaient.
Était-ce dû à la brume qui venait de s’abattre, à la pluie froide qui grossissait ? Ou à un curieux phénomène qui mélangeait le présent et le passé ?