Josée la libère de ses dossiers en cours. La privée croise son futur coéquipier à la machine à café. Ils se connaissent mais n’ont jamais travaillé ensemble. Georges regarde la jeune femme renverser son gobelet sans faire attention. Il observe les fringues, le perfecto, la chemise froissée, les cheveux pas coiffés, les ongles pas faits. Il a envie de lui demander avec quel animal elle s’est battue ce matin. Georges, habitué à scruter la vie des gens, se demande qui se cache derrière ce look peu amène. Il jauge sa collègue avec l’air de celui qui sait tout mais il ignore toutefois l’obsession secrète de Fred pour les godes-ceintures. Elle n’en fait aucun usage, ni sur elle, ni sur les autres. Elle construit sa petite collection, choisit les tailles, la matière, la qualité du cuir. Son célibat dure depuis des années. Lorsque son ex l’a quittée, elle a cessé toute activité sexuelle. Ça ne l’empêche pas d’avoir des fantasmes plein la tête. Ces derniers temps, elle a envie de baiser, comme si sa vie en dépendait. Elle décide de se remettre à reluquer des brunes, des blondes, des rousses, des femmes à lunettes, à panier, à vélo, à deux-roues et éventuellement coucher avec elles. Le désir est tapi en elle. Frédérique n’est pas passée à l’action depuis longtemps. Une figure conquérante, voilà ce qu’elle aimerait être, une Dom Juan, une Casanova, une nana qui en a, une fille sur laquelle on se retourne, une tombeuse baisante et baisée, une fille en bikini capable de rendre bandante une piscine couverte. Frédérique voit bien qu’elle est très spéciale puisqu’elle fait rarement l’amour. Elle est pourtant obsédée. Aux terrasses de café, au bistrot, aux feux rouges, au supermarché, chez l’épicier, aux caisses et aux sorties des grands magasins, dans la rue, au parc, au square, elle mate. Elle passe sa vie à ça. Elle contemple les fesses, les jambes, les seins, les peaux, les visages. Elle attrape les regards. Quand les yeux s’attardent plus de trois secondes et qu’elle sent le truc possible, son corps se tend vers un ciel liquide, son cerveau devient une bite géante, ça prend toute la place ce machin érectile, c’est incontrôlable. Frédérique se rêve en hyperconquérante mais quand les jambes en coton s’approchent de la proie, elle menace de tomber, glisser, s’échouer comme une patelle sur un rocher. Frédérique se rattrape à une balustrade imaginaire et finit par se tirer dare-dare en renversant tout sur son passage. Frédérique + les femmes, c’est une série de rendez-vous manqués, une somme de timidité et une suite de regrets.