Frédérique observe une faune jusque-là inconnue. Elle a gardé sa tenue habituelle. Il faut reconnaître qu’elle détonne au milieu de la foule branchée en veste noire, tote bag, lunettes à monture épaisse pour un look total rock-chic. Elle ne ressemble à rien avec son jean large, ses baskets et son blouson en cuir XXL. Elle pourrait couper sa chevelure informe et mettre du rouge à lèvres. Elle serait peut-être jolie mais elle s’en fout. Pierre Suzanne se trouve au fond avec des clients. Et voilà qu’entre un homme, les traits fins, les cheveux blonds, le corps musclé, les tennis blanches. Sa beauté fait mal aux yeux. Il admire l’œuvre suspendue au plafond. Des lettres clignotent, La femme est un homme comme les autres. L’artiste, talons insolents, jupe léopard et rouge à lèvres sanglant, discute avec un collectionneur à la crinière blanche. Le regard acéré sur le décolleté, il s’exclame, quelle œuvre, j’achète, j’adore !

Frédérique dissimule son étonnement derrière son verre de vin blanc. Elle se retourne et marche sur les pieds de l’homme aux tennis blanches. Il se prénomme Alex. Il est critique d’art. Il entame la conversation et lui demande ce qu’elle pense de l’exposition. Elle dit qu’elle n’y connaît rien mais que ça lui plaît. Alex répond que c’est une belle œuvre sur le genre. Il lui sourit et murmure qu’elle a de beaux yeux. L’affaire Victoria la sort vraiment de sa zone de confort. Elle se sent prise au dépourvu et s’enfuit vers le buffet. La privée s’empare d’une coupe et attrape les bribes d’une discussion, les expos chez Pierre Suzanne sont souvent fantastiques. En revanche, il a pris un coup de vieux depuis la disparition de Victoria. Vous croyez qu’elle est encore vivante ? Frédérique tend l’oreille quand Georges arrive, essouflé, viens vite, j’ai retrouvé la piste de la Lanzman.