Au beau milieu de l’exposition, les détectives tombent sur le Collectionneur chinois qui les regarde de ses yeux fous, vous me croyez capable, je veux dire coupable de la disparition de la Lanzman ? Les yeux exorbités et l’écume aux lèvres, le Chinois fantasque s’exclame, je me suis emporté à Macao car Bacon me rend bingo, je veux dire, dingo. Évidemment, Laurel et Hardy, j’imagine que vous avez enquêté sur moi ? Alors peut-être avez-vous découvert que je possède des maisons dans le monde entier. À l’époque où je collectionnais comme un dingue Giacometti, j’avais une résidence secondaire en Suisse pour me rapprocher de son lieu de naissance, sur la route du Liechtenstein.
Demain, je pars à Genève, et j’ai des choses à vous montrer. C’est un lieu protégé où les œuvres ne risquent rien. Nous discuterons de cette affaire, et vous jugerez par vous-même. Il prend à témoin la commissaire d’expo, puisque vous n’ignorez rien de mes affaires et de l’œuvre de Bacon, venez avec nous.
Lors de l’entretien sur Skype, Josée affirme que plus rien ne la surprend dans cette enquête. Un visiteur a retrouvé un passeport déchiré au musée où se tient la rétrospective. Il appartient à Victoria Lanzman. Et pourtant, personne ne l’a vue. On ne sait pas si elle est vivante ni ce que sa pièce d’identité faisait là. Les détectives n’ont guère le choix, Genève est leur seule piste. Selon les recherches de la patronne, le Collectionneur est un mafieux au casier vierge. Sa folie obsessionnelle fait de lui le suspect numéro un. Suivez-le. Ne le lâchez pas. Il ne vous fera pas de mal si vous ne touchez pas au tableau. Je veux savoir minute par minute ce qu’il se passe.
En attendant le départ, Georges et Frédérique visitent la ville. Bâle est rouge. L’hôtel de ville, les murs en brique, la hauteur, l’architecture, on dirait Moscou même si je n’y ai jamais mis les pieds, se dit Frédérique. L’édition d’Art Basel se prépare dans le secret des galeries. La ville est calme. Ils s’offrent un déjeuner dans un restaurant de la ville, une Zwiebelwähe, variation de la tarte à l’oignon, et un Läckerli, petit pain d’épice. Dans la brochure de l’office du tourisme, la liste des activités est longue. On peut flâner dans le centre médiéval, admirer des œuvres à la Fondation Beyeler ou faire du shopping au Kunstmuseum. Un lieu agréable pour les touristes, un endroit incontournable pour le marché de l’art. Et une proximité rêvée avec Genève qui abrite un port franc. C’est une aubaine, une plaque tournante pour les trafics de tableaux, explique Georges. Je ne suis pas étonné de savoir que le Collectionneur abrite ses trésors dans le plus grand musée de la planète.