Chapitre 7
« Regarde comme elle se tend ! Doit y avoir un énorme gisement d’eau potable dans ce fouillis. »
L’excitation enflammait les yeux habituellement mornes d’Helaïnn l’ancienne. Curieusement, alors qu’elle ne lui avait pratiquement pas adressé la parole à l’occasion de la rhabde ukrainienne, elle semblait aujourd’hui encline à se confier à Solman. Peut-être parce qu’elle était seule, qu’elle n’était plus tenue de jouer un rôle devant son groupe, de prouver que l’âge ou la faiblesse ne diminuaient en rien les pouvoirs d’une sourcière.
La caravane resterait immobilisée toute la journée aux abords de la réserve de gaz liquéfié des portes de l’Oise, la plus importante de tout le territoire européen. Une réserve, comme les retenues d’eau potable, enfouie cinquante mètres sous terre par les armées de la ligne PMP. Pour prélever le gaz, stocké dans d’immenses cuves souterraines faites d’un alliage indestructible, les Aquariotes utilisaient un système de pompes automatiques et blindées dont, près de cent ans plus tôt, les fondateurs du peuple avaient déniché les codes d’accès. Seuls les six membres du conseil détenaient les combinaisons de dix chiffres et dix lettres qui déclenchaient les vannes d’ouverture et commandaient le flux du précieux liquide. Le tableau électronique maintenu, comme tout le système, par un groupe électrogène lui-même alimenté en gaz et entretenu par des mécabots leur permettait de surveiller l’état des stocks avec une extrême précision. Au train où allaient les choses, la réserve des portes de l’Oise assurait au peuple aquariote encore plus d’un siècle d’énergie, une durée probablement supérieure à l’espérance de vie des camions.
Cette abondance presque insolente dans un monde marqué par les pénuries avait suscité bien des convoitises. Trente ans plus tôt par exemple, le peuple léote avait enlevé deux mères du peuple afin de les contraindre sous la torture à révéler les codes. Comme elles avaient refusé de parler, on les avait découvertes quelques jours plus tard empalées sur des pieux, écorchées de la tête aux pieds. Une autre fois, c’était un clan des Slangs, les troquants d’armes, qui avait menacé d’exécuter une vingtaine d’otages, des femmes et des enfants, si on ne lui donnait pas les fameuses combinaisons. Les femmes avaient été violées et suppliciées, les enfants disséminés morceau par morceau sur les principales routes, mais, malgré la pression des parents et des maris, le conseil aquariote n’avait pas cédé. Le message adressé aux autres peuples ou aux autres groupes était clair : quel que soit le prix à payer, les Aquariotes n’accepteraient jamais de se séparer de leur gaz, pas davantage de leur réserve des portes de l’Oise que de celles, mineures, de Bavière, de Hongrie et de Moldavie. Et ils opposaient un argument choc à ceux qui, lors des rassemblements, contestaient cette mainmise sur les derniers gisements énergétiques de l’ancienne civilisation : comme ils étaient les seuls à pouvoir trouver de l’eau potable, les priver de gaz revenait à condamner à mort tous les survivants du conflit qui avait secoué la Terre pendant près de trente ans.
« Si je ne la retenais pas, elle volerait ! » s’exclama Helaïnn.
Solman examina la baguette de coudrier en forme de Y dont elle empoignait fermement les deux branches et dont la pointe se tendait à l’horizontale en direction de la forêt. Les arbres agitaient leurs feuillages comme des spectres bruissants. Les fleurs pourpres s’épanouissaient comme des taches de sang sur le fond vert et frémissant, renforçaient l’impression d’hostilité qui se dégageait de cette masse sombre, impénétrable.
« Et tu sais si l’eau est potable ? demanda Solman.
– La meilleure de toutes ! affirma Helaïnn. Une eau pure comme aux premiers jours. Ma baguette ne m’a jamais trompée.
– Elle ne réagit pas lorsque l’eau est empoisonnée ?
– Si, mais elle ne chante pas avec la même force.
– C’est vrai que tous ces arbres doivent bien s’abreuver quelque part, ajouta Solman.
– Et les animaux sauvages, peut-être qu’ils y viennent boire eux aussi… »
Ils s’étaient retrouvés là tous les deux par hasard, lui parce qu’il avait sauté sur l’occasion de passer quelques heures loin de Raïma, prise toute la journée par ses consultations, elle parce que sa baguette l’avait irrésistiblement attirée vers la forêt, comme chaque fois que la caravane traversait l’Île-de-France. Elle n’était pas la seule, d’ailleurs, à brûler d’envie de franchir cette muraille vivante, de plonger dans le cœur occulte de cette végétation intrigante. On ne comptait plus les Aquariotes et les membres des autres peuples qui avaient un jour cédé à la tentation. On ne les avait jamais revus, ce qui avait validé l’hypothèse d’une forêt machiavélique et meurtrière. D’autres histoires, plus anciennes, prétendaient qu’elle protégeait une cité fabuleuse, un éden où les rares hommes de bien de l’ancienne civilisation étaient plongés dans un sommeil profond dont ils se relèveraient lorsque la terre aurait reconstitué ses forces et réuni tous ses enfants. La meilleure façon de l’explorer aurait été de la survoler, mais les pilotes du peuple des airs qui avaient lancé leurs machines volantes au-dessus de l’Île-de-France avaient tous disparu.
Il existait d’autres forêts dans différentes régions d’Europe, une au nord de l’Espagne, une au nord de l’Italie, une au centre de l’Allemagne et quelques autres encore, mais aucune d’elles ne se dressait comme celle-ci au beau milieu d’un espace dégagé, aucune d’elles n’exerçait une telle fascination.
Le soleil se levait dans une débauche de lumière qui teintait de rose et de mauve les écharpes de brume enroulées autour des reliefs. Solman avait transféré tout le poids de son corps sur sa jambe normale, l’autre ayant été mise à mal par les trois ou quatre kilomètres de marche depuis le campement. Il mourait d’envie de s’asseoir dans l’herbe encore perlée de rosée, mais son orgueil lui commandait de rester debout, de contenir sa souffrance devant cette femme âgée qui s’interdisait de montrer ses faiblesses.
« Le temps est venu pour moi de… »
Elle s’interrompit et fixa sa baguette toujours tendue vers la forêt. Il avait déjà deviné ce qu’elle tentait de lui dire. Elle n’était plus Helaïnn la sourcière en cet instant, mais une femme qui abaissait ses barrières et dénudait son âme, une femme qui se débarrassait du fardeau de la vie.
« ... suivre ma baguette. Tu es un donneur, Solman, tu sais que je suis déjà morte une fois, quand j’ai perdu mes enfants.
– Je ne l’aurais pas su si on ne me l’avait pas raconté », dit Solman en écartant les bras.
Il lut dans ses yeux qu’elle ne le croyait pas.
« Pendant quarante-cinq ans, j’ai été morte à l’amour, morte aux autres. Mon mari a quitté un matin le campement et n’est jamais revenu. Je suppose qu’il ne supportait plus de vivre avec une femme fossilisée. Une seule chose m’a retenue à la vie durant toutes ces années : la rhabde. Ma baguette est devenue ma seule famille, ma seule confidente, la quête d’eau ma seule joie. »
Le vent froid plaquait sa robe de laine sur sa peau et soulignait les brisures de son corps décharné.
« Je pensais partir seule, sans témoin, mais finalement je suis heureuse que tu sois là. Nous ne t’avons pas réservé un bon accueil lorsque tu t’es joint à notre rhabde, et de ça, je voudrais te demander pardon. »
Solman s’abstint de lui répliquer qu’il n’avait pas eu besoin de faire appel à ses dons de clairvoyant pour déceler l’hostilité de son groupe.
« Nous, les sourciers, nous avons reçu le pouvoir de trouver l’eau, de perpétuer la vie. Et nous sommes jaloux de ce pouvoir.
– C’était le grand principe des religions mortes, intervint Solman. Faire croire à leurs adeptes qu’ils appartenaient à une élite. »
Helaïnn eut une brève expression de surprise, puis elle hocha la tête avec un sourire entendu.
« C’est exactement ça : nous sommes persuadés que nous formons une élite. Nous méprisons les chauffeurs, les mécaniciens, les lavandiers, les tisserands, les autres peuples… et même les membres du conseil. En réalité, nous ne craignons que ceux que nous croyons supérieurs, les donneurs. Toute la journée que tu as passée avec nous, Solman, nous avons vécu dans la peur. Dans une peur atroce…
– Peur de quoi ?
– Que tu brises nos illusions. Que tu nous voies comme nous sommes, de pauvres humains sous nos habits de sourciers.
– J’avais seulement l’intention d’assister à une rhabde.
– Je le sais maintenant, et je sais aussi que tu seras toujours seul, que tu rencontreras toujours la peur et la haine autour de toi. Personne n’aime les donneurs parce que tout le monde a quelque chose à se reprocher. Personne n’aime être placé devant le miroir de la vérité. Tu as deviné quelle mauvaise femme je suis, n’est-ce pas ? »
Solman détecta, tapi dans sa voix, un mal indicible, si profondément enfoui qu’il aurait échappé à l’investigation de tout clairvoyant. Il prit une longue inspiration pour essayer de dissiper son malaise et secoua la tête.
« Mes enfants n’ont pas été enlevés par des chiens errants, poursuivit Helaïnn d’une voix tremblante, entrecoupée de hoquets. Je les ai moi-même… jetés dans un précipice. Ils me prenaient trop de temps, tu comprends, ils m’empêchaient de partir en rhabde. Je ne les ai pas tués sur un coup de colère, c’était une décision mûrement réfléchie. L’eau est une maîtresse exigeante, tyrannique… »
Comme Raïma, pensa Solman.
« ... j’ai renié l’épouse et la mère, je me suis volontairement fermée à l’amour pour mieux lui plaire, pour mieux l’apprivoiser, je me suis asséchée comme ces terres désertiques qui guettent la moindre trace d’humidité. »
Des larmes épaisses roulaient sur ses joues. Elle pleurait à nouveau après un demi-siècle d’aridité. Elle ne s’attendrissait pas sur ses enfants, mais sur elle-même, sur le sacrifice terrible qu’avait exigé d’elle son pouvoir de sourcière, et la baguette s’abaissait dans ses mains, piquait vers le bas, comme perturbée par cette eau soudaine et amère qui jaillissait de son corps.
« Je suppose qu’à tes yeux je suis un monstre…
– Je ne suis pas juge », répondit Solman.
Il ne pouvait la condamner, il ressentait toute sa détresse, toute sa souffrance, il sombrait avec elle dans un gouffre noir et froid, sans aucune prise à laquelle se raccrocher, aucune épaule sur laquelle se poser.
« Tous les choix sont injustes, ajouta-t-elle. La mère Nature elle-même est injuste. »
Le voisinage de la mort lui donnait le courage de blasphémer, de fouler aux pieds les croyances des peuples nomades. Elle essuya ses larmes d’un revers de manche énergique.
« Toi aussi tu seras confronté à des choix, Solman. Quoi que tu fasses, tu sèmeras les graines du malheur dans tes sillons. Aux autres, tu diras de moi ce que tu voudras.
– Qu’est-ce que tu vas chercher là-dedans ?
– La paix, peut-être, si la Mère de toute chose veut bien me prendre en pitié… »
Ayant prononcé ces mots, elle se détourna avec brusquerie et se dirigea d’un pas alerte vers la forêt. Elle s’enfonça dans la muraille vert sombre sans marquer la moindre hésitation, sans se retourner une seule fois. Les troncs et les branches basses parurent s’écarter sur son passage. Solman vit disparaître la tache claire de sa silhouette dans la pénombre du couvert. Il entendit des craquements de branches mortes, puis un silence sépulcral retomba sur les lieux, effleuré par le friselis des feuilles et les bourdonnements d’insectes.
Assis dans l’herbe, il observa pendant de longues heures les mouvements des frondaisons agitées par la brise. Il percevait une forme de cohérence, d’intelligence dans cet enchevêtrement en apparence chaotique, inextricable. Une intelligence qui n’avait rien à voir avec l’ordre naturel : elle évoquait l’habileté manœuvrière des chiens quelques jours plus tôt, comme si la horde et la forêt étaient habitées par une conscience unique. Il éprouvait la même sensation de présence, d’attention vigilante, maléfique, il captait le même arrière-plan, la même intention destructrice. Était-ce la nouvelle mutation de la nature, une alliance criminelle entre les règnes végétal et animal destinée à éliminer les derniers hommes ? La quatrième trompette dont parlait Raïma ?
Il sut en tout cas que les arbres ne laisseraient pas Helaïnn l’ancienne aller au bout de son dernier rêve.
Après avoir contourné l’Île-de-France, la caravane avait pris la direction de l’ouest, une piste qui présentait l’avantage d’être parfaitement plate et dégagée. Elle évitait le Massif central, un ensemble pas très haut mais toujours difficile à franchir, et longeait, à partir de l’estuaire de la Gironde, les plages dorées et parfumées des Landes. Les Aquariotes ne se baignaient pas dans l’Atlantique, à cause du poison des anguillesGM – ils n’auraient de toute façon jamais osé affronter les gueules grondantes et écumantes des vagues –, mais ils appréciaient l’air imprégné d’iode et le couvert reposant des étendues de pins. La disparition d’Helaïnn l’ancienne n’avait pas soulevé un grand émoi dans la caravane. On la savait vieille, on la savait fatiguée, seule, rien d’étonnant à ce qu’elle eût décidé de « franchir l’autre porte ». Bon nombre d’anciens choisissaient ainsi de partir d’eux-mêmes plutôt que de devenir un poids mort, une bouche inutile. On gardait ceux qui s’accrochaient à la vie malgré tout, mais on ne leur épargnait aucune humiliation, on ne ratait aucune occasion de leur faire regretter leur entêtement.
L’état du pont métallique enjambant la Gironde avait suscité les plus vives inquiétudes avant son franchissement. Cependant, les chauffeurs avaient préféré courir le risque de le traverser plutôt que de prendre la piste de contournement du fleuve et d’effectuer un détour de plusieurs centaines de kilomètres. Un à un, les camions s’étaient élancés sur le tablier percé par endroits et avaient gagné l’autre rive sans encombre – et sans passagers, les chauffeurs ayant décidé d’alléger au maximum le poids de leurs véhicules. Accoudés au parapet, Solman et Raïma étaient restés un long moment à contempler l’estuaire, large en cet endroit de deux ou trois cents mètres, un miroir apaisant, bordé de rives boueuses, brisé de temps à autre par les carcasses à demi immergées de grands bateaux couchés.
Solman n’avait rien révélé des aveux d’Helaïnn à quiconque, pas même à Raïma. Il était revenu de la forêt démoralisé, non pas à cause de la vieille sourcière, mais parce que le sentiment avait grandi en lui d’être le jouet d’une force invisible et omnipotente.
Le soir de la première halte sur les bords de l’Atlantique, il éprouva le besoin d’en toucher quelques mots à mère Gwenuver. Il attendit que les cinq autres membres du conseil eussent déserté la tente pour lui faire part de son pressentiment. Assise sur son fauteuil de la salle du conseil, elle l’écouta en silence, les yeux perdus dans le vague, puis elle se redressa et le dévisagea d’un air sévère :
« Les idées de Raïma sont contagieuses. Elle t’a chamboulé l’esprit avec ses idées sur les religions mortes, sur l’Apocalypse.
– Il ne s’agit pas de ce que pense Raïma, vénérée mère, mais de ce que moi je ressens. »
Un sourire condescendant, crispant, effleura les lèvres épaisses de Gwenuver.
« Allons, mon cher fils, tu n’ignores pas que les pensées ont un grand pouvoir d’influence…
– C’est exactement ce que vous êtes en train d’essayer de faire, maugréa Solman. M’influencer. »
Elle parut offusquée par sa remarque. Avec des gestes secs, brutaux, elle remit un peu d’ordre dans sa tenue chiffonnée, toujours les mêmes tuniques et jupes amples aux teintes acidulées. Les grondements lointains et réguliers de l’Océan rythmaient le ronronnement des moteurs et s’échouaient dans la pénombre de la tente où s’engouffrait une entêtante odeur de résine.
« Je ne pense qu’au bien du peuple aquariote, Solman. »
Gwenuver ne mentait pas, mais il captait dans sa voix une note cynique, dissonante, qui trahissait une disposition à employer tous les moyens pour atteindre ses buts. Une pensée traversa l’esprit de Solman, qu’il rejeta avec violence d’abord, mais qui continua de tracer son chemin. « Tu trouveras toujours la peur et la haine autour de toi », avait déclaré Helaïnn l’ancienne. Gwenuver, la vénérée mère du peuple, avait peur de lui en cet instant : de minuscules gouttes de sueur perlaient aux coins de ses lèvres, ses mains tremblaient légèrement, ses yeux voletaient d’un coin à l’autre de la tente comme des oiseaux pris au piège.
« Raïma n’a pas été blessée par les chiens l’autre nuit », dit-il en détachant chacune de ses syllabes.
L’infime tressaillement de la vieille femme ne lui échappa pas, pas davantage que son effort pour se ressaisir et garder le contrôle d’elle-même.
« Qui alors ? Un cavalier de l’Apocalypse ? »
Elle avait tenté de donner un tour badin à ses paroles mais sa voix avait sonné comme un instrument désaccordé.
« Un Aquariote, déclara Solman, très calme. Il s’appelle Rilvo. Vous le connaissez ? »
Les paupières mi-closes, elle feignit de fouiller dans ses souvenirs pour se donner le temps de la réflexion, puis elle rouvrit les yeux et lui décocha un regard offensif, venimeux.
« J’ai l’impression d’être soumise à l’interrogatoire, mon cher fils. Ai-je commis une faute si grave qu’elle me vaille le feu de tes questions ? »
Elle se retranchait derrière son statut de mère pour inverser le rapport de forces. Elle avait parfaitement repris empire sur elle-même mais sa brève montée de panique confortait Solman dans l’idée qu’elle était mêlée, de près ou de loin, à la tentative d’assassinat sur Raïma. Personne n’aime les donneurs parce que tout le monde a quelque chose à se reprocher…
« D’autre part, pourquoi avoir attendu tout ce temps pour me confier une histoire qui regarde la sécurité du peuple aquariote ? »
Il venait de s’en faire une adversaire directe, une ennemie qui n’hésiterait pas à recourir aux méthodes les plus radicales pour ne pas être éclaboussée par un scandale, pour ne pas subir le sort des pères et des mères qui étaient convaincus d’avoir trahi la confiance de leur peuple : la mort par absorption d’ultra-cyanure.
« Je ne vous accuse d’aucune faute, vénérée mère, et je ne voulais pas vous déranger avec ça. Il ne s’agissait sans doute que d’une tentative de viol qui a mal tourné. Et puis les chiens ont déjà puni Rilvo. »
Il perçut la détente immédiate et abrupte de tous les muscles, de toutes les articulations, de tous les nerfs de mère Gwenuver. Elle passa ses doigts écartés dans la masse grise de ses cheveux, se leva, fit quelques pas pesants en direction de l’ouverture de la tente, éteignit au passage la lampe à gaz suspendue à une des barres de l’armature.
« Nous tâcherons de tirer ça au clair. Prends garde à toi, Solman : tu perds le sens des priorités depuis que tu t’es installé dans la voiture de Raïma. Ton statut de clairvoyant ne te donne pas tous les droits. »
Elle sortit dans la nuit sans se retourner. Sa voix chargée de menace vibra un long moment dans le silence de la tente. Désormais, Solman n’aurait plus jamais un moment de tranquillité dans l’enceinte du campement aquariote.