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Seigneur de Guerre Braun, Couloir du Douzième Étage


Je l'avais trouvée. Ma partenaire. La belle brune qui s'était pointée dans ma chambre.

J'avais appris de la bouche même du Seigneur de guerre Wulf que lors de sa rencontre avec Olivia, sa bête avait choisi sans éprouver le moindre doute, le moindre regret, en éprouvant un sentiment de paix.

Olivia, sa partenaire humaine, avait éclaté de rire en disant que c'était de la magie, une notion mystique à laquelle croyaient les humains. Je n'avais rien compris à ce qu'ils racontaient, mais maintenant, tout s'éclairait.

Ma femme était apparue comme par magie, comme si je l'avais... invoquée, grâce aux dernières lueurs d'espoir qui m'aidaient à tenir.

Non, pas l'espoir. La discipline. L'enfermement. J'avais tenu la bête à distance pendant des années, la malédiction de la fièvre d’accouplement atlan bouillait dans mon sang tel un feu ardent. Mais j'avais toujours gardé mon sang-froid. Tolérer un seul acte de rébellion de ma bête équivaudrait à capituler.

Et je ne pouvais pas m'y résoudre car la bête ne m'obéirait pas une fois libre. Elle déchirerait et détruirait tout sur son passage — elle exceptée.

Je posai mes mains à plat sur les portes froides de l'ascenseur, pris plusieurs profondes inspirations et la refoulai vers l'abîme infernal où je la gardais enchaînée depuis trop longtemps. Après des mois de calvaire sans nom, elle s'était calmée quand j'avais pris les jumeaux de Caroline et Rezzer dans mes bras. Elle se calmait quand les enfants riaient et jouaient à proximité. Ma bête ne se mettait jamais en colère en compagnie d'un petit enfant. Mais la technique s'avérait de moins en moins probante.

Elle enrageait pour un rien depuis quelques mois. Les barrières mentales que j'avais érigées pour la garder sous contrôle étaient minces. Dangereusement minces.

Si je ne trouvais pas de femme pour la calmer, je me verrais contraint d'opter pour l'exécution. La force et la rage de combattre d'un Seigneur de guerre atlan était à la fois une chance et une malédiction.

J'avais besoin de ma partenaire, des bracelets de mariage à mes poignets. Et aux siens. Ma bête avait besoin d'une femme à choyer et protéger. À qui donner du plaisir. Pour ancrer la bête et l'homme dans la réalité. Enfin, pas sur Terre, mais avec moi. Et elle avait choisi.

Et pourtant, elle s'était enfuie. La femme de ménage, notre partenaire, nous avait filé entre les doigts.

Incapable de contenir la déferlante d'émotions envoyée par la bête, j'ouvris la bouche et poussai un rugissement devant la porte fermée. Juste une fois. La bête voulait qu'elle sache, qu'elle entende, qu'elle réponde à sa requête.

Putain. Je pressais mon front contre le métal froid et essayais de me calmer, ma bête se battait bec et ongles pour ouvrir la porte à mains nues, sauter dans la cage d'ascenseur et l'emmener en lieu sûr. Un endroit où elle pourrait apprendre à nous connaître. Un endroit calme et isolé, idéal pour la posséder.

L'agacement de la bête augmentait de façon exponentielle depuis que j'étais sur Terre, j'avais tout de suite compris que les femmes qui m'entouraient n'étaient pas pour moi. J'étais irritable, frustré. Contrarié. Ces vingt-quatre femmes choisies pour l'émission Bachelor La Bête Célibataire étaient exactement comme Wulf les avait décrites. Certaines étaient arrogantes et superficielles. D'autres, intriguées par les hommes extraterrestres. D'autres encore, agréables. Toutes des beautés, sans exception.

Ma bête ne voulait pas d'elles.

J'étais content de savoir que malgré cette émission de divertissement terrienne complètement folle, des humaines étaient désireuses de se mettre en couple avec un valeureux combattant de la Coalition, même issu de la Colonie, mais c'était une autre histoire quand toutes me couraient après.

On aurait dit des intercepteurs de la Ruche me tournant autour en attendant leur heure.

Maintenant encore, alors que je fixais les portes fermées de l'ascenseur — ma femme était quelque part ailleurs dans l'hôtel — je les savais toutes dans le long couloir. L'étage entier était réservé aux participants de l'émission de télévision.

Priscilla — la femme, se cachait derrière moi. Elle attendait. Je reconnus son odeur écœurante sans même me retourner.

Ma bête était totalement subjuguée par notre partenaire. Elle avait vu son expression stupéfaite, son regard réprobateur quand la candidate pot-de-colle m'avait touché. Nous avions contrarié notre femme en permettant ce contact, même fugace.

Un doux bruissement d'étoffe, et je compris que Priscilla bougeait, prête à retenter sa chance.

— Ne me touche pas, femme, je préférais la prévenir. Je refusais de la regarder en face, espérant qu'elle tourne les talons.

Elle tressaillît mais recula.

— Excuse-moi, je voulais simplement—

Elle n'acheva pas sa phrase mais je n'avais pas envie d'entendre ce qu'elle avait à dire de toute façon. Ses intentions étaient claires. Me séduire. Elle ne comprenait rien aux Atlans. Elle avait déjà perdu la bataille sans même commencer. Ma bête ne voulait rien avoir à faire avec elle. Ma bête n'était intéressée que par une seule et unique femme.

Une seule.

La mienne. La mienne. La mienne, psalmodiait ma bête, et impossible de lui faire fermer sa putain de gueule.

J'avais envie d'arracher les portes métalliques de l'ascenseur, mais je savais que ma compagne n'y serait pas. J'avais appris le concept de l'ascenseur à mon arrivée. Les machines étaient vraiment primitives sur Terre.

Je bandais. Ma bête voulait sortir, mourrait d'impatience de traquer notre femme. Voulait la goûter. La toucher. L'emmener dans notre suite et la baiser. Je la plaquerais doucement contre le mur, ses jambes enroulées autour de ma taille. Elle était si petite que je me demandais si elle serait en mesure de croiser ses chevilles autour de mes reins.

J'empoignai la base de ma bite et me branlai une fois. Oui, elle s'impatientait. Douce. Pulpeuse. Mouillée. Inutile de m'inquiéter de l'écraser vues ses courbes généreuses. Son corps accueillant m'amortirait pendant que je la pilonnerais. Que je la possèderais.

Elle accepterait mes bracelets de mariage et je l'emmènerais loin de cette planète primitive. Contrairement à toutes les Terriennes de la Colonie, elle avait une peau d'un noir sublime, comparable à la plus sombre des peaux prillons. Ses cheveux étaient aussi noirs que les confins de l'espace, si épais et si longs que je pourrais les enrouler autour de mon poing et l'immobiliser pour l'embrasser.

Putain ! Je me branlais une fois de plus mais cela ne m'apaisa pas pour autant. Rien ne pouvait me calmer, hormis tringler ma femme. Je l'avais attendue toute ma vie, et je l'avais enfin trouvée.

Trois jours. J'étais sur cette planète archaïque depuis trois jours. Je pensais commencer l'émission immédiatement mais Chet Bosworth, cet agaçant petit humain qu'on appelait le maître de cérémonie, avait attrapé une maladie humaine bizarre nommée conjonctivite, il refusait de se montrer face aux caméras tant qu'elle n'avait pas disparu.

Les baguettes ReGen n'existaient pas ici, on m'avait prévenu qu'il faudrait plusieurs jours avant que Chet ne soit rétabli. Je faillis m'arracher pratiquement les cheveux vu le délai. J'avais appelé Wulf et pesté. Je m'étais même plaint au Gouverneur Maxim, je lui avais fait part de mon mécontentement en tant que volontaire du prochain Bachelor La Bête Célibataire.

Il avait essayé de me venir en aide. J'avais été testé mais je n'étais pas compatible. J'aurais voulu embrasser le gouverneur, il avait raison. J'avais trouvé ma femme ici sur Terre. Grâce à cette émission ridicule. Tout comme l'épouse de Wulf, elle ne participait pas au concours.

Je ne connaissais même pas son prénom. Je ne savais pas où elle était partie. Je passai ma main dans mes cheveux et fis volte-face. Ma bête me poussait à la retrouver. Elle était dans ce bâtiment. Je fouillerais tous les étages. Je haletais, poings serrés.

Je vis soudainement les femmes postées devant leurs chambres, tout le long de l'étage. La moquette multicolore hideuse et les murs dorés me faisaient d'autant plus regretter le design épuré de la Base 5.

Les femmes s'exclamèrent quasiment toutes en chœur alors que je leur fis face, ma bite à la main. Elles étaient bouche bée ou affichaient un grand sourire, leurs regards fixés sur ma verge. Toutes, sans exception. Priscilla, qui avait osé me toucher, recula d'un pas.

Audacieuse, mais pas stupide.

— Hé alors, mon grand, on a besoin d'aide ? demanda une autre, une blonde aux longs cheveux lisses qui lui arrivaient dans le dos. Suffisamment mince pour que je m'interroge sur ses apports nutritionnels ; vue la taille de ses seins, l'enfant qu'elle mettrait au monde ne mourrait pas de faim.

Je l'avais déjà rencontrée. Ginger ou Grace ou Gabby. Quelque chose commençant par un G.

Ses paroles cinglantes me firent réaliser que j'étais nu. La bite à la main. Dans le couloir.

Putain.

Je lâchai ma queue qui resta raide je bandais comme un putain de taureau.

— C'est quoi une femme de chambre, exactement ? demandai-je.

Elle écarquilla les yeux comme je m'approchais. Elle essayait de me regarder dans les yeux, mais elle trouvait impossible de ne pas reluquer mon corps. Je n'étais pas modeste pour deux sous. Elle pouvait mater tout son saoul, j'en n'avais rien à foutre. Elle ne me touchait pas, elle ne tenterait rien. La bête ne la laisserait pas faire.

— Une femme de chambre ? demanda-t-elle intriguée. Quelqu'un qui fait le ménage.

— Pourquoi, les humains ne peuvent pas faire le ménage eux-mêmes ?

Elle sourit et m'adressa un clin d'œil.

— Tu n'as pas l'air sale, mais je serais ravie de t'aider si tu as besoin d'aide pour te laver.

Olivia, la nouvelle compagne de Wulf, levait souvent les yeux au ciel. Comme les autres femmes humaines de la Colonie. J'étais tenté de faire de même.

— Pourquoi ? demandai-je, les dents serrées.

— Parce que tu es sublime.

Ma bête avait envie de grogner et la faire fuir. Mais ça ne nous aiderait pas, et nous avions besoin de réponses.

— Pourquoi faire, des femmes de chambre ?

— Pourquoi l'hôtel a des femmes de chambre ?

Deux autres concurrentes l'avaient rejointe, le trio me reluquait maintenant.

Je hochai la tête. Je devais trouver ma femme, si je devais me procurer des informations auprès de ces femmes pour y parvenir, je le ferais. Peu importe que la tâche soit pénible.

— Nous ne sommes pas chez nous. C'est comme des vacances. Par conséquent, quelqu'un d'autre fait le sale boulot, répondit la blonde.

La femme à côté d'elle — à la peau noire, aussi belle que celle de ma partenaire — hocha la tête et ajouta :

— Parce que c'est leur travail.

Je n'avais pas l'habitude d'avoir un serviteur. Voilà ce que faisait ma partenaire, même si le terme employé sur Terre était domestique. Sur Atlan, les serviteurs étaient respectés et appréciés, étaient des membres de la famille à part entière. Tout le monde faisait son travail, ils étaient considérés comme nos égaux, je me mis à détester énormément ces deux femmes au vu de leurs réponses, le ton employé, le dénigrement manifeste envers les personnes à leur service. Ne pas vouloir d'une femme était une chose, ne pas la respecter en était une autre.

— La femme de chambre ne t'a pas laissé de serviettes ou quoi ? J'en ai dans ma chambre, proposa la femme à la peau noire. Tu peux avoir tout ce que tu veux dans ma chambre.

J'avais compris sa phrase à double sens. Elle esquissa un geste similaire à celui de Priscilla, sa main se rapprocha dangereusement de mon bras.

Je m'écartai. Aucune femme ne me toucherait, ma compagne exceptée.

— Non, j'ai des serviettes propres dans la mienne, rétorqua la blonde en levant sa main pour la poser sur ma poitrine.

Je reculai en tressaillant. Je ne ferais jamais de mal à une femme, mais ces trois-là mettaient ma patience à rude épreuve. Un rugissement bien senti, voire un grognement leur apprendrait le respect.

C'est comme ça qu'elles traitaient les mâles humains ? Elles se battaient comme si nous n'étions qu'un vulgaire bout de viande ? Un simple trophée ? Une chose à conquérir, et non un homme respectable ? Aucune d'elles ne m'avait posé une seule question. Elles ignoraient tout de ma famille, de la guerre, de mon passé.

Elles ne connaissaient peut-être même pas mon prénom, car aucune n'avait daigné l'employer.

Si tel était le cas, que tous les hommes de la planète ne se soient pas déjà portés volontaires pour servir dans la Flotte de la Coalition afin de leur échapper était un vrai miracle.

Et pourtant... les humaines que je connaissais, celles mariées à d'autres guerriers, n'étaient pas comme ces femmes. Je suppose que ma compagne ressemblait plus à Olivia et Caroline qu'à ces animaux humains appelé vautours qui me tournaient autour.

— Les femmes de chambre arrivent à une heure précise ?

Je n'en avais encore jamais vu avant l'apparition de ma compagne. Ces derniers jours, j'avais passé des entretiens et assisté à des réunions bizarres pour l'émission. J'avais même dû m'adapter aux vêtements terriens à ma taille.

Elles hochèrent la tête à l'unisson.

— Tous les matins.

— Hum... qu'est-ce que tu fabriques à poil dans le couloir ? demanda la blonde.

Je me regardai, j'avais envie de lever les yeux au ciel. À nouveau. Je passai devant les femmes et regagnai ma suite, la porte se referma derrière moi. Mon hurlement fit trembler les vitres.

Vingt-quatre femmes traînaient dans le couloir devant ma chambre, celle qui m'intéressait s'était enfuie. Mais elle reviendrait. Demain.

L'attente promettait d'être une vraie torture. J'allais prendre l'hôtel d'assaut et la trouver. Ma bête adorait cette idée. Mais elle s'était enfuie alors que ma bête n'était pas aux commandes. Si je la laissais faire, je risquais de l'effrayer à tout jamais.

Non, je ferais en sorte qu'elle vienne à moi. Je me montrerais patient. Putain, je n'étais pas sûr de savoir comment faire, mais je trouverais bien. Je ferais n'importe quoi pour ma femme, même attendre. J'attendais depuis des années. Je n'étais pas à quelques heures près ?

Ma bête n'appréciait pas ma façon de penser. En fait, elle enrageait. Elle faisait les cent pas. Elle s'était battue pour se libérer, détruire tout et tout le monde sur son passage. Elle avait besoin d'elle. L'instinct de survie se manifestait et je dus me pencher, mains sur les genoux, yeux fermés, pour réfléchir.

Réfléchir.

Je devais faire preuve d'intelligence. Je ne pouvais pas me permettre de faire la moindre erreur. Ma fièvre ne ferait qu'empirer maintenant que je l'avais trouvée, sans pouvoir la posséder. Je devais faire preuve d'une sacrée dose de patience.

Demain, lui promis-je. Demain, nous serons libérés. Demain, nous ne serons plus seuls, le feu qui consumait notre corps cesserait de brûler. De faire mal.

La femme de chambre était à moi. Mais elle ne le savait pas encore.