Angela, Vingt-Quatre Heures Plus Tard
— Je te le répète, Casey, je ne peux pas. Je me planquais dans la buanderie depuis dix bonnes minutes, mon téléphone portable rendait ma main moite. La batterie du téléphone me donnait chaud. Sans compter la chaleur des sèche-linges. Sans compter l'idée de devoir retourner dans la suite de cet extraterrestre sexy, ne serait-ce que pour nettoyer sa cuvette des chiottes.
OMD. C'était tout bonnement impossible.
Casey, mon meilleur ami depuis le collège, devrait normalement être en ville et me donner de bons conseils. Mais il était à Paris, à une conférence stupide sur la mode, à admirer des chaussures, sacs à main et vêtements qui ne m'allaient plus depuis le CE2. Je le détestais, lui et son boulot de luxe. Paris. L'humidité faisait friser mes cheveux, debout dans les entrailles d'un hôtel.
— Écoute-moi, copine, répliqua-t-il, toi et ton superbe cul noir allez monter dans cet ascenseur, vous rendre au dernier étage et nettoyer la chambre de cet homme comme une pro.
Je levais les yeux au ciel, bien qu'il ne puisse pas me voir de l'autre côté de l'océan.
— Ce n'est pas un homme.
Vu le rire entendu de Casey, j'étais hyper gênée pour tous les hommes gays dans un rayon de cent-cinquante kilomètres autour de mon meilleur ami. Ce n'est pas ce que tu m'as dit hier soir. Oh, non. Tu as dit que sa bite faisait la taille d'un...
— Tais-toi ! Je repoussai les cheveux humides de mon visage et soupirai. Inutile de me le rappeler. Comme si j'avais besoin qu'on me le rappelle. Je n'avais guère pensé à autre chose depuis que je m'étais enfuie hier. Un extraterrestre prénommé Braun, était ici, sur Terre, pour trouver la femme parfaite dans l'émission Bachelor La Bête Célibataire. Le seul extraterrestre sexy sur lequel toutes les femmes de la planète fantasmaient.
Je pensais aussi à sa poitrine. À Sa bouche. Ces cuisses musclées.
— Il ne se souviendra probablement même pas de toi, pas vrai ? demanda-t-il, le grésillement de la ligne me rappelait qu'il était vraiment surprenant que je puisse parler à mon meilleur ami qui se trouvait à des milliers de kilomètres, mais je réalisai que Braun venait d'une planète située à des millions de kilomètres. Des millions. De. Kilomètres.
— C'est ce que tu m'as dit hier soir, ajouta-t-il.
Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel.
— Après t'avoir dit qu'il m'avait poursuivie dans le couloir.
Casey rigola.
— À poil. Tu as dit que tu voulais... Qu'est-ce que tu as dit déjà ? Hmm ? Le lécher partout ? Le chevaucher comme une cowgirl ?
Je mis ma main devant mon visage, bien que personne ne puisse me voir.
— Tais-toi, Casey. Inutile de me le rappeler. Deux verres de vin, Oscar ronronnant sur mes genoux, et j'avais confié à mon meilleur ami des choses que j'aurais dû taire.
— T'avais envie de lui, ma belle. Tu n'as jamais parlé de Kevin comme ça. Alors pourquoi t'es partie ? Tu ne retiens pas mes leçons ? Si un homme que tu as envie de lécher partout te poursuit, nu, arrête-toi et laisse venir.
— Non. Je ne peux pas. Quel désastre pensai-je. Je n'ai pas été virée, c'est déjà ça, avouai-je ensuite.
A la fin de mon service hier, je m’étais attendue à ce que mon patron m'appelle pour me dire que j'étais virée. Aucun appel n'était venu, je m'étais donc présentée ce matin. La boule au ventre. Je m'étais mise au boulot, personne ne m'avait dit quoi que ce soit, ni de ne pas mettre les pieds au douzième étage.
— Tu n'as rien fait de mal, souffla Casey.
— Je me suis comportée comme une idiote et j'ai paniqué. Et je me suis rincée l'œil. Je ne suis pas censée baver sur les clients. C’est la raison pour laquelle j'étais nerveuse comme pas deux. Braun était le plus beau spécimen que j'ai jamais vu. Et ce n'était pas peu dire, j'appréciais la beauté sous toutes ses formes. Surtout la sienne.
Les deux douzaines de superbes femmes qui rôdaient dans les couloirs et essayaient toujours de le choper en dehors de sa chambre étaient toutes sublimes chacune dans leur genre. Uniques. De vraies beautés.
Je leur avais fait un beau cadeau. Braun, nu, et une longue, longue marche jusqu'à sa suite. Nous étions peut-être seuls lorsque j'avais détalé de sa chambre, mais j'avais vu comment les femmes étaient sorties des leurs lorsqu'il avait crié, elles s'étaient agglutinées derrière lui, attendant de bondir une fois les portes de l'ascenseur refermées.
Et quand la main de Priscilla s'était glissée autour de son biceps comme si c'était son mec ?
J'avais toujours envie d'arracher les yeux de sa jolie petite tête.
— Eh bien, tu sais ce que je pense. Je te l'ai déjà dit des milliers de fois.
— Oui. Je t'adore.
— Moi aussi je t'adore. Arrête de te taper des connards.
— On dirait que c'est tout ce qui reste. J'avais vingt-quatre ans, pas treize. La plupart de mes amies du lycée étaient passées à autre chose. Université. École de commerce. Mariées. Plein de choses. Elles vivaient leur vie, et j'essayais toujours d'entamer la mienne. Six ans à l'école d'infirmières était certainement un record... et ce n'était pas terminé.
Je soupirai pile au moment où mon talkie-walkie se mit à sonner.
— Angela. Tu as fini la suite présidentielle ? J'ai terminé le deuxième étage. Je peux t'aider si tu veux.
— Ça va. Merci, Tina. Rentre chez toi. Je parlais doucement dans l'émetteur, mais Casey n'en perdait pas une miette.
— C'est vrai, Ang. Va le rejoindre, dit Casey. Mate-le bien quand il enlèvera son froc. Ah merde, il a déjà enlevé son froc ! Il éclata de rire mais je ne trouvais pas ça drôle. Je veux tous les détails à mon retour en ville la semaine prochaine.
— Tais-toi. T'es vraiment un obsédé.
— Prends exemple. C'est plus marrant, surtout quand ils sont beaux comme des dieux.
— Peu importe. Je compte sur toi pour me rapporter des chaussures françaises sublimes ! lui rappelai-je avant qu'il raccroche.
Je fourrai le téléphone portable dans ma poche. Tout comme les femmes venues tenter leur chance pour conquérir le cœur de Braun — j'avais également nettoyé leurs chambres cette semaine –— Casey était beau, sensuel et mon exact opposé en termes de sex-appeal. Si Casey voyait un homme qui lui plaisait, il l'abordait. Il se faisait souvent remballer mais ne s'avouait jamais vaincu.
Je pouvais compter sur deux doigts le nombre d'hommes avec qui j'avais couché. Kevin était amusant, du moins je l’avais cru. On s'était rencontrés par amis interposés. Il avait l'air d'un chic type. Fils d'un homme politique au niveau régional, il avait appris à manipuler et mentir. Il faisait semblant comme pro. Quand il avait voulu emménager, je n'avais pas réalisé qu'il avait été viré de son travail et qu'il jouait pour essayer de gagner du fric. Avec lui, c'était la fête ou la disette, mais il était trop rusé pour l'avouer. Je l'avais laissé habiter chez moi et compris trop tard ce qu'il fabriquait. Kevin avait un père était plein aux as — blindé — mais me piquait du fric pour payer ses bookmakers. Je l'avais foutu à la porte... avec toutes ses affaires.
Et puis il y avait eu Brandon, le gentil garçon rencontré en première année de fac. Il était gentil, très lent à la détente, et quand il se bougeait enfin, il était un peu trop rapide niveau orgasme. Du moins quand il s'agissait du sien.
Je m’étais dit qu'on était jeunes. Qu'il fallait du temps pour apprendre à connaître nos corps. Mais ça avait été idiot de ma part. Kevin se fichait de me faire jouir. J'aurais dû lui dessiner une carte de mon clitoris. J'aurais dû le larguer plus tôt, mais idiote que j'étais, je ne l'avais pas fait, jusqu'à ce que je tombe des nues. J'avais compris qu'il était vraiment con mais j'avais pris cher. Il m’avait cachée son jeu, et moi par la même occasion, à son Papounet. Je soupirai et arrêtai de me mettre la rate au court-bouillon pour ce connard.
Incapable de retarder l'inévitable minute de pause de plus sans risquer littéralement mon poste, je poussai mon chariot dans l'ascenseur de service et me dirigeai vers l'étage VIP et la chambre de Braun.
Je frappai trois fois.
— Service d'entretien !
Silence. À nouveau.
La respiration que je retenais sans m'en rendre compte s'échappa dans un grand soupir. Dieu merci.
Je frappai à nouveau et m'annonçai, au cas où. Comme personne ne répondait, j'utilisai ma clé et entrai dans la chambre. Comme d'habitude, je laissai le chariot dans le couloir.
— Service d'entretien ! annonçai-je à nouveau, ne souhaitant pas répéter la journée d'hier. D'accord, peut-être qu'au final j'en avais envie, mais j'avais peur de partir de nouveau en courant et de me ridiculiser une deuxième fois. Une fois suffisait.
En l'absence de réponse, je me rendis dans la chambre, mais cette fois, j’y passai d'abord la tête. Vide. J'avançai sur la pointe des pieds — comme une imbécile — jusqu'à la porte de la salle de bain et jetai un coup d'œil à l'intérieur.
Je soupirai. Pourquoi mon cœur battait-il la chamade ? Pourquoi ma peau se piquetait-elle de chair de poule et semblai-je déçue ? Il n'était pas là. Je voulais l'éviter mais j'étais triste qu'il ne soit pas là.
J'étais une imbécile. Une catastrophe ambulante.
J'avais toujours mon boulot, ce qui signifiait que je devais nettoyer la suite. La suite heureusement vide.
La porte de la suite se referma alors que j'allais chercher le chariot. Je poussai un cri.
Braun, dos à la porte, me bloquait la sortie.
L'extraterrestre.
Le cyborg.
Putain, l'homme le plus sexy que j'aie jamais vu.
Il avait l'air agacé, bras croisés sur sa poitrine — malheureusement recouverte d'un T-shirt moulant assorti à ses cheveux brun miel. Ses yeux dorés avaient une nuance inhabituelle, même sans l'étrange cercle argenté que je distinguais juste autour des iris. Et il était grand. Plus grand que dans mon souvenir de la veille. Le plafond de cette suite n'était qu'à quelques petits centimètres au-dessus de sa tête.
Dieu du ciel, il devait se baisser pour marcher sans se cogner aux lustres.
— Dites-moi comment vous vous appelez.
Eh bien, ce n'était pas ce à quoi je m'attendais, et son ordre m'agaçait, d'autant qu'il me bloquait la sortie. Je serrai les poings avant de me détendre.
— Je ne préfère pas. Je vais y aller. Vous voudrez bien contacter la réception quand vous serez prêt à ce qu'on fasse le ménage de votre chambre.
Il ne bougea. Pas. D'un. Pouce. Il ne cilla même pas, ses yeux dorés étaient fixés sur moi comme deux faisceaux lasers. J'aurais dû avoir peur, un client ne me laissait pas quitter sa suite. Mais pas du tout. Pas avec lui.
— S'il vous plaît, madame, connaître votre prénom serait un véritable honneur.
J'étais perplexe. Je n'avais jamais entendu personne parler de manière aussi formelle et polie auparavant.
— Où avez-vous appris à parler anglais ?
C'était un extraterrestre d'une autre planète. Hier soir, j'avais passé des heures à me demander comment il avait fait pour communiquer. J'avais entendu parler des neuroprocesseurs que recevait une jeune épouse lors de son mariage, afin de pouvoir comprendre son compagnon et toute autre langue de l'univers une fois sur leur nouvelle planète. Mais pouvoir comprendre ce qu'elle entendait ne voulait pas dire pour autant parler la langue de l'extraterrestre.
— Nous devons étudier et apprendre votre langue sur la Colonie pour être éligible au voyage sur Terre et trouver une compagne, répondit-il.
— Vous devez passer un test ?
— Bien sûr. Je me suis mal exprimé ?
Il avait l'air sincèrement contrarié par cette idée, alors je secouai la tête.
— Non. Votre anglais est parfait.
— Votre nom. S'il vous plaît.
Je lui avais montré mon badge la veille, mais ce genre de choses n'existaient peut-être pas dans l'espace.
Je n'avais aucun espoir de lui résister, pas vraiment. Pas lorsqu'il se comportait en parfait gentleman.
— Angela. Angela Kaur. Ma mère est née en Alabama, mon père en Inde. Il est ingénieur. Trop d'informations ? Je poursuivis, comme si une digue s'était rompue. En bafouillant. Et vous c'est Braun, ici pour l'émission Bachelor La Bête Célibataire. Pourquoi m'avoir poursuivie dans le couloir hier ? Pourquoi avoir rugi ? Vous avez vu toutes ces femmes qui n'attendaient qu'une chose, planter leurs ongles dans votre corps ? L'émission n'a même pas encore commencé et elles vous tournent autour comme les vautours d'un concours de beauté. Combien vous ont suivi jusqu'à votre chambre ?
Ça devait être les phéromones, non ? Les siennes. Je bafouillais, je le dévisageais et le désirais. Et je passais pour une gamine jalouse.
Tais-toi.
Mon cœur s'emballa devant son sourire. Bon sang, un sourire impitoyable qui le métamorphosait d'extraterrestre immense et potentiellement dangereux en ... un mec sexy en diable.
— Toutes.
— Toutes ? Merde. J'avais dit ça pour plaisanter. En partie. Je ne m'étais jamais sentie aussi verte de jalousie. Je détestais ces bimbos et leurs produits capillaires de luxe.
— Vous êtes jalouse ? demanda-t-il.
Merde. Quelle était la bonne réponse ? La vérité ? La vérité c'était oui, mais je restai silencieuse et il poursuivit.
— Vous savez ce que j'aimerais ? Sa voix n'était plus tendre, mais plus posée. Comme s'il partageait un secret, bien que nous soyons complètement, totalement seuls.
Je secouai la tête alors qu'il s'écartait de la porte pour se rapprocher de moi. Lentement. Comme si j'étais un chat de gouttière sur le point de fuir. Je restai pétrifiée et déglutis. Plus il s'approchait, plus je penchais la tête en arrière.
— Vous. J'attendais votre retour. Il leva la main et toucha les mèches sombres qui encadraient mon visage, les frotta entre le bout de ses doigts. J'ai appelé la réception pour avoir votre prénom.
— Vous... vraiment ?
— Oui. Ils ont refusé de me donner vos coordonnées ou me dire où vous habitiez. Le bout de ses doigts effleura mon sourcil avant de glisser sur ma joue. J'avais la chair de poule partout. Tout ce que je pouvais faire, c'était attendre.
— Attendre ?
— Et espérer.
— Espérer quoi ? Ça n'avait aucun sens.
— Ça ?
J'aurais dû reculer, sortir de la pièce et vaquer à mes occupations.
Fréquenter des clients risquait de me coûter un licenciement.
Laisser l'un d'eux poser ses mains sur mon visage et se pencher comme s'il allait m'embrasser ? C'était vraiment en fréquenter un. Pire, j'avais besoin de ce travail. Je venais d'emménager dans mon appartement et j'aidais toujours mes parents à payer le nouveau traitement expérimental de Papy. Il allait bien, il semblait en voie de rémission complète. Mais cette merde coûtait un bras et la mutuelle ne couvrait pas tout. Si je me faisais virer, je ne terminerais jamais l'école d'infirmière, porte d'entrée vers une carrière et un bon salaire. Et la seule chose que je détestais plus que nettoyer les toilettes serait devoir chercher un nouveau boulot.
Non. Je ne pouvais pas faire ça.
Son pouce effleura ma joue, j'étais incapable de penser. Je voulais sentir ces mains partout sur moi. Partout. Centimètre par centimètre. Il était immense. Puissant, mais ses caresses étaient délicates, comme s'il essayait de faire preuve de prudence. Son torse était deux fois plus large que celui d'un homme normal, et tout en lui respirait la puissance. La sécurité. Le bien-être.
Le plaisir.
Merde. Il était totalement immobile, me regardait droit dans les yeux pendant que je me faisais violence. S'il avait bougé, dit quelque chose, j'aurais probablement détalé comme un lapin. Au lieu de ça, je le fixais. Je voulais qu'il continue.
— Que... qu'est-ce que vous faites ?
Son visage était si proche que j’aurais presque pu plonger dans ses yeux or et argent.
— N'est-ce pas évident ? Je vais vous embrasser, Angela Kaur de Terre.
Putain de merde.
— Pourquoi ? Une perplexité des plus palpables m'envahit. Pourquoi moi ? J'étais une femme de chambre. Pauvre. Je portais un soupçon de mascara, et rien d'autre. Mes vêtements étaient l'uniforme de femme de chambre sale de deux jours — si je faisais attention, je pouvais faire tirer trois jours avant d'aller à la laverie. Et l’élément le plus déroutant ? Deux douzaines de femmes magnifiques, empressées, élégantes, parfaites, prêtes à lui donner tout ce qu'il voulait à la seconde où il sortirait de cette pièce, l'attendaient. Nues ou habillées.
— Parce que tu es belle, avec des formes là où il faut et que tu sens…
Mes genoux se dérobèrent à mesure que les mots montaient de sa poitrine.
— Je sens quoi ? Je voulais à tout prix savoir ce qu'il avait envie de me dire.
— Tu es à moi.
Mon cœur manqua un battement.
— Vous ne plaisantiez pas à propos des cours de langue, n'est-ce pas ?
— Je peux t'embrasser, femme ? Te toucher ? J'ai besoin de te toucher. Sa voix avait pris un timbre fascinant, presque un grognement, et il respirait fort, le pouls à la base de sa gorge palpitait comme un tambour juste sous la peau. Il ne mentait pas. Il me désirait.
Moi !
C’était dingue. Mais ses caresses, son regard. J'avais regardé la vidéo du Seigneur de guerre Wulf en train de se débarrasser d'un caméraman pour rejoindre sa femme. Braun ne se comportait pas de façon aussi dingue, il ne faisait pas de bruit, mais il était déterminé. Plus je restais près de lui, la chaleur de son corps m'enveloppant telle une promesse, plus l'excitation montait.
— Hum...
Ouais, tout doucement.
— Tu peux m'embrasser, si tu préfères. Il s'approcha suffisamment pour que je n'aie plus qu'à me hisser sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Effleurer ses lèvres.
Bon Dieu, ce type était une vraie bombe. Il y avait de quoi mouiller sa culotte, perdre la tête et lui donner tout ce qu'il demandait.
Avais-je envie de ce baiser ? Moi, stupide, idiote et romantique, je voulais de ce baiser. Et plus encore. Beaucoup plus.
Etais-ce assez pour me faire virer ?
Oui. Il s'avérait que la réponse à la question était oui. Un oui ferme et définitif. Un ‘oui je le veux à poil.’ Casey n'avait pas tort. Il fallait que je baise.
Mes complexes surgirent toutefois pour tout remettre en question.
— Attendez. Vous avez toutes les candidates à disposition. Elles sont superbes.
— Toi aussi.
— Je suis femme de chambre.
— Un poste honorable.
Je n'avais jamais vu ça sous cet angle.
— Elles sont vraiment là pour vous.
— Qui ça ?
— Les candidates, ma frustration allait crescendo.
— Je n'éprouve aucun désir pour elles. Mon niveau d'anglais doit laisser à désirer si tu ne comprends toujours pas. C'est pour toi que je bandais hier, et c'est toujours le cas.
Je jetai un coup d'œil entre nous. Bien qu'il soit entièrement habillé — cette fois-ci — impossible de rater sa grosse protubérance, signe de son intérêt pour moi.
Ma chatte se contracta en songeant à cette chose en moi. Les femmes du monde entier me gifleraient si je ne la fermais pas et ne prenais pas du bon temps avec un engin pareil.
— Ok.
Une fois ma décision prise, je ne revenais pas en arrière. Terminé. Je n'avais pas le temps de passer ma vie à douter.
Je me redressai, passai mes bras autour de sa tête et fourrai mes doigts dans ses magnifiques cheveux bruns comme j'en avais envie depuis la première fois que j'avais vu sa photo sur une affiche publicitaire, et l'attirai vers moi.
Nos lèvres se rencontrèrent et je vis qu'il se retenait. Me faire virer pour ça n'en valait pas la peine. Je voulais des baisers et du sexe torride, qu'il me tringle contre le mur, je voulais grimper aux rideaux. Aucun préservatif n'irait à Braun vu sa taille, il était énorme, même la taille magnum ne conviendrait pas. Heureusement, je prenais la pilule. Ce n'était pas comme si j'allais tomber enceinte d'un bébé extraterrestre. Et j'avais envie de lui.
Je voulais de l'action, sentir sa peau. Je voulais sentir ses muscles écraser mes seins tendus. Je voulais que ses mains parcourent chaque centimètre de ma peau. Je voulais sentir sa grosse bite bien dure profondément enfouie en moi.
J'effectuai un pas en arrière, interrompant notre chaste baiser. Il poussa un gémissement mais me laissa partir, les yeux écarquillés lorsque je commençai à déboutonner mon uniforme.
— Que fais-tu, femme ?
— J'ai envie de toi, et je pense que c'est réciproque. Et puisque tout le monde croit que je suis ici en train de faire le ménage, c'est peut-être notre seule chance… Je laissai cette réflexion en suspens pendant que j'enlevais mes chaussures et jetais la chemise de ma tenue sur l'accoudoir d'une chaise. Je restai en pantalon et soutien-gorge, me demandant si je ne venais pas de commettre une énorme — ÉNORME — erreur, quand Braun mit un genou à terre, et baissa la tête. Une main griffa la moquette ; l'autre se referma en poing le long de son corps.
Il gémissait comme s'il souffrait. Une douleur bien réelle, terrible.
Nos têtes étaient à la même hauteur alors qu'il s'agenouillait devant moi.
— Tout va bien ?
— Je ne peux pas la contrôler plus longtemps.
— Qui ça ? Je regardais partout dans la pièce. De quoi parlait-il ?
Tu veux que je m'en aille ? Je suis sincèrement désolée.
J'attrapai ma chemise, paniquée à l'idée d'avoir tout gâché. À nouveau.
— Non ! Je sursautai en l'entendant beugler son ordre. Je poussai une exclamation de surprise lorsque Braun releva son visage. Sa mâchoire était plus imposante, son visage arborait un faciès primitif toujours aussi beau, mais plus... juste plus. Des os plus massifs. Un regard intense. On aurait dit une version plus sauvage de sa personne.
Puis, je compris. J'avais vu ce qui était arrivé à Wulf dans l'émission quand il poursuivait Olivia.
— C’est ta bête ? Tu parles de ta bête ?
— Oui. Sa réponse n'en était pas une. Plutôt un grognement difficilement reconnaissable.
— Elle va me faire du mal si tu la laisses sortir ?
— Elle prendra ce que tu lui donnes, femme.
— Donc, la bête aime le sexe. Mais, elle va me faire du mal ?
Je ne savais pas quoi faire dans ce genre de situation. Le sexe extraterrestre n'était pas du sexe terrien, style 'attention j'arrive, un aller-retour vite fait bien fait et ciao'. Braun avait une bête en lui, et la bête voulait sortir. Elle me désirait.
Braun réagit sur-le-champ, son corps se mit au garde-à-vous.
— Jamais.
Ma chatte frémit de désir devant la véhémence de sa déclaration. Putain de merde. Je laissai tomber ma chemise au sol. Si cet homme sexy et bestial me désirait — moi — au lieu du défilé de femmes sublimes qui le traquaient juste à l'extérieur de cette chambre, qui étais-je pour le lui refuser ou me le refuser ?
Casey serait fier de moi, n’est-ce pas ?
Cette pensée me fit sourire, je posai mes mains sur mes hanches, mon soutien-gorge rose vif en dentelle indiquait clairement à cet homme-extraterrestre à quel endroit je souhaitais attirer son attention. Homme. Extraterrestre. Bête.
Peu importe. J'avais envie de lui.
— Alors, laisse-la sortir.