8

Braun


Entouré par la famille d'Angela, submergé de questions, j'aurais dû être heureux.

J'avais au contraire l'impression de me noyer. Je pris une profonde inspiration, essayai de masquer ma nervosité avec la bête qui m'exhortait à m'échapper de cette maison. Loin de ces gens aimables qui me regardaient avec une curiosité flagrante. Pas à cause des intégrations ou parce que j'étais le dernier Bachelor La Bête Célibataire, mais parce que je venais d'un endroit qui leur était inconnu.

Ils voulaient connaître ma culture, mon mode de vie. Moi.

C'était peut-être la raison de mon malaise. Je n'avais pas l'habitude d'être autre chose qu'un chef de guerre intégré. Une créature redoutée. Une bizarrerie.

Alors je leur parlais de ce que je supposais qu'ils trouveraient intéressant. Je leur dis que je venais d'Atlan, ce qu'ils savaient déjà. Que je me battais pour la Coalition, ils le savaient aussi grâce à la série télévisée.

Pendant que je parlais, Michelle, la mère d'Angela, déposait de la nourriture sur la table tandis que son père mettait les assiettes, les couverts et les verres.

— Combien de temps es-tu resté PdG ? Le vieil homme, Jassa Kaur, était manifestement extrêmement malade. Il était trop mince, même pour un petit humain. Angela avait dit qu’elle payait pour qu'il bénéficie d'un traitement. Je ne savais pas à quel point il était malade, une baguette ou un caisson ReGen aurait probablement résolu les problèmes de santé du vieil homme avant qu'il tombe si gravement malade. Mais son regard était concentré et intelligent, et il écoutait tout ce que je disais avec un intérêt que je n'avais jamais vu auparavant.

Qu'il ait fait ami-ami avec un animal dangereux prouvait son caractère.

Les humains étaient un peuple étrangement passionné. On acceptait, on attendait même la guerre et la mort sur ma planète natale. Un homme sans femme pour apprivoiser sa bête finissait par être exécuté lorsque la fièvre prenait le dessus. Nous apprenions très jeunes à ne pas remettre ces faits en question, ni à accorder trop d'importance à une relation autre que celle avec notre compagne.

— Alors ? Combien de temps ?

— Papy, arrête. Laisse-le tranquille. Ça ne doit pas être un sujet facile pour lui. N'oubliez pas que nous sommes des extraterrestres pour lui. C'est nous, les gens étranges. Angela se pencha en avant et me regarda avec tristesse. Ou pitié ? Je ne voulais ni l'un ni l'autre.

— Ça veut dire quoi PdG ?

— Prisonnier de guerre, précisa Angela.

Je hochai la tête.

— Ah, oui. Prisonnier, j'ai perdu la notion du temps. Longtemps.

Papy hocha la tête comme s'il comprenait.

— Comment t'es-tu échappé ?

— Une unité de Reconnaissance de la Coalition m'a trouvé et m'a amené à l'hôpital.

— À l'hôpital ?

— Pour me faire soigner ? demandai-je, en espérant comprendre la langue correctement. Oui. Pendant trois jours.

Le vieil homme se pencha en avant avec un intérêt manifeste.

—Trois jours ? C'est tout ?

— Les intégrations qui pouvaient être retirées ont été extraites de mon corps, et j'ai été placé dans un caisson ReGen pour guérir. Je suis resté dans le coma pendant presque deux jours. Quand je suis sorti du caisson, j'ai été transporté sur la Colonie.

Michelle prit place sur la chaise vacante à côté de moi et appela son mari.

— Hari, il parle gadgets et bidules. Arrête de t'amuser avec la machine à glaçons et viens ici. Le père d'Angela était fourré dans la machine à refroidir la nourriture répondant au nom de réfrigérateur. En dehors des repas rapides qu'Angela nous avait préparé quand j'étais chez elle, je n'avais pas vu de repas fait maison depuis que j'étais enfant, avant ma formation. La caserne utilisait des machines S-Gen pour nourrir tous ces chefs de guerre affamés. Les plats qui se trouvaient sur la table étaient des tranches que j'imaginais être de la viande et du fromage, des bols d'aliments mélangées que je ne reconnaissais pas, et certains types de bouteilles. Je n'avais aucune idée de leur usage, mais je supposais qu'ils contenaient de la nourriture.

Hari se dépêcha de nous rejoindre. Michelle s'approcha immédiatement de lui, sa main caressa affectueusement son épaule, geste qui coulait de source. Je fermai les yeux pour qu'Angela ne voie pas le désir sur mon visage devant cette démonstration de tendresse. J'étais né pour faire la guerre, entraîné dès mon plus jeune âge, je m'étais endurci, on m'avait appris à tuer pour protéger mon peuple. Je ne regrettais rien du tout. Mais maintenant, avec Angela si près de moi, je sentais que ma bête avait besoin d'elle et d'être acceptée, apaisée par notre compagne. Je voulais moi aussi connaître ce type de caresse.

Le vieil homme se racla la gorge tout en se servant d'une cuillère pour déposer un peu de nourriture non identifiée dans son assiette.

— Tu as parlé des intégrations qu'on pouvait retirer. Tu en as encore ?

— Oui. Le souvenir de ma contamination et mon échec en tant que guerrier effaça toute trace de nostalgie de mon corps, immédiatement remplacée par de la colère. Je suis considéré comme contaminé par mon peuple. Les mondes de la Coalition ne veulent pas de guerriers porteurs d'intégrations de la Ruche sur leurs planètes. Nous sommes considérés comme trop dangereux. Alors nous vivons sur la Colonie, nous exploitons des mines et travaillons pour le reste de la Flotte de la Coalition.

— Ça m’a tout l’air d’un camp disciplinaire, dit le vieil homme, il employa son gobelet en métal pour taper le bas du pantalon qui cachait sa jambe. Je jetai un coup d'œil autour de la table pour voir ce qu'il fabriquait. À ma grande surprise, le bruit d’un cognement métallique jaillit.

— Du titane, expliqué le vieil homme. J'ai perdu la jambe au combat il y a longtemps. Alors, qu’est-ce que tu dis de ça ? Il gloussait, ce qui nous déconcerta, ma bête et moi. Perdre un membre l’amusait ?

Devant mon silence, les quatre humains me contemplèrent, dans l’expectative. Angela alla prendre un paquet de forme étrange dans le placard, semblable à un sac scellé. Il s’ouvrit facilement en tirant dessus. Elle en sortit des disques plats et jaunes irréguliers qui s’écrasèrent quand elle en mit un dans sa bouche. Elle en prit un dans son assiette et me le tendit alors que je regardais cette chose.

Je le mis en bouche, ça craquait effectivement bruyamment. Cela avait une saveur salée et huileuse.

— C’est quoi ? demandai-je après avoir avalé.

— Une chips de pomme de terre, expliqua Angela. Elle se pencha sur la table et en déposa quelques-unes dans mon assiette.

Son grand-père s’éclaircit la gorge et je me souvins de sa question.

— Ah, vous aimeriez bien savoir quelles sont mes blessures de guerre.

Le vieil homme hocha la tête ; les autres se contentaient d’attendre patiemment. Hari mangeait un bout de viande en tranche, et Michelle faisait gicler quelque chose d'une des bouteilles dans son assiette. Couleur jaune vif. Leur nourriture m’intriguait et je les intriguais. J'avais l'impression que je pouvais leur dire que je ne souhaitais pas tout leur dire et qu’ils ne me prenaient pas pour un truc bizarre. Non, c'étaient des humains intelligents qui voulaient en savoir plus à mon sujet. Sur mon vécu.

Je réalisai que même si j'avais baisé Angela plus d'une fois, j'avais fait très attention à ne pas lui montrer mes intégrations. J'avais été lâche, j’avais craint de l’effrayer. Qu’elle ait peur de moi. Qu'elle me trouve moche ou repoussant.

J'avais eu tort.

Son grand-père se pencha et remonta la jambe de son pantalon, froissa le tissu dans ses mains pour révéler la tige métallique qui remplaçait la partie inférieure de sa jambe.

— Cadeau de la guerre. J’ai été longtemps en colère.

— Comment avez-vous dépassé votre rage ? Comment avez-vous surmonté votre échec ?

Alors même que je posais la question, la bête en moi faisait les cent pas. Elle bouillonnait de colère. Elle se battait contre moi à chaque instant, depuis ma naissance. Et sa rage allait crescendo à chaque heure qui passait. Le souvenir de ce que la Ruche m'avait fait brûlait mon sang comme de l'acide alors qu'elle se battait pour se libérer. C'était une sensation différente de celle de ma bête. La Ruche m'avait volé quelque chose que je ne récupérerai jamais. Je savais que ma voix avait changé, mais j'avais besoin d'une réponse.

— Un échec ? Il tapota à nouveau sa jambe métallique, le tintement du métal sur le métal résonna dans le silence qui nous entourait soudainement. Ce n'était pas un échec, Fiston. J'ai survécu. Tout comme toi. Je suis fier de toi. Et tu ne peux pas vaincre la rage. Tu ne peux pas la supprimer. On ne peut pas la combattre. Tu dois l'accepter et l’apprivoiser. C'est ce feu qui t'a permis de te battre, de rester en vie et qui t'a amené ici. Ma rage m'a ramené chez moi, auprès de ma famille. En quoi est-ce un échec ? C'est un foutu miracle, voilà ce que c'est. Un foutu miracle. Il se pencha en arrière et leva son verre vers moi dans un geste de reconnaissance propre aux humains que j'avais vu les femmes de la Colonie faire.

Angela versa un peu de la nourriture mystérieuse dans mon assiette, et reposa la cuillère dans le bol.

— Salade de pâtes.

— Merci, répondis-je, sans prêter attention à la nourriture. Je ne pris pas le temps de réfléchir à ma décision, ni aux répercussions. J'avais besoin que ma compagne me voie. Qu'elle sache tout de moi. Ce que j’étais devenu.

Je soulevai la chemise qu'Angela m'avait donnée, fis passer l’étoffe par-dessus ma tête et posai la chemise en boule sur mes genoux. Torse nu, je me retournai et présentai mon dos à ma compagne ... et les étranges stries argentées qui partaient de ma colonne vertébrale et se fondaient dans les muscles de mes dorsaux.

— Oh mon Dieu. La voix d'Angela était douce comme un murmure, et je fermai les yeux, ne voulant pas donner libre court à mes larmes brûlantes. Je ne voulais pas étaler mes faiblesses. Pas ici, devant sa famille.

Jamais.

La bête hurlait dans mon esprit, demandait à recouvrer sa liberté, à libérer sa fureur. Je serrai les poings et l'ignorai, ainsi que la douleur qui me vrillait le crâne, comme je l'avais fait des années durant. Je n'avais pas perdu mon sang-froid. Pas un seul instant. Jamais.

Encore moins maintenant, devant ces humains si ... particuliers.

Ma bête était trop forte. Si je la laissais sortir, je risquais de ne jamais reprendre le contrôle.

— C'est fascinant. La mère d'Angela s’exprimait sur un ton clinique que j'avais appris à reconnaître chez le personnel médical. Je peux ? Je ne voudrais pas vous paraître impolie, vous permettez ?

Je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule vers Angela, ne comprenant pas la question. Elle leva les yeux vers moi, les larmes aux yeux.

— Elle veut les toucher.

J'acceptai d'un signe de tête et je me retournai pour fixer l'eau de la piscine. J'avais passé du temps dans une piscine récemment, avec Mikki, la compagne du Dr Surnen. Je savais nager, mais ce n'était pas le moment de jouer.

Une main chaude se posa sur ma colonne vertébrale et effleura la forme de mes os et les intégrations de la Ruche incrustées dans ma chair.

— À quoi servent-elles ?

Je répondis laconiquement, en repensant à la manière dont le Dr Surnen m'avait annoncé ce qui pouvait — et ne pouvait pas — être retiré de mon corps sans me tuer.

— Ce sont des boucles de rétroaction positives. Les stries s'étendent au plus profond des fibres musculaires. J'en ai aussi dans mes fesses, mes hanches et mes cuisses. Elles rendent mon temps de réponse plus rapide. Mes muscles sont eux aussi boostés pour supporter une charge supplémentaire.

— Donc vous êtes plus fort et plus rapide avec ? demanda-t-elle.

— Oui. Trois à quatre fois plus fort.

— Sacré gadget, siffla le père d'Angela.

Le déjeuner n’intéressait plus personne.

— Et tes yeux ? demanda Angela d’une voix douce, comme si elle craignait de me vexer. C'était la seule partie de l'intégration qu'elle avait vue.

— Le cercle argenté est le résultat d'un système qui augmente mes capacités visuelles.

— Votre cerveau possède des intégrations directement implantées dans les centres régissant la vue. La mère d'Angela faisait une constatation, elle ne posait pas de question.

Je hochai la tête.

— Oui. Comme vous pouvez le constater, une fois les intégrations externes retirées, les autres ne peuvent être retirées ou modifiées sans me tuer. Je m’exprimais clairement, comme un professeur faisant la leçon à ses élèves. Mes implants dans la moelle épinière et mes implants cérébraux font de moi une menace, c’est pour cela que j’ai été envoyé sur la Colonie.

— Et ça vous arrive à tous ?

Je demeurai parfaitement immobile pendant que la main d'Angela effleurait la ligne d'une strie argentée sur mon dos.

— Non. La plupart d'entre nous meurent lors du retrait des intégrations. J'ai eu de la chance. Le Dr Surnen est très doué avec la technologie de la Ruche.

— Et cette Ruche, c'est celle que nous combattons dans l'espace ? demanda le père d'Angela.

— Oui. Depuis des siècles. Je soupirai et remis ma chemise avant de me retourner. Je croisai le regard de son grand-père.

— C’est une guerre longue.

Le grand-père d'Angela se leva et me regarda.

— Tu me promets de veiller sur notre petite fille ?

Je restai bouche bée. Il m'avait pris de court. Je m'attendais à l'inverse de ce qu'il m’offrait, à savoir son approbation.

J'inclinai la tête.

— Je la protégerai au péril de ma vie.

— Papy ! s’exclama Angela, sans quitter son grand-père des yeux.

— Bien. C’est un honneur, soldat. Il leva une main au niveau de son front et je reconnus un salut militaire humain. Il baissa sa main et regarda son fils.

— Je suis fatigué, Hari. Aide ton père à regagner sa chambre, veux-tu ?

— Bien sûr. Le père d'Angela se leva rapidement et alla aider son vieux père à sortir de la pièce. Ils disparurent et je me retrouvai face aux deux femmes, ma femme et sa mère.

Elles se levèrent, et la mère d'Angela s’avança, posa ses bras sur mes épaules et les serra. Comme j’étais assis et elle debout, nous étions presque au même niveau.

— Je te serre dans mes bras, tu en as bien besoin.

Ne voulant pas rester assis pendant qu'une femme plus âgée se tenait debout, je me levai et elle dût me lâcher, j'étais devenu subitement trop grand. Angela rit et je sentis mes bras se mouvoir pour étreindre la petite femme qui avait mis ma partenaire au monde. J'avais une grande dette envers elle.

Elle me lâcha et essuya des larmes sur ses joues.

— Il me plaît, celui-là. Sa mère m’adressa un clin d'œil et disparut dans le couloir.

Dès que nous fûmes seuls, Angela fit le tour de la table et me sauta dessus, se jeta littéralement dans mes bras. Je m’éloignai de ma chaise.

— Je n'arrive pas à y croire. Tu as traversé tant de choses, Braun. Je ne peux pas y croire.

— N'y pense pas. Je ne voulais pas qu'elle soit malheureuse ou angoissée par quoi que ce soit dans la vie, et surtout pas à cause de moi.

Elle ôta sa tête de mon épaule et me regarda droit dans les yeux. Je la soulevai facilement. Elle était si petite que j'aurais pu porter dix fois son poids sans effort. Si petite. Si fragile. Si femme. Si douce.

Si forte.

La bête prit le dessus dès qu'elle fut dans mes bras. Si quelqu'un la menaçait, la blessait... la destruction qui en résulterait serait catastrophique.

— Je dois bientôt aller en cours. Il est temps de te ramener à la maison.

Je l'embrassai sachant que sa mère nous regardait par la fenêtre. Je ne pouvais pas m'empêcher de la goûter même en public. J'étais fier de laisser mes mains tranquillement posées sur ses cuisses.

— L'hôtel n'est pas ma maison, mais je dois récupérer quelque chose là-bas.

Elle appuya son front contre le mien, je ne voulais plus bouger. Jamais.

— Ok. Je ne peux pas manquer l'école. Je dois y aller. Mais je veux que tu me rejoignes à mon appartement après. D’accord ?

Elle me posait la question comme si elle craignait que je ne la rejoigne pas. Rien ne m'arrêterait. — Bien sûr. Je serai là avant vingt-et-une heures, heure de la Terre.

Cela la fit rire et je la posai au sol, je regardai ses fesses se balancer tandis qu'elle retournait vers les chaises et son appareil de télécommunication qui vibrait.

Elle prit l'appareil, le toucha avec ses doigts et fronça les sourcils, visiblement contrariée.

— Qu'est-ce qui te perturbe, ma chérie ? J’atomiserais le problème comme un misérable vermisseau.

— Oh, rien. Cet abruti de Kevin, essaie encore de me piquer ma télé.

— Dois-je l'effrayer avec ma bête ? Je serais heureux de le faire.

Elle éclata de rire, un rire franc et jovial qui me fit oublier qu'il y avait un homme humain à rayer de la carte.

— Non. C'est bon. Elle retourna à table, s’assit et reprit son déjeuner. C'est un connard. Il dit qu'il a acheté la télé et qu'elle lui revient. C'est ridicule. Son père est dans la politique dans cet État. Il est riche. Je suis sûre qu'il y a dix télés dans son immense maison en bord de mer. Je suppose que son père lui a coupé les vivres ou que Kevin est encore plus con que d'habitude. Pourquoi s'en prendre à ma télé à la con ?

Elle prit une bouchée de nourriture.

Je l’imitai et goûtai une bouchée de salade de pâtes. Étrange mais bon.

—Je comprends le mode de pensée terrien. C’est vrai, non ? L'appareil devrait lui appartenir s'il l'a acheté ?

— Oh, il l'a acheté, c'est vrai. Il est entré dans le magasin et l'a choisi. Il l'a ramené à l'appartement aussi. Elle glissa l'appareil dans une de ses poches. Mais il l’a payé avec ma carte de crédit.

— Je ne comprends toujours pas. Le système bancaire humain n'avait aucun sens et semblait conçu pour asservir la population au lieu de l'aider à acquérir confort ou stabilité. Leur système était l'une des raisons pour lesquelles la Terre n'avait pas été intégrée comme membre à part entière de la Coalition des Planètes Interstellaires. Ça et bien d'autres pratiques barbares, comme se disputer les ressources, affamer leurs citoyens, leur refuser tout traitement médical. L'esclavage. La liste était longue, mais la Coalition était éternelle. Ils pouvaient attendre que la Terre change d’avis... ou se détruise.

Angela sourit.

— Peu importe. Comme l'a dit Papy, je meurs de faim. Tu veux que je te dise ce que tu peux manger ?

— Howard aimerait ça ? demandai-je.

Elle se mit à rire.

— Je crois qu'Howard mange n'importe quoi.

Elle prit le temps d'expliquer chacun des plats et ce qu’il y avait dans les bouteilles remplies de condiments. J'aimais la moutarde mais les cornichons étaient trop acides pour moi.

Après avoir salué ses parents, elle me reconduisit à l'hôtel et je la quittai à contrecœur pour qu'elle puisse assister à son cours. Je n’allais pas perdre mon temps pendant qu'elle était occupée. J'avais des choses à faire pour qu'elle devienne ma femme. D'abord, je devais récupérer mes bracelets de mariage. Ils appartenaient à Angela, et je voulais les voir à ses poignets. Ensuite, je devais contacter la Colonie et annoncer au Gouverneur Maxim qu'il devait envoyer un autre candidat à cette émission télévisée humaine. C'était plus limpide que jamais, encore plus après avoir rencontré sa famille aujourd'hui. Je n'étais plus disponible.

Angela était ma femme. La mienne.

La bête était d'accord.