Angela, Son Appartement
J'aurais pu embrasser mon professeur pour le remercier de nous avoir laissés sortir de cours plus tôt. J'avais à peine écouté un mot de ce qu'elle avait dit, et mes notes ressemblaient à quelque chose que j'aurais pu faire en cinquième, avec mon nom et celui de Braun griffonnés dans des cœurs sur toute la page. J'avais à peine salué mes camarades et était partie en courant vers ma voiture. J'avais mal à tous les bons endroits après avoir couché Braun. Encore et encore. Dire qu'il était vorace était un euphémisme.
Mais seulement avec moi. C'était la seule chose que j'avais du mal à comprendre. Était-il sérieux ? Étais-je la femme de sa vie ? L’heureuse élue ? Vraiment ? Et qu'est-ce que cela signifiait exactement ? Il voudrait que je quitte ma famille pour aller vivre sur une autre planète ?
Le ferais-je ? Pourrais-je faire ça et être heureuse ?
Tant de questions. Les possibilités tournaient en boucle dans ma tête comme un chiot qui court après sa queue. Oui. Non. Peut-être. Je ne savais pas. Telle était la question. Je ne savais rien. Je n'en étais pas sûre.
Eh bien, c'était un mensonge. Je savais que j’étais en train de tomber amoureuse d'un extraterrestre. Je savais qu'il s’occupait de moi comme si je comptais, comme si j'étais son univers et qu'il n'en avait jamais assez. Je savais qu'il écoutait tout ce que je disais et se souvenait de ce que je lui racontais. Je savais qu'il faisait preuve de respect envers mes parents et mon grand-père, chose que cet imbécile de Kevin n'avait jamais réussi à faire.
Et les orgasmes ? Putain de merde, les orgasmes. Si nombreux. Trop bons. Je n’avais eu l’impression d’être une déesse du sexe, pas une seule fois dans ma vie. Mais maintenant, oui. Je me sentais sexy, belle et puissante. Et tout ça parce qu'un extraterrestre géant m'avait choisie. Moi !
C'était dingue. Trop dingue pour être vrai. Trop beau pour être vrai. Braun était merveilleux. Incroyable.
Je ne pouvais m'empêcher de sourire alors que je tournais le coin de la rue et descendais ma rue. Braun était une bête. Au lit et en dehors.
Avec lui, j'étais débridée. Je n'avais jamais été prude, mais je ne prenais jamais les devants. Avant, le sexe n’était pas super génial. Je ne le savais pas à ce moment-là, mais maintenant j’en avais conscience. Braun était un amant doué. Généreux. Attentif. J'avais joui la première et plus d'une fois. Il y veillait toujours.
Il prenait soin de moi dans tout ce qu'il faisait. Pour un gars si baraqué, il était super doux avec moi. Je me mourrais d'amour. Je devenais accro au sexe.
Mais je croyais certainement encore aux contes de fées, comme lorsque j'avais treize ans. Braun devait participer à l'émission Bachelor La Bête Célibataire. Il avait certes passé les dernières quarante-huit heures avec moi mais vingt-quatre femmes réclamaient son attention.
Je me garai sur mon parking brillamment éclairé et ralentis, perplexe. Je baissais la tête pour regarder par la fenêtre côté passager. Mon canapé dépassait de l'arrière d'un pick-up. Qu'est-ce que...
Putain de merde.
Je connaissais ce pick-up luxueux. C’était celui de Kevin. Celui avec le treuille, les roues tout-terrain qui n'avaient jamais vu la terre. Son véhicule valait plus que ce que je gagnais en un an et il avait décrété de voler mon canapé d'occasion ? Il avait un putain de problème ou quoi ?
Il descendait tranquillou les escaliers de l'immeuble avec ma cocotte-minute, la déposa à l'arrière avec le canapé et tout ce qu'il avait volé. Il portait comme à son habitude un polo et un bermuda avec des mocassins sans chaussettes. Il était habillé comme s'il venait du country club mais était en train de piquer ma maudite cocotte. En m'approchant, je remarquai les petits homards brodés sur son bermuda.
Joli.
Ses cheveux regorgeaient de plus de gel coiffant que je n'en avais jamais utilisé de ma vie. Ils étaient lissés en arrière, ce qui ne faisait que souligner sa calvitie naissante. Il n'arborait plus son habituel sourire narquois mais je reconnus son regard sournois. Un regard disant qu'il savait qu'il faisait quelque chose de mal, mais qu'il s’était en quelque sorte trouvé une excuse et avait convaincu son cerveau de la taille d'un petit pois — et son ego de la taille d'un éléphant — qu'il avait été lésé. Que rien n'était de sa faute. Que le monde entier lui était redevable. Ou, vu la quantité de mes affaires à l'arrière de ce pick-up, que je lui devais tout ce que je possédais.
Trou du cul. J'avais eu raison de le larguer. Maintenant, je voulais juste qu'il s'en aille. Qu'il dégage. Comparé à Braun, c'était un minable. Une grosse merde.
Je me garai sur la place la plus proche et sortis, laissai le sac contenant mon ordinateur sur le sol et verrouillai la voiture derrière moi. Je ne voulais pas qu'il vole mon ordinateur portable. S'il était capable de me piquer une putain de cocotte-minute, il me volerait certainement mon ordinateur.
Je verrouillai la porte et courus vers lui.
— Qu'est-ce que tu fous, putain ?
Il tourna la tête et me regarda fixement, avant de remonter les escaliers.
— Je croyais que tu avais cours ce soir.
Je le poursuivis en trombe, montais trois étages et déboulai dans mon appartement en claquant la porte derrière moi. Il passait la main derrière la télé pour débrancher les câbles.
— Ce n'est pas à toi. Pas plus que le canapé que tu as volé... miraculeusement, tout seul. Il avait refusé de m'aider à emménager dans l'appartement, prétextant que son genou en mauvais état ne supporterait jamais toutes ces marches.
Après avoir côtoyé Braun pendant deux jours, Kevin me paraissait maigre. Petit. Faible. Il n’était pas bien épais et avait dû avoir de l’aide pour descendre ce canapé sur trois étages. Un ami l'avait peut-être aidé avec le canapé et était parti.
— C'est à moi maintenant.
— La putain de cocotte ? Tu sais même pas cuisiner ! Tu la prends pour ta bonne ?
— Je pouvais plus payer la bonne. Elle est partie.
C'était bien ce que je pensais. Il devait du fric.
Je me tenais entre lui et la porte, le souffle coupé. Je n'étais pas en état de monter trois étages en sprintant. À cause de la chaleur et l'humidité, la sueur coulait entre mes seins même s’il était neuf heures du soir. Il n'était pas question qu'il porte mon canapé pour remonter les escaliers, et je ne savais pas comment l'en empêcher. Il était peut-être plus petit que Braun, mais il était plus grand que moi. Il n'avait jamais été violent auparavant, mais je préférais ne pas tenter le diable.
Je sortis mon portable de ma poche et contactai la police. Je ne savais pas ce qu'il avait pris, mais il avait sûrement pris quelque chose. Personne n'était dérangé à ce point. La police répondit et j’ignorai Kevin pour parler à l'opérateur.
— Mon ex-colocataire s'est introduit dans mon appartement et vole mes affaires. Je n'allais pas dire que c'était mon ex-petit ami. Cela ne faisait que raviver la blessure, c’était moi qui l’avais volontairement laissé entrer dans ma vie.
Je donnai mon adresse, restait à espérer qu'ils arrivent avant qu’il vide tout l’appartement.
Il interrompit ce qu’il faisait et me regarda méchamment.
— Ils ne te croiront jamais. Je suis avocat. Ça ne passera pas.
Vu qui était son père, il avait raison. Colin Barrister était connu en politique. Il évoluait dans le cercle des gens en vue, avec plusieurs zéros de plus sur leur chèque en fin de mois. Il fréquentait des personnes influentes dans le sud de la Floride. Je me demandais ce qui s'était passé avec Kevin.
— C’est mes affaires, poursuivit-il. Ça me revient de droit.
— Je ne te dois rien du tout, espèce d'idiot. Tu as disparu avec mon loyer. Et tu as volé l'argent pour le traitement de mon grand-père. Tu sais qu'il a un cancer. Quel genre de personne ose faire un truc pareil ?
Kevin avait piqué plusieurs centaines de dollars dans la boîte de café que je gardais au congélateur. Il savait que je les gardais pour Papy, mais il avait tout raflé jusqu’au dernier centime et tout perdu au jeu. Découvrir la disparition de mon argent avait sonné le glas de notre relation. Game over. Je l’avais soupçonné de chourer du fric dans mon portefeuille mais je n'avais jamais pu le prouver. Quand je l'avais mis devant le fait accompli une fois, il avait rétorqué que j'étais tête et l’air et que je gérais mal mes finances. L'enfoiré.
Il avait sans doute dépensé tout l'argent que son cher Papa lui avait filé et se retrouvait dans la merde avec je ne sais qui, c’était la raison probable de son retour. Miami abondait de casinos mais également de toutes sortes de jeux illégaux.
— On habitait ensemble. Ce qui est à toi est à moi etc.
— On est en Floride. La communauté de biens n’existe pas dans cet état. Ce qui est à moi est à moi. Laisse la télé tranquille, criai-je en gesticulant.
— Non.
Bon sang, j'avais plus de chance de parler au mur qu’avec lui.
— Comment es-tu entré ici ?
Voilà qu’il souriait maintenant.
— Avec une clé.
Je fermai les yeux une seconde. C'était évident. Il m'avait remis sa clé quand je l'avais foutu dehors, mais soit il m'avait donné une clé qui n’était pas la bonne, soit il avait fait faire un double. Je refusais de penser qu'il possédait une clé de chez moi depuis des mois.
Avec le canapé en moins, l'endroit semblait plus grand.
— Sors, Kevin, dis-je en souhaitant que peut-être — je dis bien peut-être — il partirait.
Il croisa les bras sur sa poitrine.
— Non. J'ai besoin de ce truc, et c'est toi qui vas me la donner. Tu me dois bien ça.
Kevin se répétait pour la deuxième fois maintenant. J’agitai les mains en l'air.
— Pour quoi ? Pour avoir été un connard ? Pour m'avoir volé de l'argent ?
— Tu as jeté mes affaires dehors et il a plu. Tout était foutu.
— Tu as volé l'argent des médicaments que j'avais économisé pour un vieil homme malade du cancer !
Il ne cilla même pas en voyant à quel point il s’était comporté comme un connard et continua de débrancher ma télé. Il arracha la prise du mur et hissa la télé dans ses bras.
— Dégage de mon chemin. Il fit un pas vers moi mais je refusai de reculer.
— Non. Ce n'est pas à toi. La police arrive, répétai-je, sans savoir s'il avait entendu mon appel au 17. J’ignore à qui tu dois de l'argent mais cette télé ne vaut pas grand-chose. Fous le camp, Kevin.
— Dégage de là, salope.
Quelqu'un frappa. J'étais soulagée de la rapidité avec laquelle la police avait réagi. Mais en ouvrant la porte, je me retrouvai non pas face à la police mais devant Braun. Encore mieux. Un simple regard vers Kevin lui foutrait la trouille.
— Bonjour, Angela. Sa voix était douce et calme, mais il avait l'air aussi sérieux que d'habitude. J'ai quelque chose à te dire.
— Qui c'est, bordel ? grommela Kevin. Un nouveau mec, Ang ? Qui voudrait d'une salope desséchée comme toi ?
Braun étrécit les yeux, sa mâchoire se contracta. À tel point que je crus que ses dents allaient se briser. Un grondement sourd monta de sa poitrine tandis qu'il m'écartait doucement du chemin pour entrer, en baissant la tête.
J'étais si heureuse qu'il soit là que je faillis fondre en larmes. Il était de mon côté. Du mien. Et il était grand. Et musclé. Et il portait quelque chose que je n'avais vu qu'à la télévision, une paire de bracelets de mariage massifs.
C'était de ça qu'il voulait me parler ?
Pourquoi les portait-il ? Je croyais que les bêtes — les Atlans — ne les mettaient qu'après avoir épousé leur compagne. Que se passait-il puisqu'il ne m'avait pas épousée ?
— Super, espèce de salope. Tu es déjà passée à autre chose, hein ? Je savais que t’étais une pute.
Je grimaçai, son insulte de pute m’avait fait l’effet d’une gifle, bien que Kevin ne soit qu’une grosse merde, il n'avait pas le droit de me traiter de quoi que ce soit et de salope ou pute encore moins. Il était tellement vulgaire. Braun grogna et je dus me déplacer vers la cuisine pour voir Kevin lorgner Braun. Les yeux de Kevin étaient grands comme des soucoupes, et il restait bouche bée.
— Tu viens d’employer un terme péjoratif avec cette femme ? Deux fois ? La voix de Braun était grave. En colère.
Kevin avala de travers mais ne dit rien.
— S'il te plaît, Angela, fais les présentations. Son regard se posa sur Kevin pendant qu'il me parlait.
— C’est Kevin.
— Celui dont tu m’as parlé ?
— Oui.
— Celui qui a volé ton argent, l'argent destiné à un vieil homme respecté et malade ?
— Oui.
— Et je présume que ton canapé est celui à l'arrière d'un véhicule sur le parking ?
— Oui.
La voix de Braun devenait de plus en plus grave au fur et à mesure qu’il s’exprimait.
Oscar se percha au bord d'une chaise et observa Kevin.
— Putain de chat stupide. Il donna un coup de pied et renversa la chaise. Oscar poussa un miaulement de colère, mais détala indemne.
Braun tendit son bras pour m'écarter encore plus de son chemin, plaça son corps entre Kevin et moi. Je me rapprochai de la cuisine.
Kevin tenait toujours la télé mais devant lui, comme un bouclier.
— Vous êtes qui, bordel ? demanda Kevin en faisant le fanfaron. N'importe quel humain aurait déjà chié dans son froc, ce qui indiquait encore plus nettement qu'il devait être sous l'emprise d'une drogue quelconque. Ou peut-être si désespéré, qu'il était prêt à courir le risque de se faire botter le cul en échange du peu qu'il obtiendrait pour mes affaires chez un prêteur sur gages.
— Le Seigneur de guerre Braun, et tu vas poser cette télévision. Tu vas aussi rendre les objets que tu as volés.
— Ce truc est à moi. Elle me la doit.
Braun croisa les bras, et un profond grondement s’échappa de sa poitrine. J'aurais juré qu'il grossissait, mais c'était impossible.
Non...
Oh merde.
Ce devait être sa bête.
Les bras le long du corps, il fit un pas menaçant vers Kevin. Kevin couina et recula sans poser le téléviseur. Au lieu de cela, il recula vers la porte toujours ouverte en tenant la télévision.
— Écoute, mec, je ne veux pas d'ennuis. Je prends ce qui est à moi et je m'en vais.
— Non. Braun suivit Kevin jusqu'à la porte et je me précipitai derrière lui, je vis Kevin reculer vers l'escalier en béton alors qu'une voiture de police, sirènes hurlantes et gyrophares allumés, se garait sur le parking juste en dessous. La voie était libre, tout comme l'escalier, je vis deux officiers descendre de voiture et se précipiter au bas des escaliers.
Kevin les entendit aussi, il se tordit le cou et osa se détourner de Braun juste assez longtemps pour jeter un coup d'œil sur le parking. Probablement pour évaluer le temps qu'il lui restait pour s'enfuir en volant mes affaires. La police s'était garée du mauvais côté du bâtiment, mais quand bien même, Kevin aurait affaire à eux en moins d'une minute.
— Kevin, laisse la télé. On va même t'aider à décharger le pick-up. Mais la police est là, et tu ne vas pas prendre tout ce que je possède pour payer une autre foutue dette de jeu.
Ses yeux s’arrondirent tandis que Braun le regardait, mais il effectua un pas de plus en arrière, vers les escaliers.
— C'est à moi.
— Ne sois pas idiot. Pose-la et va-t'en. Je me penchai derrière le dos de Braun pour parler à Kevin et je n'arrivais pas à voir autre chose que la peur qui l'animait. Quand je l'avais rencontré pour la première fois, il s’était montré charmant, bien habillé et s’était comporté comme un dragueur invétéré. Ajoutez à cela l'argent de sa famille et je le trouvais quasiment irrésistible à l'époque. Jusqu'à ce que je découvre la vérité, il était creux, aux abois et effrayé. Tout le reste n'était que façade.
— Appelle ton père. Il peut t'aider. Peu importe le montant, ou à qui tu le dois, il peut t'aider.
Kevin secoua la tête.
— Non. Il a déjà dit non.
Je faillis pousser un cri de surprise. Kevin était l'une des personnes les plus gâtées pourries que j'aie jamais rencontrées. Un coup de fil lui permettait d'obtenir tout ce qu'il voulait. Kevin ne payait jamais les pots cassés. Jamais.
J'entendis un bruit et me retournai pour voir les officiers de police arriver dans la cage d'escalier.
— Putain. Kevin avait dû les entendre aussi. Il se retourna et essaya de s'enfuir.
Mais il était défoncé, ivre ou simplement affolé. Il manqua la première marche et dégringola en criant. La télévision s’écrasa sur son corps avec un bruit sourd qui me fit grimacer tandis que Kevin dégringolait des escaliers.
La dernière chose que j'entendis, ce fut un craquement écœurant avant qu'il atterrisse en tas sur le palier entre les étages.
Avec la télé sur sa poitrine, les yeux fixes, écarquillés. Il ne bougeait pas. Le sang commençait à s'écouler rapidement sur le béton sous sa tête, son corps était plié dans un angle anormal.
— Oh mon Dieu. Je tremblais tandis que Braun soupirait pesamment et m'attirait contre sa poitrine, m'empêchant de voir. Nous devons l'examiner.
— Il est mort. Il ne t'embêtera plus.
Ce n'était pas ce que je voulais. Enfin — le fait de ne pas m'embêter, si mais je n’avais pas souhaité sa mort.
J'avais complètement oublié la police jusqu'à ce qu'une femme s'éclaircisse la gorge.
— Mlle Kaur ?
Je fis un signe de tête à la femme.
— Oui. J'ai composé le 17.
— Madame, peu importe ce qui s'est passé ici, je dois vous informer de vos droits. Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous au tribunal. Vous avez le droit à un avocat.
La policière continuait de m'informer de mes droits tandis que je quittais les bras de Braun pour voir son collègue — qui n'avait pas enjambé le corps de Kevin dans les escaliers — se pencher afin de prendre son pouls. L'officier inclina ensuite la tête de Kevin sur le côté pour voir la bosse à la base de son crâne. Le sang poissait ses paumes. Mauvais plan. Très mauvais plan.
Je levai les yeux vers Braun, mais aucune trace de sa bête. Braun était calme et posé.
— Il est... il est mort ? Je ne doutais pas que Braun ait plus d'expérience en matière de mort que moi. Comment peux-tu en être sûr ? J'étais sans doute sous le choc. J'étais peut-être une moins bonne étudiante en soins infirmiers que je le pensais, je venais de poser une question idiote.
Il me regarda, il n'y avait aucune crainte dans son regard, aucune contrariété. Juste l'acceptation.
— Mes intégrations améliorent ma vision. Je ne vois aucune impulsion électrique dans son cœur.
— Son cœur s'est arrêté ? Je baissai de nouveau les yeux vers Kevin alors que l'officier de police se levait, portait une radio fixée sur son épaule à ses lèvres et débitait un tas de chiffres qui signifiaient probablement quelque chose pour lui et …
— Ne bougez pas. Que personne ne bouge. Je veux voir vos mains.
Braun n'avait pas bougé, il était resté parfaitement immobile.
— Ce n'est pas lui le méchant. Mais lui, expliquai-je en pointant un doigt tremblant vers Kevin. Il s'est introduit chez moi pendant que j'étais en cours et a volé mes affaires.
Les deux officiers avaient peut-être entendu ce que je disais, mais ils n'avaient jamais croisé quelqu'un de la taille de Braun auparavant. Ils semblaient un peu effrayés. L'homme avait la quarantaine, des cheveux gris et une moustache. La femme était plus jeune, peut-être mon âge.
— Vous avez vu le pick-up sur le parking avec mon canapé à l'intérieur, ajoutai-je.
— C'est pour ça que vous l'avez poussé dans les escaliers ? demanda l'officier plus âgé.
Je secouai la tête. Abasourdie.
— Quoi ? Non. Absolument pas.
— C'est le type de la série, l'Atlan, dit la policère. L'extraterrestre.
— Je me fiche de savoir de quelle planète il vient. La brigade criminelle est en route. Le légiste aussi. L'officier plus âgé monta les escaliers lentement, la main sur son arme comme s'il comptait l'utiliser.
— Vous deux, à genoux. Mains derrière la tête, ordonna-t-il. Exécution !
Braun fit ce qu'on lui demandait.
— Attendez ! Je m'interposai devant lui. Il n'a rien fait de mal.
— Madame, vous aussi. À genoux.
— Moi ? C'est mon appartement.
— Et il y a un homme mort dans les escaliers. À genoux. Exécution.
Je m'agenouillai à côté de Braun malgré mes jambes tremblantes, levai les mains en l'air devant moi.
— Angela Kaur de la Terre est innocente. Il n'y a aucune raison de lui être hostile, déclara Braun.
— Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé ici, dit l'officier plus âgé.
La policière dévisageait Braun.
— Et vous êtes un extraterrestre.
— Oui, je suis conscient que je ne suis pas de cette planète.
— Et alors ? demandai-je. Cela ne le rend pas dangereux pour autant. C'est Kevin qui était sous l'emprise de la drogue, et est entré par effraction.
— Il est mort.
— C'est bon, Angela. Braun me regarda d'un air stoïque. Vu la façon dont sa mâchoire se contractait et les tendons de son cou saillaient, je savais qu'il était énervé. Et pourtant, il se retenait, comme d'habitude.
L'officier le plus âgé sortit une paire de menottes de sa ceinture et m'attacha les mains dans le dos. Braun grogna mais je croisai son regard et secouai la tête.
— Non, Braun. Ils ne font que leur travail.
— Je vous interdis de faire du mal à la femme, ordonna Braun, bien que la police fasse force de loi.
Quant à Braun, la jeune policière essaya aussi de lui passer les menottes aux poignets.
— Merde, les menottes sont trop petites. Comment on fait avec un extraterrestre ?
— Putain, qu'est-ce que j'en sais. Appelle l'émission. Ils enverront quelqu'un au poste qui saura quoi faire.
— Inutile d'appeler les responsables de l'émission Bachelor La Bête Célibataire. Je ne participe plus à l'émission.
Je tournai la tête pour dévisager Braun. Il ne participait plus à l'émission ? Pourquoi ? À cause de moi ? Que se passait-il ? Les officiers de police parlaient comme si nous n'étions pas là.
— Extraterrestre ou pas, nous allons devoir l'emmener pour l'interroger.
— Je ne pense pas qu'il rentre à l'arrière de notre voiture de police, dit la femme.
— Merde, marmonna l'autre en secouant lentement la tête.
— Je vais contacter le centre de recrutement du Programme des Épouses Interstellaires. Ils gèrent des extraterrestres au quotidien.
J'étais paniquée, la vue des yeux vitreux de Kevin me donnait des haut-le-cœur chaque fois que je jetais un coup d'œil dans sa direction. Il s'était fait ça tout seul, mais j'avais quand même de la peine pour lui. Ce n'était pas un type bien, mais il ne méritait pas de mourir. Pas comme ça.
Une larme coula sur ma joue, je l'essuyai à l'aide de mon épaule. Braun me regardait.
— Il ne mérite pas tes larmes, Angela. Il aurait continué à te faire du mal, murmura-t-il.
— Je sais.
Le regard de Braun s'adoucit, je commençais à m'attacher à ce regard. Peut-être même à l'aimer.
—Tu as le cœur tendre.
— Je n'y peux rien.
Il hocha la tête.
— Tu es une guérisseuse. Je suis un guerrier. Je te protégerai avec ta permission.
Je hochai la tête. Oui. Je le voulais. J'avais envie de lui. Je me sentais en sécurité, même avec un mort devant mon appartement, des menottes aux poignets et deux policiers qui me regardaient comme si j'étais suspecte. Grâce à un extraterrestre.
La vie était bizarre, merveilleuse et pleine de surprises.
— La brigade criminelle arrive dans cinq minutes.
— Bien. L'officier plus âgé nous regarda. "Vous ne bougez pas. Compris ?
Aucun de nous ne pipa mot, mais je me rapprochai de Braun, même la police n'osa pas lui donner l'ordre d'arrêter quand il passa son bras autour de moi.