12

Angela


J'étais épuisée. Dépassée. J'étais en mode pilote automatique et incapable de penser. Kevin était entré par effraction et avait essayé de voler mes affaires. Il venait d'une famille aisée et influente. Il n'avait pas besoin de voler l'argent que j'avais économisé pour Papy. À mon avis du moins. Mais j'avais appris que plus un parent était puissant et célèbre, plus il était susceptible de mentir pour cacher ses travers.

Colin Barrister était un homme d'affaires et un politicien important dans la région. Et le père de Kevin. Il était charmant et exquis, portait des costumes de marque et des chaussures qui m'auraient probablement coûté plus d'un mois de salaire. Je n'avais rencontré M. Barrister qu'à une seule occasion et il s'était montré aussi faux que son bronzage artificiel. J'étais sûre qu'il n'avait aucune idée de comment je m'appelais, même après que Kevin nous ait présentés lors d'une fête. Il avait hoché la tête, prétendu s'intéresser quelques secondes avant de s'éloigner pour discuter avec un sénateur, un millionnaire ou je ne sais qui.

La vision m'avait hanté parce que j'avais lu la vulnérabilité sur le visage de Kevin. C’était la seule fois où j'avais vu cette blessure à vif au grand jour. Kevin avait presque trente ans et essayait toujours de plaire à son père méprisant. Ce regard avait permis à Kevin de gagner trois semaines supplémentaires durant lesquels on s'était vus, J’avais eu pitié de lui, enfin c'est comme ça que je préférais le voir. Il était triste, seul et perdu. Et j'avais une propension à essayer de guérir les cœurs brisés.

Mais plus maintenant. Terminé les cœurs brisés. Les extraterrestres à ramasser à la petite cuillère. Les lois pas respectées. J'étais fatiguée d'être entourée de choses brisées.

J'ignorais si le père de Kevin était au courant de la dette de jeu de son fils, mais il semblait évident que Kevin avait été aux abois et avait décidé de me voler. Kevin semblait avoir plus d'argent que nécessaire, mais avait fini par m'avouer que ses revenus étaient liés à une allocation. De l'argent que son père injectait.

Ce qui le rendait encore plus assisté que jamais. On lui donnait tout ce qu'il voulait, mais sous surveillance, ce qui l'avait rendu à la fois paresseux et paranoïaque à l'idée que son père réprouve et coupe les vivres. J'avais honte de m'être laissée entraîner dans son style de vie somptueux, artificiel et creux, mais j'avais fini par le larguer. Un loser de plus à ajouter à mon tableau de chasse.

Jusqu'à Braun, je n'avais pas eu beaucoup de chance avec les mecs. Mais je n'avais pas choisi Braun, c'est lui qui m'avait choisie. Quand je fermais les yeux, j'entendais encore sa voix grave et rauque dire à moi.

Je me languissais de le revoir. Ils m'avaient dit au poste que Braun avait été enlevé par une femme répondant au nom de Directrice Égara et un autre extraterrestre originaire de la Colonie. Par conséquent, j'attendais. Mes appels au Centre de Recrutement des Épouses Interstellaires étaient demeurés sans réponse. Personne ne voulait me dire quoi que ce soit hormis confirmer qu'il avait bien quitté la Terre. Kevin était mort parce qu'il s'était abaissé à voler une cocotte-minute et une télé. J'avais de nouveau été mêlée à sa vie de merde. Même mort, il continuait de m'emmerder, et Braun aussi. Cet idiot de Kevin avait tout gâché. Mais les choses s'arrangeraient. Je devais simplement faire preuve de patience. Braun avait dit que j'étais la femme de sa vie. Il viendrait me chercher. La police extraterrestre était peut-être en train de l'interroger ? Ce qui expliquerait peut-être qu'il mette tant de temps à venir me chercher ? Il avait peut-être essayé mais je n'étais pas chez moi ?

Mon appartement était une scène de crime. J'avais été menottée et emmenée au poste de police. J'avais été interrogée pendant des heures et relâchée juste avant l'aube. Je n'avais aucune idée de ce qui était arrivé à Braun à part qu’il avait été emmené par l'extraterrestre. Il n'était pas originaire de la Terre. Il ne comprenait pas notre système judiciaire ou nos lois. Il n'avait rien fait de mal hormis être là pour moi.

J'avais interrogé les humains autour de moi à son sujet, mais personne n'avait voulu me dire quoi que ce soit. Les flics qui m'avaient amenée au poste non plus. Les détectives qui m'avaient interrogée non plus. Pas même l'avocat commis d'office qui s'était assis avec moi et m'avait épaulée pendant l'interrogatoire. Personne n'avait vu un énorme extraterrestre. Je ne pouvais rien faire, hormis me faire conduire à l'hôtel et enfiler un des uniformes réservés aux nouveaux employés. Je remplirais mon chariot, me dirigerais à l'étage VIP et commencerais par la chambre de Braun. Je lui parlerais. Il était peut-être là, en train de dormir. L'idée de grimper dans son grand lit et de me blottir dans ses bras m'arracha presque un gémissement.

Je me mis au travail et chargeai mon chariot.

— Tu as vu ? me demanda Tina en me croisant dans l'un des couloirs réservés au personnel en sous-sol.

Je réarrangeais une pile de serviettes pliées sur mon chariot afin qu'elles ne tombent pas.

— Quoi ? Je la regardai par-dessus mon épaule. Ses grands yeux brillaient, elle jubilait presque.

— Il y a un nouveau Bachelor La Bête Célibataire !

Je m'arrêtai et déglutis.

— Pardon ?

Elle haussa les épaules, sans se départir de son sourire.

— Tu as très bien entendu.

— Oui, mais... et alors ?

Non. C'était impossible, non ? Où était Braun ?

Elle regarda à gauche et à droite, et j'arrêtai de respirer.

— Roderick le tient de Jan, qui le tient de Julio, qui apportait le petit-déjeuner aux producteurs de l'émission. C'est tout ce que je sais, mais ils sont en train de réunir toutes les participantes en ce moment-même pour faire le point.

À mon appartement, Braun avait dit qu'il ne faisait plus partie de l'émission, mais c'était avant notre arrestation. Enfin, pas notre arrestation. Notre interrogatoire. Menottés. S'il ne faisait plus partie de l'émission, était-ce à cause de ce qui s'était passé avec Kevin ? Mais si j'étais libre de partir, Braun aussi. Il était innocent. Il n'avait même pas touché Kevin. Mon Dieu, Kevin Barrister devait être le seul mec au monde assez malchanceux pour se tuer avec un écran plat.

Je posai ma main sur son bras.

— Où a lieu la réunion ?demandai-je

Ses yeux s'écarquillèrent derrière ses lunettes. Elle était plus âgée que moi, la cinquantaine, avec deux petits-enfants en bas âge et un mari qui l'adorait.

— Tu nettoies quelles chambres aujourd'hui ? Je sortis la feuille de papier avec ma liste, elle me la prit et la parcourut. Beachcomber, dit-elle en faisant un geste de la main. Vas-y. Découvre ce qui se trame, je vais commencer à faire tes chambres. Mais viens me voir dès que tu sauras.

Je la pris dans mes bras, emportée par un regain d'énergie.

— Merci ! lançai-je en courant dans le couloir humide pour emprunter les escaliers menant à la petite salle de conférence du deuxième étage. Je paniquais intérieurement. Un nouveau Bachelor ? Cela n'avait aucun sens.

Alors que je me tenais devant les portes fermées, je pris une profonde inspiration, puis une autre. Mon cœur battait la chamade et je ne pouvais pas entrer en trombe dans une pièce. Mon travail consistait à être invisible. Je devais agir comme tel. J'ouvris suffisamment la porte pour me faufiler, et me dirigeai vers l'angle où se trouvait la fontaine à eau. Je fis semblant de ranger les gobelets usagés tout en observant subrepticement. Et je tendis l'oreille.

Une cinquantaine de personnes occupait la petite salle de réunion. La salle était aménagée pour une conférence, des rangées de chaises faisaient face à une seule table avec trois micros et trois chaises manifestement installés pour des conférenciers. Les vingt-quatre candidates étaient assises, bien que je n'aie pas pris le temps de toutes les compter. L'équipe de l'émission occupait probablement les autres places. Je reconnus Chet Bosworth, debout avec un homme et une femme, ils faisaient face à toute l’équipe.

— Il y aura un retard dans la production, dit l'homme, je supposais qu'il s'agissait du producteur. Il jeta un coup d'œil à Chet. Plus long que celui que nous avons déjà eu. Au moins deux semaines.

— Mais il y a bien une nouvelle bête ? demanda une des femmes.

— Oui. Un seigneur de guerre atlan, comme Braun. Le gouverneur de la Colonie ne m'a pas encore communiqué le nom de son choix final mais il sera comme Braun en tous points, mieux encore.

Je reniflai. Pas possible. Désolée, mystérieux Atlan, mais non. Personne n'arrivait à la cheville de Braun.

— Le nouveau chef de guerre arrivera directement de la Colonie le jour où nous commencerons le tournage, dit la femme avant de se racler la gorge. Il n'aura le temps de rien faire hormis se changer et se rendre directement au studio de production.

— Quoi ? Pourquoi ? J'entendis plusieurs voix indignées, des murmures de surprise et beaucoup de questions en suspens.

— Je ne veux pas en perdre un autre. Ça fait déjà deux. Une des voix féminines s'était exprimée et je réalisai qu'elle disait vrai. Wulf avec Olivia. Et maintenant Braun avec moi. Toutes ces femmes superbes, et toujours pas de happy end. Les producteurs de l'émission devaient être furax.

La femme qui parlait leva les mains pour intimer le silence, et le petit groupe obtempéra.

— J'ai parlé à plusieurs seigneurs de guerre en visioconférence, et je suis convaincue que n'importe lequel d'entre eux fera un excellent remplaçant pour l'émission.

— Mais Braun ? demanda une autre.

Oui, et Braun ? Mon cœur se serra dans ma poitrine alors que j'attendais une réponse. Braun devait être en train de dormir, étalé en travers sur le grand lit de sa suite.

— Le Seigneur de Guerre Braun a trouvé la femme de sa vie et est reparti sur la Colonie.

Je me figeai net. J'essayai de déglutir. Je fixais carrément le producteur, sans faire semblant de faire autre chose, hormis écouter.

— Il a trouvé la femme de sa vie ? La chambre 1214 avait parlé. Contrairement aux autres, elle s'était levée pour poser sa question. Elle était élégante et parfaite. Et méchante.

Chet Bosworth se racla la gorge, leva la main comme pour se frotter l'œil et l'abaissa rapidement.

— Oui.

— Vous voulez dire qu'il a trouvé chaussure à son pied ? demanda-t-elle, avant de jeter un coup d'œil aux autres femmes autour. Un chœur de chuchotements s'éleva.

— Il a trouvé son épouse, alors oui, dit le producteur. Il a pris ses bracelets de mariage, il les porte désormais. Il n'est plus disponible, mesdames. Mais ne vous inquiétez pas, nous avons un autre célibataire très convoité en route.

Tout le monde se mit à parler en même temps.

Braun avait trouvé sa femme.

Braun avait trouvé sa femme.

Braun s'était marié.

Il était retourné à la Colonie.

Bon sang, il n'avait pas pris le premier vol pour quitter la ville. Non. Il s'était téléporté de la planète Terre. Il n’était plus là, autrement dit, il était parti définitivement.

Mon cœur lourd cognait fort dans ma poitrine. Avant de se briser. Il avait quitté la Terre ? Il avait trouvé la femme de sa vie ? Et moi ? Et... tout ce que nous avions partagé ? Le sexe ? Aller voir Howard ?

— C'est injuste, dit la chambre 1214. Elle était peut-être même allée jusqu'à taper du pied sur la moquette, mais je ne voyais pas la moitié inférieure de son corps pour en être sûre.

Pour une fois, j'étais tout à fait d'accord avec elle. C'était injuste, mais je ne pouvais strictement rien y faire. Il avait trouvé sa compagne. La femme de sa vie. C'est comme ça que Chet l'avait qualifiée. Sa véritable épouse, la seule et l'unique, l'amour de sa vie, la femme faite pour lui.

Je ne pouvais pas rivaliser.

— Comment ? demanda-t-elle. Je veux dire, il était à l'hôtel avec nous. À quel moment aurait-il pu rencontrer quelqu'un d'autre ?"

Chet soupira et leva les mains au ciel dans un geste d'impuissance.

— Je ne suis pas un expert en extraterrestres, mesdames. De toute évidence, l'émission n'a pas beaucoup de chance avec eux, surtout après ce que le Seigneur de guerre Wulf a fait au plateau. Si Braun a trouvé sa compagne, il a dû être prévenu. Je suppose qu'il a passé le test et trouvé son épouse via le Programme des Épouses Interstellaires. Tout ce que je sais, c'est que j'ai reçu un appel ce matin disant qu'il était parti, qu'il était retourné à la Colonie auprès de sa compagne et qu'un remplaçant allait arriver.

J'ignorais s'il disait vrai ou pas, s'il y avait quelqu'un de menteur et minable, c'était bien Chet. Mais les producteurs ne niaient absolument rien. Tout ce qui les intéressait, c'était l'émission, le calendrier de production. Si Braun avait encore été là, ils auraient fait l'émission avec lui, sans attendre un nouveau candidat pour Bachelor La Bête Célibataire. Ils étaient trop fainéants pour aller chercher des complications.

Les conversations reprirent, plus fort cette fois. Je n'étais pas la seule à être sous le choc. J'étais, je l'espérais, la seule à avoir fréquenté Braun. Il avait fait la connaissance de mes parents. J'avais couché avec lui. J'avais baisé avec lui sous ma douche. Et sur mon canapé. Et par terre. Et au bord de mon lit. Et dans mon lit. J'étais la seule qui avait dormi dans ses bras vigoureux, à croire que nous vivions un rêve éveillé, heureux et amoureux.

J'avais cru à ce mensonge, même après notre arrestation. J'avais cru en lui.

La femme devant baissa la tête et haussa les épaules.

— Mesdames, ça n'aurait jamais marché avec vous si Braun a trouvé sa compagne. Contrairement aux hommes ici sur Terre, les Atlans savent. Leur bête sait. Vous devriez vous réjouir pour lui, être tout excitées à l'idée qu'un nouveau chef de guerre puisse être l'homme de vos rêves.

La discussion reprit mais une certaine excitation régnait désormais. Braun était de l'histoire ancienne. Loin des yeux, loin du cœur. S'il n'y avait aucun espoir de compatibilité, ils passeraient au suivant.

J'étais donc reléguée aux oubliettes ?

— On ne peut même pas lui dire au revoir ? demanda quelqu'un.

Ouais, je voulais au moins lui dire au revoir. Était-ce possible ?

Le trio à l'avant se regarda.

— Il est déjà parti pour la Colonie. Rien n'indique qu’il reviendra sur Terre.

Oh. Mon. Dieu.

Un des verres m'échappa des mains et tomba au sol. La moquette étouffa le bruit mais des têtes se tournèrent vers moi. Je le ramassai, quittai la pièce et me dirigeai vers les escaliers de service. Ils étaient déserts mais j'entendais le cliquetis de la vaisselle en bas. Je m'appuyai contre le mur en parpaings et inspirai profondément. J'essayais de comprendre ce qui se passait.

Braun était sur la Colonie. À des années-lumière. Il ne reviendrait pas. Il avait trouvé sa compagne. La femme compatible.

Était-ce qu'il avait voulu me dire la nuit précédente ? Quand je l'avais fait entrer dans mon appartement, il avait dit avoir quelque chose à me dire. J'avais remarqué les magnifiques bracelets imposants à ses poignets, mais j'avais espéré qu'il les portait pour moi.

Je me laissai glisser dos au mur jusqu'à m'asseoir sur la dernière marche et sanglotai. Quelle imbécile. Il ne m'avait jamais baisée avec sa bête. C'était la seule chose qui clochait. Toutes les fois où il m'avait caressée, tenue et fait jouir sur sa queue, il n'avait jamais laissé sa bête sortir. Pas comme lorsque le Seigneur de guerre Wulf avait saccagé le matériel d'un cameraman et tringlé sa nouvelle partenaire contre une porte close, en direct à la télévision. Braun n'avait jamais perdu son sang-froid. Et maintenant je savais pourquoi.

Je n'étais pas la femme de sa vie. L'homme avait peut-être apprécié mon corps, mais sa bête n'était pas intéressée.

Et maintenant, il était parti. Parti pour toujours. Parti de la planète. Il avait dit au policier qu'il ne participait plus à l'émission.

Était-il venu me le dire avoir appris qu'on lui avait trouvé une compatibilité ? D'après les trailers de l'émission, je savais qu'il avait passé le test du Programme des Épouses Interstellaires il y a plusieurs années, mais qu'aucune compatibilité n'avait été trouvée.

Jusqu'à aujourd'hui. Était-il venu jusqu'à moi par politesse, il avait voulu me l'annoncer lui-même ?

Bien sûr que oui, et il était parti le plus tôt possible. Il était venu chez moi me dire au revoir, mais le bordel avec Kevin l'en avait empêché. Merde alors, il avait failli avoir de gros problèmes qui auraient pu l'éloigner de sa compagne. L'empêcher de rentrer chez lui.

J'appuyai mon front sur mes genoux. Je n'étais pas sa femme. Je n'appartenais pas à Braun. Une autre que moi lui appartenait. Étaient-ils ensemble maintenant ? Sa compagne avait-elle été transportée de la Terre pour le rejoindre sur la Colonie ? Ou venait-elle d'une autre planète ? Une femme extraterrestre ? Une humaine ? Était-elle grande ? Était-elle belle ? Ses bracelets étaient déjà à ses poignets ? Sa bête était-elle apaisée et heureuse avec elle ? Est-ce qu'il la baisait et la possédait pendant que je pleurais ici assise dans une cage d'escalier ?

Bien sûr que oui. Elle était son âme sœur. Je connaissais le Programme des Épouses par cœur, les mariages étaient presque parfaits. Ce ne serait pas différent avec Braun.

Braun.

Les larmes me brûlaient la gorge, se formaient trop vite pour sortir par mes yeux.

Je le connaissais depuis deux jours et j'étais dévastée. Le cœur brisé. Perdue.

J’avais cru — stupidement — que nous étions connectés. Que ce que nous avions partagé était spécial.

Il ne m'avait même pas dit au revoir.

Braun, En Taule, La Colonie


— Je retourne sur Terre, dis-je en me jetant sur les barreaux. Je m'étais réveillé en cellule, cette dernière étant suffisamment solide pour garder ma bête enfermée.

— C'est impossible. Le Gouverneur Maxim se tenait à l'extérieur de ma cellule, accompagné par Rachel, son épouse humaine, et du Capitaine Ryston, son second. Rachel avait passé ses bras autour d'un des siens, sa tête appuyée contre lui pour montrer son soutien.

— Laissez-moi sortir d'ici.

Il secoua la tête.

— Pas avant que vous m'ayez écouté. Je suis désolé de vous avoir assommé, mais vous ne m'avez pas laissé le choix. Il a fallu quatre hommes pour vous traîner jusqu'ici. Il fit un geste de la main.

Cette prison n’avait jamais été utilisée depuis le temps que j'étais sur la Colonie.

Jusqu'à aujourd'hui.

— Je n'ai rien fait de mal. Je dois protéger ma compagne. Je regardai Rachel au cas où elle ignorait que ma partenaire était une humaine comme elle. J'espérais peut-être qu'elle ferait entendre raison à son borné de Prillon en mon nom. Ma femme s'appelle Angela Kaur, elle est toujours sur Terre.

— Braun, comme je vous l'ai dit, la mort de cet humain a causé un incident interplanétaire. La Terre a bloqué tous les transports jusqu'à ce que les choses soient réglées. Tous les trajets vers la Terre ont été bloqués à cause de cela.

— L'humain était un bon à rien qui a volé ma compagne. Il l'a agressé verbalement.

Maxime plissa les yeux et serra les poings. Il n'aimait pas plus que moi qu'une femme soit maltraitée.

— Il bénéficiait de nombreuses relations et avait le bras long.

— Si le système judiciaire terrien avait une quelconque notion de ce qu'est l'honneur, les choses se seraient déroulées autrement.

Rachel soupira et je me tournai vers la petite femme.

— C'est vrai, Braun, murmura-t-elle. Malheureusement, ça joue. Les gens qui ont du pouvoir et de l'argent s'en sortent presque toujours sans problème. Pas tout le temps mais souvent et des personnes respectables doivent se battent contre eux pour faire respecter leurs droits, la Terre n'est pas parfaite. Loin s'en faut.

— Les problèmes sur la Terre ne me concernent pas. Je dois retrouver ma compagne.

Maxim baissa les yeux et me regarda.

—Je sais. J'y travaille avec la Directrice Égara. Nous n'employons pas la voie diplomatique. Si nous pouvons avoir gain de cause, nous ferons tout notre possible.

— Comment ça « si » ?

Je perdais mon sang froid. Ma bête se déchaînait, la fièvre bouillonnait en moi. Ma bête poussait, je me mis à grandir.

— Faites taire cette bête.

— Non, répliquai-je.

Maxim me regarda méchamment.

Je lui rendis la pareille.

— Je ne peux rien faire tant qu'ils ne débloquent pas les navettes.

— Combien de temps ça va prendre ?

— Au moins quatorze jours.

— Vous êtes sérieux ? La tête basse, je me concentrais sur la douleur provenant de mes bracelets de mariage. Cette douleur correspondait à Angela. Un rappel qu'elle était à moi. Elle était réelle. Elle était là quelque part et avait besoin de moi. Je ne pourrais jamais la rejoindre si je perdais mon sang-froid.

— Promettez-moi qu'elle est en sécurité. Jurez-le-moi.

Il acquiesça.

— Le Prime Nial savait que vous seriez contrarié. Même si tout le monde a quitté la Terre, il a chargé un Chasseur d'Elite everian, posté au centre de recrutement des Épouses, de veiller sur elle jusqu'à ce que nous puissions l'exfiltrer de la planète. Elle est sous haute protection, et comme il n'est pas légalement autorisé à être sur Terre, elle — et tous les autres habitants de la planète — ignoreront tout de sa présence.

Ma bête n'était pas satisfaite, mais savoir qu'un Chasseur d'Elite veillait sur elle la calma suffisamment pour que je puisse réfléchir. Et écouter.

— Combien de temps ?

— Je l'ignore. J'espère que Lord Lorvar saura se montrer aussi persuasif que le Prime Nial le prétend. Je ferai tout mon possible. Je vous ai envoyé là-bas pour trouver votre femme. Je ne renie pas ma parole. Mais vous devez faire preuve de patience.

Je grommelai.

— Ma bête n'est pas patiente.

Il soupira.

— Je sais. Je vais vous laisser sortir d'ici, mais je ne veux pas apprendre que vous avez envoyé un Prillon et deux Vikens à l'hôpital en combattant dans l'arène pour apaiser votre colère.

— Je souffre de la fièvre de l’accouplement.

— Je m'en fous. Ménagez vos ardeurs sans quoi vous la perdrez définitivement. Suis-je assez clair, Seigneur de guerre ?

Il disait vrai et je poussai un grommellement. J'avais compris. Ça me déplaisait mais j'avais pigé.

— Je vous envoie sur la prochaine mission requérant un Atlan ayant votre expérience. Je préfère que vous arrachiez les têtes de la Ruche plutôt que celles de mes guerriers dans l'arène.

Je poussai un autre grognement. Partir combattre et détruire la Ruche apprivoisait ma bête. Un peu. Je pensais à Angela sur Terre. Seule. Je n'avais pas eu l'occasion de lui parler, de lui expliquer. De lui dire qu'elle était ma femme. Que mes bracelets lui étaient destinés. Si ce loser n'avait pas été à son appartement, elle serait ma femme en ce moment. Elle serait ici avec moi.

Si cet homme sans moralité, ce Kevin, n'était pas déjà mort, je lui arracherais la tête des épaules pour m'avoir contraint à rester éloigné de ma compagne.

Je m'approchai des barreaux et affrontai Maxim comme je l'avais fait précédemment sur Terre.

— Je ferai ce que vous me demandez. Je ferai en sorte de dompter ma bête jusqu'à ce que vous me permettiez de retrouver ma compagne. Mais vous devez faire quelque chose pour moi.

Il leva un sourcil brun et croisa les bras sur sa poitrine.

— Le grand-père d'Angela Kaur. Il s'appelle Jassa Singh Kaur. C'est un guerrier. Un chef de guerre à part entière. Il a combattu l'ennemi. Il a perdu une jambe dans la bataille mais s'en est tiré vivant.

Maxime releva le menton. Il respectait un honorable combattant.

— Il est malade. Je ne pense pas qu'il s'en remettra, la Terre est une planète arriérée et Angela a dit que ses médicaments coûteux sont très probablement inefficaces. Il a besoin d'une baguette ReGen.

— Je ne peux …

— La Directrice Égara, oui, je l'interrompis illico. Je suis sûr qu'il y en a une au centre de recrutement des Épouses. Je veux l'utiliser sur lui. Guérir ce vétéran. Soulager la souffrance d'Angela est de mon devoir. C'est un honorable guerrier, elle l'aime de tout son cœur. S'il meurt, elle aura le cœur brisé et je ne supporte pas de la voir souffrir. Pas quand une chose aussi simple qu'une baguette ReGen peut guérir le vieil homme.

Maxime m'observa.

— Adjugé.

Je hochai la tête.

— Mettez-moi sur le prochain transport pour la Terre. En attendant, envoyez-moi en mission. Je dois apaiser la bête, faute de quoi je finirai tout droit dans la chambre d'exécution sur Atlan.