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37. Buste de Bouddha,

date inconnue, Wat Si Muang,

Vientiane, Laos, bronze doré.

 

 

Désabusé et insatisfait, Gautama laissa tomber tout ce que la plupart des hommes estimaient afin de rechercher la paix par des études isolées et un déni de soi. Échouant dans l’atteinte de son objectif alors qu’il apprenait la sagesse d’autres et en vivant la simple vie d’étudiant, il se consacra à cette intense méditation et pénitence dont tous les philosophes de cette époque affirmaient qu’elle élevait les hommes au-dessus des dieux. Toujours insatisfait, toujours à la recherche d’une certitude qui semblait juste à sa portée, il ajouta des vigiles aux vigiles et des pénitences aux pénitences. Lorsque, selon l’œil inquisiteur des autres, il devint plus qu’un saint, son indomptable résolution et sa foi disparurent soudainement et complètement. Alors, lorsque la sympathie aurait été plus que la bienvenue, ses amis avaient déserté et ses disciples l’avaient quitté. Juste après, il erra sur les rives du Nairanjara, reçut son petit-déjeuner des mains de Sujata, la fille d’un villageois voisin et s’assit pour le manger à l’ombre d’un grand arbre connu, à partir de cette époque, comme l’arbre sacré de la Bodhi ou l’arbre de la sagesse. Cette journée, il resta là de longues heures, débattant avec lui-même sur la suite des évènements. La philosophie dans laquelle il croyait semblait être douteuse, la pénitence qu’il avait pratiqué si longtemps n’avait apporté aucune certitude, aucune paix, et toutes ses vieilles tentations revenaient avec une force nouvelle. Pendant des années il avait regardé tous les biens terrestres avec vanité, comme sans valeur et fugaces. Il pensait qu’ils contenaient les germes du mal et devaient inévitablement produire un fruit amer. Mais à présent, à sa foi vacillante, les doux plaisirs domestiques et de l’amour, les charmes de la richesse et du pouvoir, commençaient à se montrer sous un autre jour et luisaient de nouveau avec d’attractives couleurs. Ils étaient à portée de la main, il savait qu’il serait bien accueilli mais cependant il fut assailli d’un doute : est-ce qu’un retour à la maison lui apporterait satisfaction ? Est-ce que tout ce travail serait perdu ? N’y avait-il pas un sol solide pour le soutenir ? Il agonisa dans le doute du petit matin jusqu’au coucher du soleil. Mais à la fin de la journée le côté religieux de sa nature l’emporta, ses doutes s’étaient évanouis. Il était devenu le Bouddha, c’est-à-dire, l’éveillé, il avait trouvé, selon lui, la solution du grand mystère de la douleur et il avait appris à la fois les causes et les remèdes. Il lui semblait avoir gagné un havre de paix qui lui permettait de se reposer enfin sur une certitude qui ne pourrait jamais être ébranlée.

Mais la bataille ne fut pas gagnée sans perte. La pénitence et la mortification qu’il avait pendant si longtemps et avec tant de résolution pratiquées furent essayées dans le feu et n’avaient offert que de la déception. À partir de ce jour, il n’a non seulement tiré aucun mérite de ces pratiques mais en plus de cela il trouva toutes les opportunités pour déclarer que de telles pénitences n’étaient pas bénéfiques, qu’elles représentaient une renonciation plus grande, probablement, pour quelqu’un dans sa position, que ce que les bouddhistes nomment le « Grand Renoncement ».