Sexualité
Plus la sexualité devient officielle, permise, encouragée, cadrée, et plus – c'est facile à comprendre – elle perd de son intérêt. La pornographie de la misère se change en misère de la pornographie. Il n'est plus question de trouble, de vertige, d'excitation, mais de vengeance. Le nouveau puritanisme est là. La dépression et la violence, régulièrement liées à Éros, en font désormais un serviteur balbutiant de Thanatos. Une drôle de vertu pornographique est à l'œuvre, marchandise comme une autre, aussi ennuyeuse qu'un sermon moral. De même pour le militantisme sexuel, aussi accablant que le réalisme socialiste des années sombres. À l'endroit, un déluge de publicité pour les corps sains, sportifs, emblèmes de la mode et des produits de beauté. À l'envers, toutes les propositions de vices racornis possibles, sur fond de rock stéréotypé. Des centaines de livres paraissent sur le malheur de vivre en banlieue. Un roman d'aujourd'hui, intitulé La Vie voluptueuse d'un milliardaire immoral, serait impubliable.
25/06/2000