Avion

Imaginons les passagers allemands du Concorde bientôt en feu. Ils partent pour un beau voyage vers les Caraïbes. Ils sont détendus, joyeux, déjà dans l'horizon du champagne et du foie gras à bord. Le grand oiseau, merveille de la Technique, les emporte vers les paradis artificiels des croisières. Ce sont de braves gens, comme des millions d'autres, ils parlent un peu fort, ils bavardent, ils se congratulent, ils s'installent confortablement, ils plaisantent. Et puis, en deux minutes, plus rien, fumée. Commence alors, après le moment religieux et la souffrance des familles (sans oublier celles des pilotes et du personnel de bord), le catalogue sinistre, à la Prévert, des causes possibles du crash. Un pneu crevé, un déflecteur qui explose, une lamelle de métal sur la piste, une panne de moteur, une fuite de kérosène, le tout enveloppé dans une torche volante. Jamais le décalage entre la fragile vie humaine et son habillage mécanique n'a été aussi brutal, aussi troublant. L'expression qui revient ensuite, dans les commentaires, est que le super-avion reste désormais « cloué au sol », puisque aucun scénario probant n'a été trouvé pour expliquer l'enchaînement des défaillances. Voilà, c'était un départ en vacances.

27/08/2000