Sous-marin

Imaginons maintenant les militaires du sous-marin russe Koursk. Ils sont tranquillement en manœuvres, tout va bien, même si l'ennui l'emporte, le manque d'information, la vétusté du matériel, l'absence de perspectives. Soudain, le choc imprévu, l'explosion. L'eau envahit tout, quelques survivants vont agoniser à l'arrière par manque d'oxygène. Alors commence la mise en scène à l'ancienne, à la soviétique, c'est-à-dire la désinformation systématique. On croyait ce cirque dépassé, mais non. On vous ment pendant huit jours, sur tous les tons, l'honneur de la marine l'exige, et le gris Poutine s'en fout éperdument. Les familles ? Qu'elles aillent se faire voir. L'opinion internationale ? Aucune importance. L'aide des Anglais ? Ils ne retrouveront que des cadavres, et s'ils veulent les remonter, grand bien leur fasse. Avez-vous vu cette mère de famille, hors d'elle, en train d'insulter un officiel en lui demandant ce qu'il a fait de son fils marin qui gagnait trois cent cinquante francs par mois ? Qu'elle crie, ce n'est pas grave, tout s'oublie vite aujourd'hui, et il est plus urgent de canoniser le tsar Nicolas II. De mieux en mieux : pour faire taire la mère de famille en colère, une policière de la sécurité la pique en direct à travers sa veste. Voilà qui va calmer sa protestation. En effet, elle s'effondre. De chagrin, bien sûr. Mais l'image est enregistrée.

27/08/2000