Le rebelle

En 1943, dans la France glauque de l'Occupation, un poète français est en prison. On connaît de lui quelques vers étranges. Cocteau dit de lui : « Élégance, équilibre, sagesse, voilà ce qui émane de ce maniaque prodigieux. » À peine enfermé, ce poète écrit à Picasso pour lui demander où se trouvait, à la Santé, la cellule où a été bouclé Apollinaire. C'est Jean Genet, dont on lira les Lettres au petit Franz (1943-1944)18. Il a besoin de nourriture et de papier, Genet, il écrit sans cesse, il veut sortir de là tout en restant voleur, par vocation et passion. Cambrioleur, c'est le goût de l'ivresse, comme on peut vouloir être aviateur, marin, explorateur. Il travaille à Miracle de la rose. Il écrit : « Un Prince seul pourrait lire mes livres sans être tenté de cracher dessus. Un Prince ou un Pontife. Où sont-ils tous ? » Bonne question. Et, dans la foulée : « J'emmerde tous ces cons qui croient me tenir parce qu'ils ont des flics et des barbelés. »

Genet, bien entendu, est un moraliste. Au « petit Franz » (François Sentein), il dit : « Ne commets jamais de gestes sans beauté. On en souffre trop de vivre dans la laideur des gestes étriqués. » La vie en prison, au milieu du bruit et des bagarres, n'est pas en effet la tour d'ivoire rêvée. « Maintenant, si dans un mois je ne suis pas sorti, je déchire ou brûle le livre que j'écris et qui devrait être un des plus beaux livres de la littérature française. Je ne donnerai pas mon livre à une chiée de cons qui me laissent crever en se regardant dans le blanc des yeux et en agitant leurs gants au bout de leurs mains molles. » Ou encore : « Je ne sais pas si je ne vais pas bouffer mon livre pour le leur recracher à la gueule. »

Voilà. Genet est parti pour quelques chefs-d'œuvre. Style fleuri et direct. Une phrase, parfois, suffit : « C'est rare les types qui sont bien grands. »

29/10/2000