Liberté
Bien entendu, on se réjouit avec tout le monde de l'effondrement du régime aberrant des talibans, de la libération de Kaboul, de la bonne fortune des coiffeurs débordés par la suppression des barbes, du dévoilage des femmes emprisonnées derrière leurs burqas, du fait qu'elles pourront enfin s'instruire et travailler au lieu de croupir dans l'obscurantisme local. Qu'une femme, parlant à visage découvert à la télévision, puisse être un événement mondial donne un léger vertige au spectateur occidental. Ce dernier s'attend maintenant, à chaque instant, à apprendre qu'un avion s'est écrasé ici ou là, à New York ou ailleurs. Deux cent soixante morts, en période normale, est un événement, là c'est presque un détail, même si des journaux titrent, de façon apocalyptique, « malédiction ». À ce compte, Dieu n'est pas non plus content des Algériens qu'il punit par des inondations catastrophiques. Les nouveaux problèmes qui vont se poser en Afghanistan (chefs de guerre, conflits ethniques) seront redoutables. Pour l'instant, on voit apparaître cette monstruosité : l'aide humanitaire bloquée, tandis qu'en sens inverse la drogue passe allégrement les frontières. Les stocks sont en vente, les camions roulent vers leurs clients. À Saint-Pétersbourg, dans les derniers mois, les camés ne venaient plus demander de seringues : l'héroïne n'était plus là, ils étaient obligés de se transférer sur d'autres substances. Depuis quelques jours, les revoilà en demande, l'héroïne est revenue, elle coule à travers la Russie, atteint déjà la Suède avant de retraverser l'Atlantique. Ainsi va le monde, et on préfère, après tout, que cela ait lieu en musique. Ce n'est pas encore Mozart à Kaboul, mais ça viendra.
25/11/2001