Le débat
Qu'on ne compte pas sur un écrivain pour signer des pétitions et aligner des grands mots : honte, humiliation, valeurs, image de la France, front républicain, et le reste. Irai-je voter pour le sauveur de Corrèze ? Tout dépend du débat qui n'aura pas lieu. Mais j'ai une meilleure idée. L'affrontement doit avoir lieu entre Le Pen et Bernadette. Personne n'en doute : la vraie légitimité, aujourd'hui, c'est elle.
Le discours républicain classique des droits de l'homme ne suffit plus : il faut celui du royaume ; il faut, comme dans tous les coups d'État, qu'un plébiscite clair ait lieu. Pas d'arguments, d'injures, de vociférations, de promesses qui n'engagent que ceux qui les reçoivent, non, le sourire un peu condescendant de la châtelaine face à l'un de ses paysans furibard. « Cessez d'ennuyer mon mari », dira Bernadette, et l'autre commencera à se troubler, à rougir, à bafouiller, à tripoter nerveusement son béret. Un débat ? Même pas, une entrevue très courte et télévisée. « Soit, monsieur, j'écoute vos doléances. » Vingt minutes suffiront.
Avant, Bernadette aura reçu, toujours aussi souveraine, les différents représentants du peuple. Bayrou, son métayer exigeant du Béarn qui en a assez qu'on lui fouille dans les poches ; Chevènement, cet honnête garçon buté malheureusement athée ; Arlette, qu'il faut calmer avec douceur ; Olivier Besancenot, qui veut être chef à la poste ; la charmante Taubira, qu'il convient d'embrasser ; Madelin, avec lui c'est compliqué mais il a son charme ; Robert Hue, pour le consoler ; Christine Boutin, avec qui on peut prier trois minutes ; l'énigmatique Gluckstein ; Mamère, bien sûr, avec qui on peut plaisanter, « comment allez-vous, monsieur Mamère ? » ; Mégret, pour le sermonner ; Saint-Josse, pour parler de chasse et de pêche ; Corinne Lepage, en coup de vent ; et puis Hollande, les syndicats, les associations, le Crif, et pour finir, bien sûr, les dignitaires religieux ou parareligieux, sans oublier Mgr Lustiger pour une petite confession tranquille.
Après quoi, le gros Le Pen. « Vous voyez bien que tout le monde est contre vous, mon ami, à commencer par les intellectuels. » « Ces salauds », grommellera Le Pen – « Allons, mon ami, du calme. » Bernadette, ensuite, apparaîtra au balcon, promettra de la brioche, de l'emploi et de la sécurité pour tout le monde, et terminera sa brève allocution ainsi : « Mon mari est fatigué, il travaille. Si quelque chose ne va pas, revenez me voir. »
28/04/2002