La pêche
Ce qui fait plaisir à voir, en tout cas, c'est la pêche extraordinaire de Chirac, son aura, sa baraka. Il est en pleine forme, il a rajeuni de dix ans, la thalassothérapie lui convient à merveille, il plane, il fait pschitt, il est prêt à fatiguer sous lui une dizaine de Raffarin, sa voiture est un cheval, son sourire, un sabre. Un attentat contre lui le 14 juillet ? Ah, bon ? Un déséquilibré néonazi embusqué avec une carabine transportée dans un étui à guitare ? Ah, bon ? Une balle perdue dans le défilé ? Ah, bon ?
Mais imaginez le contraire : un tireur d'élite sur un toit, le pauvre Président atteint et transporté d'urgence à l'hôpital, la nuit de veille, le décès, Bernadette bouleversée, le traumatisme national, les funérailles grandioses. Le Pen et Mégret arrêtés et dissous, Raffarin élu avec 98 % des voix, quelle histoire ! À quoi n'a-t-on pas échappé ! Dieu soit loué, le Président va bien, le néonazisme sera écrasé, la sécurité routière sera assurée, le cancer va diminuer, les handicapés auront droit à plus de justice. Et c'est très bien ainsi, d'autant plus qu'en serrant ostensiblement la main du tsar Poutine, l'axe Paris-Moscou est renforcé par rapport à la menace hitlérienne et à l'islamisme terroriste.
On n'imagine pas Jospin donnant une poignée de main aussi franche et sympathique à son homologue du KGB repeint. Comme quoi l'Histoire avance toujours dans le bon sens, et ce n'est pas le vieux Jean-Paul II en état d'agonie permanente qui pourra dire le contraire. Personnage de plus en plus ahurissant, celui-là : il tient à convoquer Dieu lui-même à son dernier souffle, il tente l'intervention du Ciel, un signe, un miracle, on ne sait quoi.
28/07/2002