Symptômes

Le 11 septembre était déjà un roman fabuleux, mais Août 2003 me semble plus varié, plus sourdement monstrueux, plus vicieux. Cherchez la logique des événements : elle vous échappe, la scène se déroule partout et nulle part, quelques points de fixation, d'accord. Bagdad et Jérusalem, mais c'est la planète tout entière qui vous fait signe du mauvais côté des choses. Le Diable, au lieu de se présenter frontalement contre des tours, à New York, est omniprésent, actif, incessant, insaisissable. Nous sommes sous le soleil de Satan, dans une lumière d'août impossible, un effet de serre et de pollution qui ressemble à un attentat.

Vous me dites d'abord trois mille ou cinq mille morts par canicule ? Puis dix mille, treize mille, peut-être plus ? Mais c'est abracadabrantesque. Ça ne se reproduira plus, c'est promis. On sentait bien, pourtant, dès la fin juillet, après l'assassinat de L'Enlèvement au sérail de Mozart à Salzbourg, que quelque chose était lâché négativement dans l'atmosphère. Mise en scène norvégienne idiote, personnage du gardien fanatique islamique transformé en curé catholique, pourquoi tant de haine envers Mozart, je vous le demande. Mais, après tout, pourquoi des pyromanes ? Que veulent dire ces énormes festivals d'incendies ? Pourquoi des crétins descellent-ils et brisent-ils la stèle rappelant l'assassinat du préfet Érignac en Corse ? Dans quel but faire sauter des maisons ? Que vise l'explosion du siège de l'ONU à Bagdad ? Pourquoi un si long silence de Chirac sur les morts d'août ? Blocage affectif ? Mauvaise communication ? Somnolence de Bernadette ? Panne de portables entre la France et le Canada ? Mondialisme répugnant à l'Hexagone ? Respirons : le Président est rentré, il a une mine épatante, il est tout bronzé, il répète plusieurs fois le mot solidarité, mélopée de bonne volonté sur les embouteillages de cercueils.

24/08/2003