Vilnius mon amour

La jolie juge Nathalie Turquey, en tailleur rose, arrive en Lituanie pour y rencontrer Bertrand Cantat en prison. Sa démarche m'intrigue : elle voit sans déplaisir qu'il y a des caméras, elle ondule un peu, elle joue, elle sourit, peut-être pense-t-elle à Julie Lescaut. Elle sera bientôt célèbre. En tout cas, la voilà projetée dans une grande histoire fiévreuse et sordide qui a occupé les médias du mois.

J'ouvre mon magazine branché habituel et je lis qu'il s'agit ici « d'amour, de passion et de mort, une affaire intime, privée, d'où l'obligation de l'aborder avec sobriété, discrétion et respect ». Un ton aussi solennel n'est pas courant dans mon magazine. Marie Trintignant tournait en Lituanie un téléfilm consacré à Colette. J'ouvre la radio, j'entends sa voix récitant des poèmes d'Apollinaire, je ne saisis qu'un mot sur trois dans son balbutiement effusif. Bertrand Cantat, lui star du groupe Noir Désir, chante :

« Si tout devient opaque

Ma reine, ma reine,

J'ai bien aimé ta paire de claques

Et surtout ton dernier baiser. »

Je crois comprendre qu'il y avait de la jalousie dans l'air, beaucoup d'alcool, des projets de vacances litigieux avec six enfants (quatre de trois hommes différents pour elle, deux avec la même femme pour lui), bref aussi peu d'intimité et de repos que possible. Trop de bruit, trop d'enfants, trop de cinéma, trop de vodka. Cantat, originaire de Bordeaux, comme moi, venait de publier un livre intitulé L'Expérience des limites, ce qui ne manque pas de m'intriguer puisqu'il s'agit aussi du titre d'un de mes livres anciens. L'expérience n'a pas été la même. La poésie est difficile et dangereuse, comme l'amour.

Là-dessus, mon magazine branché en rajoute dans la métaphysique : « Les histoires d'amour finissent mal en général », « C'est beaucoup plus dur de s'aimer aujourd'hui qu'hier », « L'amour est dévoration, le temps des vampires est revenu », « L'incompréhensible et le terrible surgissent, sans crier gare, tout au long de nos vies et de celles des gens qu'on aime ». Quel sermon, quelle bien-pensance ! N'écrit pas qui veut Les Fleurs du mal ou Une saison en enfer.

24/08/2003