Cocteau
On parle beaucoup de Cocteau ces temps-ci, mais est-ce qu'on le lit ? Pas mal de scories et de remplissage, parfois, des rafales d'esprit pour pas grand-chose, très mauvais poète précieux, mais aussi, souvent, moraliste, classique électrique. Ouvrons, par exemple, Essai de critique indirecte79 : « Le silence défile, musique en tête, dans les rues de Chirico. » Ou bien : « Quand j'étais petit, je croyais que les étrangers ne parlaient aucune langue, faisaient semblant entre eux d'en parler une. C'est ce que pense le public en face de nous. »
Ou bien : « Aujourd'hui, on supprime la mort ; on l'escamote. Soit on meurt en un clin d'œil d'une mort sportive, soit on ne pense à la mort qu'en mourant. La mort éclaire un chef-d'œuvre. Les gens se désintéressent de l'art parce qu'ils ne s'intéressent qu'à ce qui les concerne, et la mort ne les concerne pas. Personne au monde ne croit plus à elle. On ne meurt plus. C'était ennuyeux » (ces lignes datent de 1932).
Et ceci : « La crise financière sauvera les grandes firmes et balaiera les petites. Il en va de même des livres mineurs qui ne peuvent plus paraître. Ceux qui achetaient nos livres comme jeux du cirque cèdent la place à ceux qui les achèteront comme du pain. » Et encore ceci, superbe : « Vulgarité des premières places. Il n'y a que des places à part. »
28/09/2003