Admirateurs

Un écrivain qui ne reçoit que des louanges peut être considéré comme mort. Sa stratégie consistera donc à entretenir quelques ennemis tenaces qui, quoi qu'il fasse, lui tomberont dessus à la moindre occasion. Ce sont des admirateurs négatifs, précieux, actifs, inlassables. Il faut qu'ils s'acharnent, qu'ils tournent comme des derviches extatiques, ce sont des alliés dans la longue marche du temps.

Ainsi, dernièrement, dans Marianne : « Prenez les articles de Philippe Sollers qui sont au journalisme ce que Patricia Carli était à la chanson, Francis Lopez à l'opérette, Bernard Buffet à la peinture, Philippe Léotard au bel canto, ce que Raël est à la science, Blair au socialisme, Robert Hue au lyrisme oratoire, Donald Rumsfeld à l'humanisme judéo-chrétien, Élizabeth Teissier au positivisme cartésien et Nénuphar Barillon au cyclisme professionnel… ils sont dispensés de tout audit en nullité pour cause de couvert mis au banquet des décideurs. » Pas mal, non ? Très porteur. Portrait chinois impeccable. Ce Sollers est tellement nul qu'on se demande pourquoi il est publié. Mais, que voulez-vous, il hypnotise les décideurs.

Dans le même distingué magazine, qui lutte vaillamment contre l'obscurantisme déferlant, cette perle à propos des intellectuels d'autrefois : « À l'époque, avant d'aller pisser, il fallait demander l'autorisation de Barthes, Sartre et Foucault. » Et, un peu plus loin : « Cocteau incarne ce que l'esprit à la française a de plus oiseux, de Sacha Guitry à Philippe Sollers. » Oui, oui, encore, encore. En avant, gauche-droite, gauche-droite. Ne vous lassez pas, surtout. Forcez le trait.

26/10/2003