Wilkinson

Pas de doute, Jonny Wilkinson, le héros de la finale de rugby en Australie, est un génie. L'Angleterre le célèbre, des fleuves de bière coulent en son honneur, les retombées publicitaires de ses exploits sont estimées à des millions de livres. C'est l'as du coup de pied arrêté, le virtuose du drop, le chevalier de l'esquive, un modèle dans tous les domaines, du grand art. Il fallait le voir, sous la pluie battante, se concentrer, tendre les bras en avant, joindre ses mains comme pour une prière à Dieu (qui, comme chacun devrait le savoir, n'est pas rond mais ovale), lever les yeux vers les poteaux, là-bas, loin, si loin, revenir à ses mains, regarder à nouveau les poteaux, s'envoler vers la frappe, suivre la trajectoire du ballon, drapeau levé, c'est gagné.

Et ce drop, ce drop ! Pendant ce temps-là, on entendait le public anglais, venu à Sydney, chanter cette vieille chanson populaire devenue un negro spiritual, « Swing low, sweet chariot, coming for to carry me home ». Oh oui, rentrons à la maison, là-bas, à Londres, home sweet home, vive l'ovalité, vive la reine, peu importe qu'un évêque anglican homosexuel se soit fait introniser dans une patinoire ou que le prince Charles soit bisexuel. Gloire à « Wilko » dans les pubs ! Jonny l'ange blond, le pied d'or !

Mais, au fait, où étaient passés les Français ? Disparus, enfoncés, laminés. Le ballon mouillé leur échappait des mains, c'était vraiment la France qui tombe. Il faut refonder l'entente cordiale, nous dit-on. Très cordiale, en effet. Bush, venu à Londres justifier le merdier de Bagdad, se faisait conspuer dans la rue avec une presse déchaînée contre lui. Jonny, lui, balayait Tony. Seule bizarrerie au tableau : la mère de Jonny, pendant le match, allant faire ses courses dans son supermarché habituel. « J'étais trop énervée pour suivre la retransmission », a-t-elle dit. Une mère qui n'aime pas vraiment son fils, excellente nouvelle. Oui, Wilkinson est sans aucun doute un génie.

30/11/2003