Giscard

Et pourquoi pas Giscard d'Estaing à l'Académie française ? Il y serait comme un beau diamant. Je ne comprends pas cette cabale contre lui. Je ne perçois pas de quelles hauteurs littéraires elle émane. Un Président à l'Élysée, quoi de plus normal ? Chirac lui-même y pense. Et Villepin. Et Sarkozy. Et Fabius. Il me semble même qu'un Président étranger serait le bienvenu : Poutine, par exemple. Ou alors, l'Académie doit frapper un grand coup : Ramadan !

Les choses ne vont d'ailleurs pas si mal, si on en croit cette lettre de Voltaire, datée du 14 juillet 1773 à Ferney : « Mon cher confrère, mon cher philosophe, il est bien triste pour votre belle ville qu'il y ait de si mauvais acteurs sur un théâtre si magnifique. Adieu les beaux-arts dans le siècle où nous sommes. Nous avons des vernisseurs de carrosses et pas un grand peintre, cent faiseurs de doubles croches, et pas un musicien, cent barbouilleurs de papier et pas un bon écrivain. Les beaux jours de la France sont passés. Nous voilà comme l'Italie après le siècle des Médicis : il faut prendre son mal en patience et être tranquille sur nos ruines. »

Voltaire se trompait, bien entendu. On se trompe toujours quand on parle de décadence, de déclin, de ruines. Prétextes pour censurer le talent vivant (Fragonard était en pleine activité quand Voltaire écrivait ces phrases). Rien de plus amusant, rétrospectivement, que l'aveuglement des contemporains au sujet des artistes ou des écrivains de leur temps. Nous nous croyons incapables d'erreurs ? Erreur. Il y a aussi les déclarations à mourir de rire des best-sellers d'aujourd'hui sur les écrivains du passé. Ainsi Donna Tartt (un million d'exemplaires) : « Je n'aime pas Hemingway. Il ne me console pas lorsque je suis triste ou malade. »

30/11/2003