Prisons
Autant je déteste le crime, autant je n'arrive pas à comprendre ce qui peut pousser des gens apparemment normaux à se réjouir de laisser croupir indéfiniment des individus en prison. Il y a là une jouissance spéciale que je n'arrive pas à ressentir. Vouloir absolument que Cesare Battisti finisse sa vie dans une cellule (ce qui semble être le désir d'une grande partie de la gauche italienne) me paraît une aberration.
Je n'ai aucune considération pour l'esprit de vengeance. Aucune excitation ne me vient non plus d'apprendre que les membres d'Action directe, après dix-sept ans de prison, sont dans un état lamentable. Nathalie Ménigon : accidents vasculaires cérébraux, partiellement hémiplégique. Joëlle Aubron : opération récente d'une tumeur au cerveau, interdite de visite. Jean-Marc Rouillan : cancer du poumon avec atteinte ganglionnaire. Georges Cipriani : devenu fou, séjour en psychiatrie, réinterné. L'isolement, les grèves de la faim, la privation de courrier, le plomb du temps… Céline a résumé tout cela dans une formule définitive : « Il y a deux humanités. Celle qui a été en prison et l'autre. On ne parle pas la même langue. »
28/03/2004