Morand

Grâce au beau livre de Marcel Schneider, Mille roses trémières. L'amitié de Paul Morand101, on peut remonter encore plus loin dans le temps, sport de plus en plus nécessaire. La rencontre de Proust avec Morand est un tableau d'histoire. À la femme de Morand, la princesse Soutzo, Proust écrit le 31 juillet 1918 : « Si vous écrivez à Morand, ou le voyez, voulez-vous lui dire ma tendre amitié, qui va toujours non en s'affaiblissant comme un souvenir mort, mais en s'approfondissant comme une réalité vivante et féconde. » Et encore en 1919 : « Morand est doux comme un enfant de chœur, raffiné à la fois comme un Stendhal et un Mosca, et en même temps âpre et implacable comme un Rastignac qui serait terroriste. Et sous une sécheresse qui semble merveilleusement accouplée à la vôtre, une bonté, une noblesse d'âme que vous avez aussi… Mais j'espère qu'il ne finira pas chartreux, même à Parme. »

Marcel Schneider, aux antipodes de Morand, a été, et reste, un de ses plus fidèles amis. Il raconte son étonnement en recevant une lettre où Morand lui propose de lui léguer, puisqu'ils ont la même taille, toute sa garde-robe, « vestons, pardessus, chemises, mouchoirs, de quoi remplir trois pièces… Cela vous évitera dix ans d'essayages, de courses, des tas d'heures perdues pour la littérature ou le plaisir ». Cet humour et cette distance touchent le cœur. Morand disait qu'il avait « mis sa convenance au-dessus des convenances » et que, finalement, quelques durs moments mis à part, la vie lui avait été facile et lui avait donné bien plus qu'il n'en attendait. Il est vrai qu'il ajoutait : « J'ai aimé vivre une fois, je n'aimerais pas recommencer. » On peut le lire.

25/04/2004