Lectures

Donc, en Pléiade, les contes et les romans de Diderot, ainsi qu'un album, très beau, qui vous conduiront à la lumière102. On aime que la police de son temps ait dit de l'auteur du Neveu de Rameau et du chef d'orchestre de L'Encyclopédie : « C'est un garçon plein d'esprit, mais extrêmement dangereux. » Bien vu. Mais ouvrez aussi les Lettres à Sophie Volland103. Vous tomberez tout de suite sur la souplesse et l'énergie du style, par exemple le 9 septembre 1767 : « Le bon style est dans le cœur ; et voilà pourquoi tant de femmes disent et écrivent comme des anges, sans avoir appris à dire et à écrire, et pourquoi tant de pédants diront et écriront mal toute leur vie, quoiqu'ils n'aient cessé d'étudier, sans apprendre. »

Après Rimbaud à Aden (2001) et Rimbaud au Harar (2002), voici, des mêmes auteurs, Rimbaud ailleurs104, photographies contemporaines et entretiens par Jean-Hugues Berrou, textes et documents anciens par Jean-Jacques Lefrère et Pierre Leroy (ce dernier, grand collectionneur obstiné, signant aussi une postface). Vous voici, autrefois et aujourd'hui, à Charleville, Charleroi, Paris, Londres, Bruxelles, Stuttgart, Milan, Java, Chypre et, dernière escale, Marseille. Rimbaud a vécu et marché dans ces villes et ces paysages, on ignore trop ses présences multiples avant son départ africain.

Le témoignage le plus stupéfiant (et le plus pénible) est celui du régisseur du cimetière de Charleville où est enterré Rimbaud : « C'est une tombe particulière. Il y a des gens qui viennent parfois de très loin pour accomplir des rites assez étonnants. Ça va de la scatologie à la messe occulte, avec drap noir et cierges. Je laisse faire, tant qu'ils ne détériorent pas. » On s'adresse ici au ministre rimbaldien de l'Intérieur et des Cultes : ne serait-il pas possible d'exiger qu'on foute la paix, une fois pour toutes, aux os de Rimbaud ?

30/05/2004