Un crime de notre temps

Qui était réellement Édouard Stern ? Un personnage de roman or et noir, un produit exacerbé de notre époque. Tous les ingrédients d'une sorte de surhomme mondialisé sont réunis dans sa personnalité : la banque, la rotation financière accélérée, l'ambition frénétique, la remise en jeu permanente, les coups tordus et brutaux, le secret à plusieurs étages, les virées de chasse en Afrique, les frontières mafieuses en Russie, les déplacements en jet privé, les relations multiples et enchevêtrées, et surtout une insatisfaction sexuelle toujours en alerte, bisexuelle, polysexuelle, tantôt sado, tantôt maso – bref, le grand jeu avec les moyens de le mener dans l'ombre.

Il a cinquante ans, il est beau, il a été marié (trois enfants), il a choisi d'être le requin agile d'une profession par définition silencieuse. L'argent se tait, s'accumule, part en fumée, se reconstitue, et frappe de près ou de loin. Il boucle la planète entière, Stern en est l'étoile montante, le coulissier agité. Le voilà étendu dans son appartement de la tranquille Genève (rien ne doit arriver à Genève), recouvert d'une combinaison en latex couleur chair, avec quatre balles de revolver dans le corps dont deux dans la tête (ici, l'imagination du lecteur ou de la lectrice doit fonctionner au-delà de la pudeur exigible). Il était harnaché pour un rituel sado-masochiste classique. Il a été abattu comme un animal.

27/03/2005