Terreur
Attention, on ne plaisante plus, le choc, le noir, la mort. Des voitures piégées à Bagdad, avec cinquante ou cent morts par jour, des attentats classiques au Proche-Orient, bon, c'est la routine. Mais là, à deux pas de chez nous, dans les métros ou les bus, c'est trop. Surtout qu'il y a du nouveau : le terroriste « tranquille », apparemment bien intégré, au-dessus de tout soupçon, bien élevé, sympathique, éducateur, accompagnateur, libraire, chimiste-amateur.
Ali Jekyll s'appelle aussi Ali Hyde. Il sort de temps en temps, avec deux ou trois copains de retour du Pakistan, ils prennent leurs sacs à dos et vont se faire exploser dans une rame de métro. On retrouve leurs images grâce aux caméras de surveillance, qu'il faudra donc multiplier partout. De façon touchante, une Anglaise très calme, à qui on demande si ça ne la dérange pas d'être filmée à ce point, répond : « Pourquoi ? Je n'ai rien à cacher. »
Dans le futur, sachez-le, on vérifiera de plus en plus que vous ne cachez pas quelque chose. Londres une fois, Londres deux fois, et puis l'Égypte. Du haut de ses Pyramides, quarante mille terroristes vous contemplent. Je veux des caméras dans tous les coins, et jusque dans les yeux des sphinx. Quelqu'un se met à courir, a donc quelque chose à cacher ? Un Brésilien ? Huit balles dans la tête. On appelle ça, bizarrement, une bavure.
Mais l'image qu'on n'oublie pas, celle de la tragédie et de la honte, est celle de ce jeune garçon de quatorze ans montant, au milieu de ses camarades plus âgés, vers le lieu de son exécution. Ça se passe à Srebrenica. Voyant la caméra, il la regarde bien en face, puis remonte son tee-shirt sur son visage. Au bout du chemin, le charnier.
31/07/2005