Encore Houellebecq
Les gens sont marrants. Houellebecq publie son nouveau roman, il a envie que je le lise, il me fait envoyer les épreuves de son livre, je le lis, je le trouve excellent, je le dis. Là-dessus, Marianne s'insurge et écrit que je donne un « ordre » ou une « consigne » pour la rentrée littéraire, comme si je dirigeais une campagne de publicité. Mais non, chers camarades, il se trouve que j'ai lu un livre, point. Que ce roman obtienne le prix Goncourt me paraît inévitable, et c'est le contraire, en effet, qui créerait la surprise. Le jury Goncourt est au pied du mur. Je lui donne même l'ordre de couronner Houellebecq, malgré, ou plutôt à cause de ses outrances bien faites pour émouvoir en profondeur les membres féminins du jury. J'ai dit. Et que ça saute.
Plus amusante encore, cette critique de L'Express : « Alors que les soixante-huitards gardaient jalousement le monopole de la révolte, Houellebecq a fait exploser tout cela au point même de voler la vedette au provocateur de service, Philippe Sollers. »
Là, je suis « le provocateur de service ». Au service de qui ou de quoi ? On se le demande. Quoi qu'il en soit, il faudrait s'entendre. Soit je donne des ordres, soit je fais de la provocation. Ou peut-être les deux, qui sait ?
En tout cas, il faut souligner, dans ce genre de proposition, le désir d'en finir, une fois de plus, avec « les soixante-huitards ». Ça pourrait durer encore un siècle, ce ne serait pas si mal.
Le train Houellebecq est donc parti à vive allure. À part son étonnante plongée dans la cinglerie d'une secte, un des aspects les plus importants du livre a trait à la hantise du vieillissement, à la poursuite d'un rêve éternel de jeunesse, à la croyance éperdue dans la toute-puissance de la sexualité, « unique plaisir, unique objectif en vérité de l'existence humaine ». Il y a aussi ce portrait très juste de la jeune fille en cours de mondialisation : « Je pris conscience au moment où le taxi s'arrêtait devant le hall de l'hôtel qu'elle embrassait en pratique assez peu. C'était assez curieux parce que sinon elle appréciait la pénétration sous toutes ses formes, elle présentait son cul avec beaucoup de grâce (elle avait des petites fesses haut perchées, plutôt un cul de garçon), elle suçait sans hésitation et même avec enthousiasme ; mais à chaque fois que mes lèvres s'approchaient des siennes elle s'était détournée, un peu gênée. »
Et voici la vision philosophique : « Le corps physique des jeunes, seul bien désirable qu'ait jamais été en mesure de produire le monde, était réservé à l'usage exclusif des jeunes et le sort des vieux était de travailler et de pâtir. Tel était le vrai sens de la solidarité entre générations : il consistait en un pur et simple holocauste de chaque génération au profit de celle appelée à la remplacer, holocauste cruel, prolongé, et qui ne s'accompagnait d'aucune consolation, aucun réconfort, aucune compensation matérielle ni affective. » Tragique, non ?
21/08/2005