Ségo

« La femme est l'avenir de l'homme », disait Aragon. Nous y sommes. Mais Ségolène Royal aurait-elle eu autant de succès si elle s'appelait Ségolène Buffet ? J'en doute, et le mot royal prend ici toute sa dimension subliminale. Le vieux rêve monarchique français refait sourdement surface et Marie-Antoinette n'aura pas perdu sa tête pour rien. Oui, les femmes montent, elles convainquent, elles rayonnent. Voyez Michelle Bachelet au Chili : « C'est le temps des femmes pour le bonheur des hommes. » Ségolène, aussitôt, prudente, met un bémol : « Il ne faudrait pas donner le sentiment que les femmes arrivent d'un coup. » D'un coup, non, cela pourrait inquiéter l'ennemi immémorial qui craint de voir rétrécir son empire. À voir la tête que fait Chirac au côté de sa nouvelle partenaire d'acier, Angela Merkel, on peut en effet craindre le pire. Mais un duel futur Royal-Merkel serait fascinant. On a envie de voir ça. François Poitou et Ségolène Charentes d'un côté, la Prusse ennemie des restaurateurs français de l'autre. Ségolène en beauté rose, Merkel boudeuse. Quel match !

Pour l'instant, la pensée politique de la nouvelle star est encore dans les limbes, mais qu'importe ? Elle a une formule qui dit l'essentiel : « Ce qui est important est de donner un désir d'avenir. » Son site s'appelle d'ailleurs Désir d'avenir. J'ai de bonnes raisons d'avoir des désirs d'avenir, j'applaudis, je m'inscris, j'adhère. D'autant plus que Laurence Parisot (autre femme d'avenir) n'a pas de mal à me convaincre que Ségolène conjugue une image protectrice (famille, éducation des enfants) et antiprécaire (socialisme sans exagération). De toute façon, là est le nouveau, l'aventure, le romanesque futur, l'ivresse des médias. Ne nous parlez plus de déclin, de fracture, de rupture : tout est dans un sourire de force tranquille auquel chaque provincial français peut avoir envie de s'identifier. Qui a oublié que la France est une grande province ? Paix, famille, école, emploi, sécurité et stabilité, voilà le secret. C'est ce que Laurence Parisot, dans une déclaration patronale qui fera date, appelle « rendre la France lisible ».

29/01/2006