Sarkozius I
Avouez que, malgré les horreurs ambiantes, on s'amuse en France, puisque la Société du spectacle a trouvé dans ce pays son représentant idéal : Nicolas, l'homme-orchestre aux mille interventions et apparitions, le nouvel empereur global. Quelle santé ! Quelle alacrité ! Quelle joie ! Quelle angoisse ! C'est beau comme le fonctionnement lui-même, puisqu'on peut, heure par heure, observer le travail. On le croit ici, il est là-bas, là-bas, et il est ici, envolé ailleurs, et le revoilà. Difficile d'être plus bosseur, tournicoteur, coureur, fonceur, défonceur.
Je le vois en consul romain, Sarkozius, rentrant dans la capitale avec ses légions, lui qui est né modestement aux confins de l'Empire. Le triomphe de Sarkozius s'est fait démocratiquement contre Chiracus et Villepinus. On a tenté de l'étouffer, Sarkozius, de le marginaliser, de le mouiller dans de sombres affaires. Il expiait ainsi son ancien soutien à Balladurus, éliminé de façon peu claire par Chiracus et Villepinus. On stigmatise alors Sarkozius, on le déclare pestiféré « à droite » (comme on disait à l'époque), on le contient, on le surveille, on l'emploie parce qu'il est utile, on tente de le fatiguer, mais il résiste à tout, et même à une étrange défection de sa femme, en plein combat.
Peu à peu, dans l'ombre, il se redresse, s'organise, tisse ses réseaux de conjurés intérieurs, grâce à Guéantus, surnommé « le grand calme ». Il peut compter sur des soldats éprouvés qui attendent des places (leur solde est maigre, l'Histoire n'avance pas). C'est là qu'il affronte la belle Ségolénia, fille symbolique et têtue du vieux Mitterrandus. Elle a ses partisans, elle enflamme des foules, fait frémir le Forum. Mais Sarkozius ne faiblit pas, les légions non plus. Et c'est la victoire, l'arrivée du Consul au pouvoir (Bonaparte, avec le succès que l'on sait, l'imitera plus tard).
Pouviez-vous croire qu'il allait s'enfermer, se bunkériser, s'endormir ? Sarkozius ne dort pas, il agit, même en rêve. Et c'est là qu'il déploie ses talents stratégiques, qui lui ont valu l'admiration de ses cohortes. Il déclare aussitôt « l'ouverture », autre nom d'une fermeture à triple tour. Il achève le vieux Le Pénus, mais surtout s'attaque au parti d'opposition traumatisé par sa défaite. Ségolénia est isolée, Sarkozius perce. Son mouvement, dit « enveloppement par les ailes », est désormais étudié dans toutes les écoles militaires. Napoléon s'en souviendra, et Clausewitz en théorisera les dégâts.
29/07/2007