Flamme

Les Jeux olympiques ont donc commencé beaucoup plus tôt que prévu, et par un nouveau sport : la guerre des images, l'empoignade publicitaire. Il faut bien reconnaître ici que les Services de renseignements chinois se sont montrés étrangement nuls, ne prévoyant rien, ne comprenant rien, ayant sous-estimé, de façon peu stratégique, les énormes moyens de leur adversaire principal, le diable dalaï-lama, ce coureur souriant, qui est bouddhiste comme moi skieur de fond. Il devrait y avoir des limogeages au plus haut niveau à Pékin, l'agitation autour de la flamme l'exige. La momie de Mao s'en retourne dans son mausolée, l'infiltration américaine a réussi un coup planétaire, car qui oserait dire qu'il n'est pas pour les droits de l'homme au Tibet comme ailleurs, qui oserait douter de la flamme intérieure des moines ? Le Bouddha plus fort que tous les contrats ? On verra. Le dalaï-lama est sexy, aucun doute, même si son représentant français en robe, Mathieu Ricard, est plus plan-plan, avec sa bonne bouille et ses bras nus qui, paraît-il, ont séduit d'emblée le président de la République. Quoi qu'il en soit, les manifestations chinoises, mal préparées, ont été particulièrement pénibles. Cette jeunesse aurait besoin d'un bon conseiller en communication, et j'aurais sûrement trouvé mieux que les pancartes « Jeanne d'Arc prostituée, Napoléon pervers, France nazie (avec croix gammées), Corse libre ! » C'est franchement idiot, et, en plus, écrit en anglais. « Jeanne d'Arx prostitute », quel slogan en faveur du bûcher consumant la sainte ! Napoléon pervers ? C'est oublier que la première chose que Mao dit à Malraux lorsque celui-ci lui rend visite, est : « Parlez-moi de Napoléon. » Quant à « France nazie », aujourd'hui, c'est quand même très exagéré, et ne peut venir que de provocateurs à l'intérieur même des Services. Que les Chinois me lisent, bordel ! Ou alors ils ont mal entendu : il faut dire « France moisie », pas « nazie » !

Médailles d'or, d'argent et de bronze aux sportifs tibétains, jusqu'ici peu connus pour leurs performances dans les stades, qui viennent donc de faire une entrée fracassante sur les podiums. La contre-attaque chinoise, il est vrai, commence à peine. Les Chinois ont quand même trouvé leur Jeanne d'Arc : la ravissante Jin Jing « l'ange souriant en fauteuil roulant », escrimeuse célèbre et handicapée, que le monde entier a vue, héroïque, à Paris, protégeant la flamme olympique contre ses barbares agresseurs. La Chine tout entière est désormais derrière Jin Jing. Le dalaï-lama macho contre Jin Jing angélique, quel match ! Cette fois, c'est le Président qui se trompe en choisissant ses émissaires vers l'empire du Milieu. Quelle idée, en effet, d'envoyer le vieux Poncelet, du Sénat, faire la bise à Jin Jing ! J'ai vainement attendu d'être sélectionné pour cette mission de charme. Et maintenant Raffarin ! S'agit-il d'effacer la déclaration de Ségolène Royal, menaçant, depuis le radieux Poitou-Charentes, la Chine arriérée ? Peut-être. En tout cas, le Président s'est excusé auprès de l'ange en fauteuil roulant, et l'a même invitée personnellement en France. Je vois ça d'ici : Jin Jing et Carla Bruni dans le parc de Versailles ! Au Louvre ! À Rambouillet ! Mieux que pour Kadhafi ! Le Spectacle a ses lois.

27/04/2008