Tempête
C'est une chose d'apprendre de loin des tremblements de terre ou des raz de marée sur différents points de la planète, c'en est une autre d'être directement visé par une dévastation imprévue. J'ai donc passé une nuit blanche en pensant à ma maison de l'île de Ré, qui, en principe, aurait dû être ravagée et inondée lors de la récente catastrophe. Petit miracle : presque rien, alors que l'endroit est très exposé et avait été sinistré il y a dix ans. La violence du vent et de la marée a surpris tout le monde, et rien de plus atroce que les pauvres gens des zones inondables noyés, à trois heures du matin, pendant leur sommeil. On leur avait annoncé une alerte rouge, ils se sont enfermés chez eux, et seuls quelques-uns ont pu sortir par les toits et être sauvés par des hélicoptères. Personne n'a pu m'expliquer pourquoi cette tempête très étrange (ville de La Rochelle inondée) avait reçu le nom de Xynthia, prénom aussi barbare qu'obscène. Ma nuit blanche n'est pas grand-chose (communications coupées, pas moyen d'avoir le moindre renseignement) si l'on considère le nombre de morts, les digues explosées, la honte et la misère des constructions dans des zones dangereuses. Pendant des heures, on devient pure violence, vent déchaîné, vagues déferlantes, terreur enfantine. Durant quelques jours, l'île a été coupée en trois, ce qui l'a ramenée à ce qu'elle était au XIIe siècle. La Nature a-t-elle des raisons d'être aussi mécontente ? Il faut croire. En tout cas, on peut souffrir pour un paysage comme pour un deuil injuste et brutal.
28/03/2010