Cinéma
Vous ne bloguez pas, vous ne tweetez pas, vous n'envoyez pas de textos, vous êtes insensible aux merveilles des ordinateurs et des iPad, vous n'existez pas, mais le pire blasphème, c'est que vous n'allez même pas au cinéma.
Vous plaignez sincèrement les somnambules du Festival de Cannes. Vous ne lisez pas sur tablette, vous êtes un drogué du papier, et la preuve, c'est que vous restez enfantinement en extase devant des mots imprimés. Ceux-ci, par exemple, de Jules Verne, dans Vingt mille lieues sous les mers, qui vient d'être réédité en Pléiade234.
« Je vois encore la pose du capitaine Nemo. Replié sur lui-même, il attendait avec un admirable sang-froid le formidable squale, et lorsque celui-ci se précipita sur lui, le capitaine, se jetant de côté avec une prestesse prodigieuse, évita le choc et lui enfonça son poignard dans le ventre. Mais tout n'était pas dit. Un combat terrible s'engagea. »
Non, non, pas de film, des mots, et encore des mots, plus puissants que les images :
« Le requin avait rugi, pour ainsi dire. Le sang sortait à flots de ses blessures. La mer se teignit de rouge, et, à travers ce liquide opaque, je ne vis plus rien.
« Plus rien, jusqu'au moment où, dans une éclaircie, j'aperçus l'audacieux capitaine, cramponné à l'une des nageoires de l'animal, luttant corps à corps avec le monstre, labourant de coups de poignard le ventre de son ennemi, sans pouvoir toutefois porter le coup définitif, c'est-à-dire l'atteindre en plein cœur. Le squale, se débattant, agitait la masse des eaux avec furie, et leur remous menaçait de me renverser. »
Voilà l'arrivée inattendue du capitaine Nemo et de sa mer rouge sur la Croisette. Inutile de dire qu'il obtient tout de suite le Requin d'or.
27/05/2012