LES
GUERRES SOUS LOUIS XV.
GUERRE DE SEPT ANS. CHAPITRE PREMIER.
FIN DE LA CAMPAGNE DE 1759 (JANVIER, FÉVRIER, MARS 1760),
Positions de l'armée pendant l'hiver. — Plan de la campagne de 1760.
Janvier. 1^'. MM. de Voyer et de Vogué font leur jonction à Mengerskirchen, leurs cantonnements. — 4. Driedorf, point de ralliement. M. de Muy marche sur Ha-chenburg. — 5. Le duc de Wurtemberg, MM. de Clausen et du Blaisel sur Heu-chelheim. — 6. Mouvement général de Giessen sur le Rhin. — 7. Prise de Dil-lenburg par l'ennemi. — 12. ^"ortman sur la basse Dill. — 13. M. de Voyer à Hachenburg, M. de Muy à Altenkirchen, M. de Vogué à Weilburg. — 15 au 30 Postes avancés de l'ennemi sous les ordres de Luckner. Positions des armées anglaise, hessolse, hanovrienne. Nos troupes dans leurs quartiers.
Du 1"*' février au 10 mars. La tranquillité règne de part et d'autre. — 17. Le cordon ennemi pousse une pointe sur Fulda et la Franconie. Incertitude du duc de Broglie sur la direction de l'ennemi. — 18. Il apprend sa marche sur Fulda. — 22. Par suite, M. de Vair est obligé de rester à Steinau pour favoriser le désir d'appui réciproque entre les Saxons et les Wurtembergeois. — 24. MM. de Ro-chambeau et de Robecq s'avancent dans la vallée de la Kinzig. Contribution
« exigées par l'ennemi dans la principauté de Wurtzbnrg. La retraite de l'ennemi opérée, nos détachements reprennent leur» positions. — 27. Toutes les troupes sont dans leurs quartiers. Positions des armées prussienne, autrichienne, russe et suédoise.
La campagne de 1760 semblait, par suite des préparatifs, devoir être brillante, appuyée par deux armées, et une réserve aux ordres du prince Xavier de Saxe; le commandement en chef de l'armée dite d'Allemagne était confié au duc de Broglie; M. de Saint-Germain, avec un corps séparé, tenait le bas Rhin. L'armée alliée, sous le prince Ferdinand, d'un effectif plus faible que le nôtre, se composait entièrement de troupes d'élite. Pour cette année, les projets de Versailles se résumaient à tâcher de s'emparer de la Hesse et de terminer par la conquête du pays de Hanovre (1).
(1) Élut général des troupes hivernant en première ligne sur le Mayn et le haut Rhin:
Saxons : Grenadiers, Bruhl, Prince-Antoine, Rochan, Prince-Gotha, Lubornirski, Prince-Clément, Prince-Joseph, Prince-Frédéric, Prince-Xavier, Gardes, Princesse-Électorale. Prince-Maximilien. 13 B.
Wurtcmbergeois : Prince-Louis. Werneck, Romans. Prince-Guillaume, Rheder, Truchsis, Grenadiers. 12 B. (Wurlzburg et Fuida); grenadiers à cheval, cuirassiers, dragons, hussards. 13 E.
Français : MM. de Chabo légion Royale : baron Zuckmantel (Anhalt, >'assau, Royal-Suédois'; Clausen (Royal-Bavière); Diesbach (Caslella, Diesbacb, Epplin-gen); Yaubécourt Champagne, Vaubécourt, Beisunce. la Marche, Provence, Tour-naisis), 27 B. ; de Scey (la Ferronnays_, le Roi-dragons); Caraman ^'Caraman, Orléans-dragons;. 16 L.
En deuxième ligne, à la rive droite du Rhin, dans le Rhingau et sur la Nidda :
G. de Modène (grenadiers Royaux et Lecamus); C. de Chantilly (grenadiers de Narbonne et Chantilly); Rochechouart (Beisunce, Aquitaine), 13 B.; Prince-Holstein ^Wurtemberg, Royal-.allemand, Nassau), 6 E.
En troisième ligne, bordant le Rhin et le Mayn, depuis son embouchure :
MM. du Chàtelet (Navarre, Orléans) ; Rochambeau (Auvergne, Durfort) ; Laujamet (Grenadiers de France, Royal-Deux-Ponts); de Mouy (de Mouy, Villepatour, artillerie, milice de Laon); Dagieu (Dauphin, la Marche-comte, Yatan, Condé, la Marck), 32 B.; d'Apschon (Apschon-dragons, 4 E., formant des détachements séparés; les volontaires de Dauphiné, de Hainaut, dWustrasie, de Flandre, deClermont et Turpin hussards).
En quatrième ligne, toute de cavalerie, entre le Rhin et le Mayn à la rive gauche du Rhin:
Dès le 1®"" janvier 1760, le duc de Broglie se mit en mesure de commencer les opérations. Il écrivait de Friedberg au marquis de Voyer : « Vous ferez aujourd'hui votre jonction avec M. de Vogué à Mengerskirchen. Je ferai partir demain matin la légion Royale pour se rendre après-demain à Weilburg, d'où elle poussera, le même jour 3, un détachement à Mehrenberg : on dit que c'est un lieu très élevé et d'où on découvre le pays fort au loin ; vous donnerez vos ordres à cette légion; elle gardera votre flanc depuis Greifenstein jusques à l'embouchure de la Dill dans la Lahn, et assurera votre communication avec moi par Weilburg; ainsi vous observerez, s'il vous plaît, de ne jamais vous éloigner de la Lahn. » Il lui recommandait en outre de s'emparer, s'il le pouvait, d'Herborn et de Dillenburg, et, dans le cas où il ne pourrait prendre cette dernière ville, dont la situation capitale commande toute la région, de se réunir en cantonnements très serrés à Mengerskirchen, à portée d'être rendu sur le champ de bataille qu'il aurait préparé. Les choses se passèrent comme il l'avait indiqué, et, le l®"", MM. de Voyer et de Vogué ayant fait leur jonction à Mengerskirchen, les troupes sont cantonnées dans les environs, l'infanterie de M. de Vogué à Neunkirchen et la cavalerie à Langen-Derbach. M. de Voyer mit la droite de ses cantonnements à Emerichenhaim, la gauche à Zehnzen, Fischer à Sechsheden près Dillenburg, etNortman avec ses hussards et de l'infanterie à Herborn, dont il ne put s'emparer. Le lendemain, M. de Voyer indiqua comme point de ralliement le poste de Driedorf, d'où il pouvait veiller à toutes les parties de l'étendue considérable qu'occupaient les troupes de ces deuxpetitscorps, et plaça M. de Vogué à Herborn avec le commandement de la basse Dill depuis Dillenburg, où se trouvaient les dragons et les Fischer (1).
Dans la vallée de la Sieg, les opérations avaient été aussi condui-
Coinmissaire-général, Toustain, d'Éricy, Dessalles, Dauphin-Étranger, Lametb, Noë, Poly, Moutiers, Fumel, Charost, Escouloubre, Condé et les 5 brigades de carabiniers. Effectif total : 98 B. et 88 E.^
(0 Le ministre à M. de Broglie.
« 2 janvier. « Je le regarde comme un des meilleurs officiers que le roi ait dans sa cavalerie légère; il méritera certainement les mêmes sentiments de votre part. » (D. G., 3550, 28.)
tes de façon à favoriser les mouvements sur laDill. Le chevalier de Muy, parti, le 2, deSiegbergpourHachenburg, reçut du maréchal, à la date du 1"% des ordres qui lui enjoignaient de marcher sur Siegen pour y faire des démonstrations contre les magasins de Korbach, couvrirla gauche de M. de Voyer, lui servir de point d'appui et s'opposer à tout ce qui viendrait de la Westphalie ; mais il ne put les exécuter et continua sa marche sur Hachenburg, où il arriva le 3 ; M. de Voyer l'engagea à envoyer seulement un détachement à Siegen avec un poste intermédiaire.
Pendant que tout était en action dans le Westerwald et sur la Dill, la légion Royale se portait, le 3, à Greifenstein à la droite de M. de Voyer, la brigade de Champagne (8. B.) à Weilburg, et celle de Piémont à Weilmunster. Par ce mouvement, la gauche de l'armée se trouvait en contact avec M. de Voyer, et dans tous les cas il pouvait en être soutenu (1).
De son côté, le duc de Wurtemberg s'était avancé sur Laubach, et M. de Clausen vers Gross-Buseck et Mainzlar, pour occuper les ennemis à leur gauche tandis qu'on agissait sur leur droite. Au centre, M. du Blaisel fît croire en même temps, par une démonstration, qu'il allait déboucher par Giessen avec une colonne considérable sur Heuchelheira. Tous ces mouvements, en inquiétant les ennemis, eurent le résultat qu'on en attendait de faciliter l'opération, de M. de Voyer. Dans cette situation, M. le prince Ferdinand n'avait que deux partis à prendre, ou de marcher à M. de Voyer, de l'attaquer et de l'éloigner assez pour qu'il ne pût pas le gêner dans ses subsistances, ou de quitter sa position deKirtorf et de se retirer. L'expédition sur Dillenburg et Herborn s'étantfaite le3, le prince Ferdinand devait marcher à Dillenburg et Herborn le 4, si telle était sa résolution. Il se décidait à la retraite, et les rapports annoncèrentbientôl que les ennemis repliaient leurs cantonnements et que leurs équipages se dirigeaient vers Korbach. M. de Voyer se disposa à les suivre.
Dès les premiers avis que M. de Broglie eut des apparences de retraite de l'ennemi, il prescrivit à M. de Muy, vu son inutilité sur la
(1) Lettres de M. de Voyer au duc de Broglie, Mengersliirclien, 2 janvier (D. G., 3550, 88) ; de M. de Broglie à M. de Voyer, Friedberg, 2 janvier (D. G., 3550, 79); de M. de Vogué au duc de Broglie, Herborn, 4 janvier (D. G., 3550, 77).
GUERRE DE SEPT ANS (1760). r>
Dill, de prendre le chemin du bas Rhin pour mettre cette contrée en sûreté; mais M. de Vogué ayant fait savoir, le 5, que le mouvement de retraite n'était pas encore assez accentué, M. de Muy suspendit sa marche sur Cologne. Pour être plus promptement instruit et juger par lui-même des opérations des ennemis, M. de Broglie se rendit à Giessen le 5, et, pour avoir de tous les côtés ses troupes à la poursuite, il ordonne à M. de Saint-Germain, avec ses troupes légères, les chasseurs, l'infanterie et 4 régiments de dragons, de se rendre à Staufenberg; à M. de Clausen, avec de la cavalerie et des troupes légères, de s'avancer sur Kirchhayn, intermé-diairement entre M. de Saint-Germain et les troupes de Wurtemberg, qui de Laubach s'étaient portées à Grunbergpour aller jusqu'à Hom-berg sur l'Ohm; à M. de Vaire, avec ses volontaires et des troupes légères, de suivre la rive gauche de la Lahn jusqu'à une lieue de Marburg; enfin à un détachement d'infanterie et de troupes légères montées de longer la rive droite jusqu'à Ober-Wdlgern.
Ces divers mouvements furent exécutés le 6; les ennemis marchaient depuis la veille vers Marburg, et se trouvaient encore à hauteur de cette ville. La légion Royale avait passé la Dill suivant les ordres de M. de Vogué, ainsi que les détachements de Conflans et de Nortman; ils firent quelques prisonniers à Rodenhausen, et marchèrent ensuite à Hohensolms. Tout ce que les ennemis avaient encore sur la Dill s'était retiré pendant la nuit; M. de Conflans et Fischer suivirent leur arrière-garde jusqu'à Gunterod et Ober-Weid-bach, et Nortman, à la suite de M. de Wangenheim, qui s'arrêta à Rossbach, s'établit à Altenkirchen.
Il survint en ce moment un événement qui causa la plus grande surprise dans l'armée.
Le 7, les ennemis s'emparèrent de Dillenburg. Le lendemain, M. de Voyer fut donc obligé de se replier sur Driedorf, de cantonner à Mengerskirchen, et demanda à M. de Muy de s'avancer sur les hauteurs de Hohn, entre Hachenburg et Mengerskirchen. Sur les premières nouvelles que le maréchal de Broglie reçut de cette affaire, il mande à M. de Voyer (1) que, vu la disette des subsistances
(1) M. Fischer à M. de Voyer.
« Rodenroth, H janvier. « Tant que nous resterons ici, l'ennemi ne s'en ira pas. Impossible d'avancer, si la neige continue ; les chemins en sont encombrés. » (D. G., 3550,14.)
qui régnait dans le pays, la difficulté des chemins, la rigueur de la saison, il n'était pas vraisemblable que les ennemis passassent la Dill en force pour nous suivre; que leur pointe sur Dillenburg n'avait d'autre objet que d'en retirer la garnison du château; qu'en conséquence il fallait s'éloigner le moins possible, et avoir l'air de les attendre, pousser même des détachements sur Dillenburg, et faire courir le bruit que l'on devait marcher en avant dès que le corps de M. de Muy aurait rejoint. Le maréchal pensait qu'il n'en fallait pas davantage au prince Ferdinand pour l'engager à se replier, n'étant pas vraisemblable qu'ayantabandonnéles bords delaLahn etn'ayant point de magasin àMarburg, il pût prendre entre cette ville et Dillenburg des quartiers tout à fait découverts. M. de Broglie écrivit en même temps à M. de Muy qu'il ne croyait pas que les ennemis rendissent son secours nécessaire à M. de Voyer, et qu'au lieu de s'avancer sur Hahn, il devait s'acheminer vers le bas Rhin aussitôt que M. de Voyer serait certain que les ennemis ne marcheraient plus sur lui.
M. de Muy prévenait les intentions du maréchal à ce sujet, et répondait à sa proposition que les mêmes raisons qui l'avaient empêché de marcher h Siegen s'opposaient en ce moment à ce qu'il s'éloignât d'Hachenburg, soit pour se porter à Hahn et vers Mengerskirchen, soit pour retourner au bas Rhin; qu'il croyait ne devoir prendre de parti à ce sujet que lorsque M. de Voyer aurait décidé le point de sa retraite, ou sur Hachenburg ou sur Weilburg, parce que, s'il se repliait sur Hachenburg, il devait l'y attendre et ne pas laissera l'ennemi la liberté de s'y porter; si, au contraire, M. de Voyer venait à se replier sur Weilburg, il ne pourrait lui être d'aucune utilité pour l'y suivre, sans abandonner entièrement le bas Rhin.
L'opération des ennemis sur Dillenburg avait été combinée avec les différentes parties de leur armée, surtout devant M. de Saint-Germain, qui, posté à Emsdorf sur le chemin de Kirchayn, avait été obligé de se retirera Nordecken (1). Leurs mouvements, et la célérité avec laquelle le prince Ferdinand avait ravitaillé le château de Dillenburg depuis que ses troupes en occupaient la ville, montraient que ce prince voulait tenir ce poste pendant
(1) D. G., 3594.
l'hiver; et comme il ne le pouvait qu'en occupant aussi Marburg, il n'y avait pas à douter qu'il établirait la première ligne de ses quartiers sur l'Ohm. Toujours persuadé que les ennemis ne tarderaient pas à entrer dans leurs quartiers, M. de Broglie fil filer quelques-unes de ses troupes, et, pour chercher à accélérer la retraite de l'ennemi, il résolut un mouvement sur le prince de Holstein; mais, d'après l'avis de M. de Saint-Germain, il n'eut point d'exécution.
Dès ce moment, considérant l'état de souffrance des troupes, et regrettant qu'aussitôt après le malheureux événement de Dillenburg, on n'eût pas remarché sur-le-champ contre M. de Wangenheim, il ne s'occupa plus que des dispositions nécessaires pour replier son armée. MM. de Voyer et de Vogué (1) reçurent des ordres à cet effet, et M. de Muy celui de se mettre en marche vers le bas Rhin dès que la tête des troupes de M. de Vogué arriverait à Hachen-burg. Sur ces entrefaites, MM. de Vogué et de Voyer apprirent la présence du corps de Luckner à Eisenroth, sur le chemin de Marburg; que M. de Wangenheim, le 9, avait fait entrer quelques troupes dansHerborn et Dillenburg; que des troupes légères se mon traient en même temps vers Haiger et en annonçaient d'autres marchant sur Siegen. M. de Voyer fit en conséquence avancer, le t2, M. de Nortman d'Hohenroth à Bilslein, ainsi que des hussards et 2 B. destinés à éclairer la basse Dili.
Le mouvement général de M. de Voyer eut lieu le 13; il arriva ce même jour à Hachenburg, et M. le chevalier de Muy en partit pour se rendre à Altenkirchen, d'oii il se dirigea sur Dusseldorf et Cologne. M. de Vogué quitta également, le 13, Mengerskirchen pour Weilburg avec les troupes destinées à hiverner sur laLahn.
M. de Broglie avait fait replier, dès le 12, M. de Saint-Germain et les troupes destinées à le soutenir. Le 13, les grenadiers et les troupes légères quittèrent Staufenberg et Lollar, et furent placées à Butzbach et Giessen, pour assurer la communication et couvrir un convoi de fourrages et de farine qui entra dans cette dernière place; le reste des troupes se rendit dans les quartiers sur la Lahn, le Maynet le Neckar, et le maréchal arriva, le 16, à Francfort, où il établit son quartier général.
(1) D. G., 3550, 217.
M. de Saint-Germain, chargé ducommandement de la droite, se rendit à Aschaffenhiirg; M. de Vogué commanda sur la Lahn et s'établit à Limburg; M. de Voyer rentra en France; M. de Lusace se rendit à Wurtemberg avec ses Saxons, et les troupes de Wurtemberg se portèrent sur le Mayn et le Tauber entre les Saxons et la droite de l'armée. Toutes ces troupes étaient rendues à leur destination le 20.
L'ennemi avait établi des postes avancés à Dillenburg, Homberg sur l'Ohm, Marburg et Hatzfeld, sous les ordres de Luckner. Dans le bas Rhin, le corps du général Scheitter tenait Coësfeld; Dulmen ainsi que Dortmund étaient occupés par des troupes réglées ; la troupe de Buckeburg était placée à Haltern. Le prince de Holstein tenait la haute Roer dans les environs de Mulheim, et le prince Ferdinand avait son quartier général à Neuhauss. Les Hanovriens, aux ordres du général Sporcken, occupaient le pays de la Marck et de Munster ; les Anglais tenaient l'évêché d'Osnabruck, et les Hessois avec les Brunswickois, la Hesse. L'armée du roi avait pris ses quartiers^ une partie sur le bas Rhin, sa gauche à la basse Lahn, tirant vers Vil-bel, se prolongeant au delà, en première ligne, le long de la vallée de la Rinzig, et en seconde jusqu'à Mittenberg, d'où les troupes de Wurtemberg el les Saxons s'étendaient jusqu'à Schweinfurth. 11 devenait vraisemblable que le prince Ferdinand placerait son armée, la première ligne derrière l'Ohm, et sa droite traversant le duché de Westphalie et s'étendant jusqu'à Lippstadt, en abandonnant Munster à lui-même et à sa forte garnison. C'est ce qu'il avait fait, car dans cette position il se trouvait également à portée de marcher ou sur le bas Rhin ou sur le Mayn, et avait l'avantage d'avoir toute son armée dans le point central et de pouvoir la faire agir vers sa droite ou sa gauche. Néanmoins, malgré les inquiétudes qui ré gnaient en France depuis deux ans pour le bas Rhin, il n'éta' pas probable que le prince Ferdinand eiit jamais le projet formé d'y entreprendre une opération sérieuse.
La difficulté du passage d'un fleuve comme le Rhin pour toute une armée, surtout laissant derrière elle les places de Wesel et de Dusseldorf ; l'impossibilité presque démontrée de réussir à prendre un établissement solide au delà du Rhin; enfin les risques énormes que l'ennemi avait courus, dans la campagne de 1758, de perdre son armée, qui n'avait pu repasser le fleuve sans échec que par une
espèce de miracle, tout cela rassurait pour le bas Rhin. Il n'en élait pas de même pour le côté du Mayn, les ennemis ayant leurs postes avancés à Dillenburg, Marburg et Homburg, par conséquent bien près de Francfort, où, en trois marches, ils pouvaient aisément arriver en corps d'armée. Cette position aurait même été tellement menaçante pour cette partie, qu'on n'aurait pu avoir aucun quartier au delà du Mayn, si le pays entre eux et cette rivière n'avait été mangé, si nous n'avions pas conservé Giessen, et si enfin on n'avait pas eu un champ de bataille connu et préparé à Bergen, où on pouvait rassembler l'armée en assez peu de temps. Dans ces circonstances, le maréchal présenta deux projets, traita avec Versailles toutes les questions relatives à la prochaine entrée en campagne, et, jusqu'au 10 mars, une complète tranquillité régna de part et d'autre.
A cette époque, le maréchal croyait à un rassemblement derrière le cordon ennemi pour faire une pointe sur Fulda et la Franconie. En effets le 17, deux colonnes, l'une composée de 20,000 hommes, traversant le Wogelsberg, se dirigeait sur Friedberg; l'autre, composée de 10,000 hommes, venait de Schlitz par Eichenau. M. de Vair, placé à Rosenfeld en avant de la tête de la vallée de la Kinzig, ne tarda pas à en voir l'avant-garde et se replia, le 18, sur Neuhof, où les troupes légères de l'ennemi, soutenues parLuckner, arrivèrent en même temps que lui. Il y eut une vive escarmouche après laquelle M, de Vair se retira sur Salmunster et Steinau. M. de Broglie, incertain si les ennemis pour venir à lui prendraient la direction de Birstein, qu'ils avaient déjà suivie l'année précédente pour combattre à Bergen, ou si le détachement de Luckner n'avait pour but que d'occuper la tête de la vallée de la Kinzig et de couvrir le flanc des colonnes qui marchaient sur le duc de Wurtemberg (1) et le haut
(l)Tous les princes allemands n'atteignirent pas le même degré d'amitié pour notre pays. Le prince de Wurtemberg (Charles-Eugène), né en 1728, bien qu'élevé par Frédéric de Prusse, eut le courage de rester fidèle à la France, malgré les plaintes de ses sujets horriblement foulés par nos troupes et épuisés de nos exactions. Jean-Théodore, prince de l'Empire, qui avait accédé à l'union de Francfort, voyait avec douleur la conduite de son frère l'électeur de Cologne envers l'Empereur. Le roi d'Espagne et celui de Naples, l'électeur palatin, l'évêque de Liège, le duc de Modène, François-Marie d'Esté, qui avait épousé en 1720 Charlotte-Aglaé d'Orléans, et le prince de Wurtemberg, furent les seuls amis
Mayn, envoya ordre aux régiments d'infanlerie les plus éloignés de se rapprocher d'une marche pour être plus promptement rassemblés à Francfort; il prépara en même temps une expédition contre la vallée de la Kinzig, espérant imposer assez à l'ennemi pour l'empêcher de marcher sur le Mayn, et ordonna au comte de Solms, qui commandait les Saxons, de rassembler une partie de ses forces à Schweinfurth avec un gros délachemenl à Rissingen sur la Saala, et à M. de Wolf, qui commandait les Wurtembergeois, de se rassembler près de Gemunden, à la rive gauche du Mayn, aussitôt que le mouvement ennemi serait bien constaté, et de pousser des détachements à Rieneck et Hammelburg, ainsi que d'autres entre cette dernière place et Bruckenau, afin de soutenir ses hussards et dragons dans ce dernier poste, important à conserver pour éclairer les mouvements ennemis et entretenir la communication avec Schluchlern. Nous étions en mesure de faire face à l'ennemi, mais le défaut de magasins ne permettait pas au maréchal d'agir en faisant mouvoir toute l'armée. Cependant l'a-vant-garde ennemie continuait à s'avancer, et entrait à Fulda le iS. M. de Broglie, toujours incertain si les ennemis marcheraient sur Francfort, ainsi que quelques rapports l'annonçaient, ou s'ils se porteraient sur Wurtzburg, ou enfin s'ils s'établiraient seulement dans la contrée de Fulda pour y subsister, apprit par M. de Vair que la colonne ennemie s'avançait sur Fulda, que les Wurtembergeois, à son approche, avaient abandonné Bruckenau et s'étaient retirés jusqu'à Rieneck.
Le 22, M. de Vair avait été obligé d'abandonner Steinau, et des avis d'Hamelburg disaient que le prince héréditaire poussait deux colonnes en avant, l'une par Vacha, Geisa, Tann, Ralten-Nordheim et Ostheim, l'autre par Eisenach, Salzungen, Wasungen, Meinin-gen, et d'autres troupes à Neusladt sur la Saala. M. de Solms, instruit de ces mêmes nouvelles, avait, suivant l'ordre du duc de Broglie, fait marcher de Schweinfurth, Cher et Unter Wern un fort détachement sur Rissingen, et engagea le général Wolf (à Rarlstadt) à envoyer des grenadiers à Hammelburg et à faire
de la France. Soit parenté, sympathie ou intérêt, il nous importait de rendre l'Espagne plus confiante, ^'aples plus militaire, les Génois moins inquiets, les Allemands moins besosneux.
construire des redoutes sur les hauteurs qui commandent le défilé de Bruckenau. Il prit en même temps des mesures pour rassembler ses troupes près de Schweinfurlh au moment donné. De son côté, le maréchal avait prescrit au général Wolf de renvoyer ses hussards à Bruckenau et de les soutenir par des détachements, de renforcer les postes de Reineck et d'Hammelburg, de faire les derniers efforts pour se maintenir près de Gemunden, et de ne se retirer, s'il y était forcé, sur Weilburg, qu'après avoir disputé le terrain pied à pied.
A l'égard du comte de Solms, le maréchal, en apprenant ses dispositions, et persuadé que les ennemis, en grande force, projetaient de pénétrer en Franconie, lui fît savoir que l'on pouvait s'y opposer au moyen d'une combinaison entre les Saxons, les Wurtembergeois et le corps des Impériaux (commandé par M. de Serbelloni, et à cette époque en Franconie), et qu'il s'agissait pour ces trois corps de se tenir en mesure de se joindre par leur droite ou par leur gauche, suivant le côté vers lequel l'ennemi se porterait : si c'était sur le Mayn, au-dessus de Bamberg, les Saxons devaient s'allonger par leur droite vers cette ville et se faire remplacer à Schweinfurth par une partie des Wurtembergeois; si, au contraire, ils se portaient ou sur ces dernières troupes ou sur les Saxons, il fallait faire en sorte d'engager M. de Serbelloni à se rendre à Wurtzburg. Ce dernier avait pris des dispositions pour que le général Rosenfeld, dans le cas où les ennemis auraient marché sur Meiningen et Kônigshofen, se portât avec les troupes de l'Empire sur Lichtenfels et Staffelstein, et pour que le général Roth s'avançât à Hassfurth, afin de se réunir à Ostheim ou Kônigshofen, si les ennemis s'avançaient à eux, ou pour se porter, suivant les circonstances, M. Roth sur Lauringen, et M. de Rosenfeld sur Heldberg, ayant devant eux des troupes légères. Le projet de M. de Serbelloni consistant à replier ces corps sur Bamberg, si l'ennemi était trop supérieur, pour contribuer au succès des mouvements de sa droite et faire craindre une diversion par la vallée de la Kinzig, le maréchal fit marcher, le 21, M. de Rochambeau avec du canon à Gelnhausen, pour prendre le commandement de cette partie, et le prince de Robecq, avec un autre détachement considérable, partit, le 24, de Hanau, pour s'avancer dans la vallée de la Kinzig, avec ordre de combattre, s'il n'y trouvait pas de trop grandes forces.
Mais, le ^2, les ennemis avaient déjà abandonné Schluchtern et Steinau; ils se retiraient sur Fulda, et M. de Vair les suivait, soutenu par M. de Rochambeau.
M. de Robecq (I) dut occuper d'abord la vallée de la Kinzig, et ensuite éloigner l'ennemi le plus qu'il lui serait possible, sans cependant s'exposer à être coupé ; mais ayant continué sa retraite, et l'arrière-garde s'étant trouvée à Blanckenau le 23, il ne dépassa pas Gelnhausen. M. de Vair se porta jusqu'à Flieden, où il apprit que l'extrême arrière-garde quittait Fulda le 2i, après y avoir enlevé beaucoup d'argent, des bommes et des chevaux. D'autre part, M. de Solms manda au duc de Broglie que tous les ennemis avancés dans la vallée de la Sinn et à Bruckenau gagnaient vers Fulda, emmenant des otages pour une contribution exigée de la principauté de Wurlzburg, et que les Wurtembergeois occupaient Bruckenau.
Nos détachements eurent ordre de rentrer : M. de Vair reprit son ancienne position vers Herbstein et Crainfeld, la légion Royale s'établit dans les baillages de Schwarzenfeld, Brandenstein et Bruckenau; les troupes de Wurtemberg, qui occupaient ce dernier poste, s'avancèrent vers Neustadt et Bischofsheim; enfin un régiment de dragons remplaça la légion à Gelnhausen et Wachters-bach. Le maréchal ignorait sur quel point l'ennemi s'était retiré; ne pouvant se persuader qu'un mouvement aussi considérable avait eu seulement pourbutd'enlever quelques sommes d'argent et quelques centaines d'hommes, instruit d'ailleurs, par M. de Solms, des difficultés qu'ils eurent dans tous les temps pour pénétrer par la Saala, il pensa que le haut Mayn méritait une attention particulière. Il ordonna en conséquence à une partie des troupes de Wurtemberg de border le Mayn depuis Gemunden jusqu'auprès de Kitzin-gen, et au reste de se placer sur la rive droite dans l'angle rentrant que forme cette rivière entre Gemunden et Schweinfiirth, aux Saxons de repasser la Saala depuis Rissingen jusqu'à Neustadt. Les armées des autres puissances belligérantes n'eurent que des rapports éloignés avec les opérations dont la Lahn et le Mayn furent le théâtre, à l'exception de l'armée de l'Empire, avec laquelle
(1) Robecq (.\lexandre de Montmorency, prince de), né le 11 novembre 1724-, 1744. colonel de Limosin; 1748, brigadier; 10 février 1759, maréchal de camp; 25 juillet 1762, lieutenant général. Très brave; ne manque pas de talent; trop sévère sur la discipline. (D. G.)
il y eut une sorte de combinaison nécessitée par les mouvements des ennemis vers la Franconie, où cetle armée se trouvait en quartiers depuis le mois de décembre.
Le prince héréditaire, qui, dans le commencement de décembre, avait porté un corps jusqu'au Woigtland, s'était replié sur le prince Ferdinand; enfin, en janvier, le roi de Prusse et le maréchal Daun, forcés par la rigueur de la saison de suspendre les opérations en Saxe, mais résolus de part et d'autre à rester en force dans leurs positions aux environs de Dresde, prenaient des quartiers dans les mêmes cantonnements où ils se trouvaient. L'armée autrichienne occupait Dresde et toute la partie de la Saxe qui avoi-sine la Bohême. Le maréchal Daun avait son quartier général à Pirna; il avait envoyé le général Loudon hiverner dans la haute Silésie avec le reste des troupes autrichiennes, et le général Fou-quet dans la basse Silésie aux environs de Glogau. Le roi de Prusse distribua ses troupes entre Freyberg, Leipzig et Torgau, maître de la position de Wildruf et de celle de Kesselsdorf. L'armée russe, sous Soltikof, forma ses quartiers sur la Vistule, et celle de Suède dans la Poméranie, aux ordres du général Lantingshausen. C'est ainsi que prit fin la campagne de 1759 à 1760.
CHAPITRE II.
ARMÉE DU RHIN ET DU MAYN (AVRIL, MAT, JUIN). — CAMPAGNE DE HESSE jusqu'à LA DÉMISSION DE M. DE SAINT-GERMAIN.
Avril. Occupations et cordons de l'armée ennemie. — 10. Ses mouvements sur la haute Fulda et la haute Werra. — 19. Situations des armées dans leurs quartiers d'hiver. Préparatifs de rassemblement.
Mai. 2. Corps du bas Rhin, ou réserve de j:;auche à M. de Saint-Germain, à Dus-seldort ; de la droite, au comte de Lusace, destiné à défendre le pays de Falda et la vallée de la Kinzig. L'armée alliée se partage en trois colonnes, Dulnien, Pa-derborn et Cassel. — 15. Marche de l'ennemi, ses principales forces du-igées en deux colonnes sur la Hesse. — 19. Le corps de Luckner sur l'Ohm. — 20. Général Sporken près de Munster. — 21. L'armée ennemie en avant de Cassel. —
22. Lettre du maréchal de Broglie au maréchal de Belle-Isle; réponse du 27. —
23. Ordre de bataille de l'armée. — 24. Affaire de Butzbach. — 25. La réserve de droite, appelée vers Gemunden, est portée sur Lohr. — 29. Position de M. de Saint-Germain à Dusseldorf, d'après les ordres de M. de Broglie. Marche des divisions Guerchy et Cliabo sur Hachenburg arrêtée par la retraite de Luckner. — 30. Mouvements de l'ennemi dans la haute Fulda.
Juin.i. Situation générale des troupes. Le maréchal de Broglie se propose d'agir contre la Hesse avec ses principales forces. Un corps opérera sur sa droite 'dit réserve de droite), et à proximité du corps principal; l'autre (réserve de gauche), dans le comté de la Marck. M. de Saint-Germain se rassemble à Dusseldorf, Cologne. Andernach ; le comte de Lusace. à la rive gauche de la Saala, entre Hammelburg et Gemunden. — 9 au 14. La réserve de droite manœuvre pour se rapprocher du corps principal de l'armée. Ce mouvement force l'ennemi à se replier sur Schlitz en quittant son camp de Fulda. — 10. L'ennemi à Fulda; M. de Lille-bonne à Steinau; M. de Vogué à Schluchtern; M. de Caraman à Ober-Stolzbach; M. de Rongé à Birstein, pour protéger la vallée de la Kinzig. — 11. L'artillerie du corps saxon à Gelnhausen. — 12 au 13. M. de Lusace se porte à Salmunster ; le 14. à Schluchtern. — l4 au 20. .\ Ober-Moos (réserve des Saxons). Opérations de la réserve de M. de Saint-Germain. — 15. Les troupes de la réserve de gauclie en mouvement ; le 20, à Dortmund, en passant le Rhin et la Roer. Décision du roi sur les projets du maréchal de Broglie pour livrer bataille. — 20 au 25. Le général Sporken se rassemble entre Lunen et Hamm. — 27. M. de Lusace à Kotzenhain; le 24, à Merlan. Entre Butzbach et Hungen, le gros de l'armée (77 B., 83 E.); à
Weilburg,M. de Giierchy (13 B., 6 E.); à Hachenburg, M. de Chabo (7 B.. 10 E.). — 22 au 29. L'armée et la réserve de droite se portent en avant jusqu'à Mar-burg. — 22 au 24. M. de Broglie au camp de Grunberg. — 24 au 27. A Schweins-berg. — 27. Neustadt. — 24. M. de Lusace à Erbenhausen ; le 27, à "Willingshau-sen. L'armée ennemie se replie sur Ziegenhain. — 28. Blocus du château de Dillenburg. _ 29-30. Prise de Marburg.
La Hesse, l'évêché de Paderborn, le duché de Westphalie, le comté de la Marck, l'évêché de Munster, une partie du bas Rhin, Dortmund, Haltern, Coësfeld et Dulmen, formaient les quartiers d'hiver de l'armée alliée. Elle occupait une partie du Hanovre, d'Hildesheim, et, en outre, un cordon de troupes était répandu sur la Diemel, pendant que le prince Henri hivernait dans le Mecklem-burg. Voici sa composition :
Infanterie hanovrienne : 26 B. de chasseurs à pied, le corps de Scheiter, 1 B. de tireurs, 1 B. d'artillerie, et 3 B. francs : 28,196 hommes.
Gardes du corps, 1 ; cavalerie, 16 E. ; hussards, 4 ; chasseurs, 4; grenadiers de Scheiter, 2; carabiniers de Stockausen, 2; dragons, 16; grenadiers, 1 (46 E.), 9,100; Anglais, 12,000; Hessois, 19,000; Brunswick, 6,000; Buckburg, 1,200. Total : 75,496 hommes.
Les B. de milice, les dragons et Prussiens ne sont pas compris, et, d'après les rapports'et notes diplomatiques, les Anglais allaient être portés, avant peu de jours, à 17,500.
De notre côté, il y avait sur le Rhin et sur le Mayn ;
PMigne (Saxons) : Grenadiers, 1; Bruhl, 1; Prince-Antoine, 1; Rochan, 1; Prince-Gotha, 1; Lubomirski, 1; Prince-Clément, 1; Prince-Joseph, 1; Prince-Frédéric, 1; Prince-Xavier, 1 ; les Gardes, 1; Princesse-Électorale,!; Princesse-Maximilien, 1; 13 B. à Wur-tzhurg, Kitzingen, Volfach, Oschsenfurt, HeidÙKjsfeld; Wurtem-bergeois, etc., etc.
Prince-Louis, 2; Werneck, 2; Romans, 2; Prince-Guillaume, 2; Rheder, 2; Truchsis, 2; Grenadiers, 12 B., dans le pays de Wur-tzburg et le comté de Wertheim, en remontant la rive gauche du Mayn et sur les deux rives.
Grenadiers à cheval, 4 ; cuirassiers de Fouquet, 4; dragons et hussards, 13 E., dans les pays de Wurtzburg et de Fulda.
Troupes françaises : légion Royale (M. de Chabo), Bruckenau;
la Ferronnays et le Roi (dragons) (8 E.), Gelnhausen, Westerbach CaramanetOrléans-dragons (8E.), Ostheim,Rhodehn; Royal-Bavière 3B., /Vîe^Zôer^/Diesbach, 2, ^o?/i6wr^; Eptingen, 2, Ursel; kvihd\i 3, Nauheim;^aissa.\i, 3, Tra/srfo;-/;Royal-Suédois,3, Coblentz;Cham pagne, 4, Limburg ; Waubecourt, 2, Saint-Goar; Belzunce, 1, Rhein fels; la Marche, Provence, l;Tournaisis, 1, Neumed{Tl B., 16 E.)
2^ ligne. A la rive droite du Rhin, dans le Rhingatv et sur la Nidda grenadiël's de Modène, 2 ; Budesheim; grenadiers de le Camus, 2 Rergen; grenadiers de Narbonne, 2, Yilbel ; grenadiers de Chantilly 2, Hochst; Belzunce, 3, Hattenheim;k(\\i\\d\xiQ,2,Rudesheim^V^wv-temberg, 2, Ma^sw/iem;Royal-Allemand, 2, Erbenheim; Nassau, 2, i»/os6af/i(13B.,6E.).
3® ligne, bordant le Mayn et le Rhin, depuis l'embouchure du Mayn : Navarre, 4, Aschaffenburg; Orléans, 2, Seligensladt; Auvergne, 4, et Uurfort, 2, ^awaîf,* grenadiers de France, 4, Francfort; Royal-Deux-Ponts, 3, Langcn; brigades de Mouy et Ville-patour (artillerie), 2, Offenbach; milices de Laon, 1 ; Dauphin, 2; la Marche-comte, l, Bobenhausen et Dieburg;\a[an, 2; Condé, 2, Bingen,-la^làrck, 3, Bacharach; d'Ornans (milices), 1, Wuzenau; d'Apschon-dragons, 4, Didesheim (33B., 4 E.).
4*= ligne (cavalerie), entre le Rhin et le Mayn, à la rive gauche du iï/im ; Commissaire-général, 2; Toustain, 2; d'Ericy, 2, Uffen-heim, terres du margrave d'Anspach; Dessalles, 2, Crumbach; Bau-phin-Étranger, 2, Hedesheim;Lameth, '2,, Erpach;No'é,1, Northeim; Poly, 2, P/'ww^s^ad^; Moustiers, 2, Zell; Fumel, 2, Klein-Gerau; Gharost, 2, JreÔMr/EscouIoubre, 2, Odernheim; Condé, 2, Ingel-heim; Carabiniers, 10 E. sur le Neckar (36 E.).
Troupes françaises, 73 B., 75 E.; saxonnes, 13 B.; Wurtember-geois (1) 12 B., 13 E. Total : 98 B., 88 E.
Dès le 10 avril, ayant eu avis de mouvements de l'ennemi sur la haute Fulda et la haute ^Yerra, et les postes de la vallée de la Kinzig ayant informé que les alliés formaient un grand rassemblement à Hirschfeld etVacha, avec l'intention probable de se porter dans le pays de Fulda, le maréchal fit marcher, le 10, aux ordres de M. de Boisclaireau (2), les grenadiers et chasseurs de 3 briga-
(1) D. G., 3567.
(2) Boisclaireau (de), lieutenant-colonel de Beaujolais; brigadier, 7 décembre
Aufenau, près Salmunster, où il occupa une très bonne position, la gauche à ce village et la droite s'étendant sur le sommet des montagnes. A peine arrivé, il eut ordre de gagner Flieden, avec des démonstrations laissant croire à l'ennemi son arrivée prochaine, et, en même temps, de préparer les moyens de l'attaquer réellement.D'Aufenauil arrive, le 14 juin, à Schluchtern. Le maréchal le prévenait en ce moment que, le corps du prince héréditaire étant de beaucoup supérieur aux troupes de sa réserve, il n'était pas prudent de se commettre à une action, et qu'il fallait attendre le rassemblement de l'armée, qui s'effectuerait sous peu de jours; que cependant, pour mettre la vallée de la Rinzig à l'abri de tout événement, il envoyait M. de Rougé à Birstein avec 1 brigade d'infanterie, et, pour le couvrir, des troupes légères qui devaient communiquer avec celles de la réserve.
Ces dispositions devinrent inutiles. Lorsque, le 14, M. de Lusacc arriva sur la hauteur de Schluchtern, M. de Caraman était déjà à Neuhof, que l'ennemi avait abandonné, ainsi que son camp près de Fulda et la ville, après en avoir tiré de fortes contributions. M. de Caraman s'y porta rapidement, et se trouvait à midi sur le Schut-zenberg; mais, malgré toute sa promptitude, il ne put joindre que leur arrière-garde. Ses troupes occupèrent Fulda et les environs. M. de Lusace resta à Schluchtern avec M. de Vogué, oîi ils apprirent que le prince héréditaire campait à Schlitz.
Pendant que le prince Ferdinand nous occupait ainsi à droite, il faisait, suivant son habitude, d'autres mouvements sur notre gauche pour nous cacher son véritable objet, et, dans la matinée du 13, tous les postes de Fischer, placés entre l'Emscher et la Roer, furent vivement attaqués, mais sans succès.
« J'ai eu fort chaud ce matin, à 3 heures, écrivait de Duisburg Fischer au ministre de la guerre; je fus attaqué par sept endroits dans tous mes postes sur la Roer; c'est le bataillon de Bulow, ci-devant aide de camp du roi de Prusse, donné au prince Ferdinand, qui m'a attaqué avec 10 pièces et la légion britannique; les hussards de Hesse et des piquets de l'armée dans tous mes postes en deçà et au delà delà Roer. Leur dessein était de prendre d'emblée Ruhrort, devenu insoutenable par le dessèchement des flaques d'eau. Un de mes détachements, que j'avais porté entre l'Embscher et la Roer, a un peu souffert; on me croira peut-être perdu à l'armée,
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mais je suis hors d'affaire, je perds une centaine d'hommes, et je conserve tous mes postes (1). »
Pendant ce temps, le général Imhof faisait filer la plus grande partie de ses troupes sur Hamm, où il avait déjà un corps considérable; un autre se trouvait à Dortmund, composé de troupes légères et de la légion britannique, nouvellement levée. Le corps de Dul-men se trouvait fort diminué, toute son artillerie ayant marché sur Hamm. A ce moment, M. de Saint-Germain reçut du maréchal de Broglie les instructions pour les opérations que la réserve de gauche devait exécuter; il lui était prescrit de ne rien changer au plan tracé, mais il avait la faculté d'employer à son exécution les moyens qu'il jugerait propres, suivant les circonstances.
Ci-joint le mémoire, enentier, qui contient les instructions du maréchal de Broglie, pièce très importante par l'influence des prescriptions qu'elle renferme sur les événements. M. de Saint-Germain, au moment où il adressa ce mémoire au maréchal de Belle-Isle, avait mis en marge des notes. Elles sont renvoyées au bas des pages. Le maréchal de Broglie n'eut aucune connaissance de ces notes. Elles font voir combien le désaccord existait déjà entre le général en chef et M. de Saint-Germain et à quel point d'aigreur leurs relations en étaient arrivées.
Mémoire sur les opérations qui doivent être exécutées par la réserve de M. le comte de Saint-Germain (2).
« La réserve de M. de Saint-Germain étant destinée à agir concurremment avec la grande armée, il est nécessaire de tracer les opérations qu'elle aura à exécuter. Voici le moment d'agir arrivé, et il ne peut être qu'utile d'ouvrir de bonne heure la campagne, pour, si elle est heureuse, avoir plus de temps à profiter des avantages qu'on aura pu remporter. On suppose que la terre pourra fournir à la nourriture de la cavalerie, tout étant plus avancé dans le pays de la Marck que dans la Hesse, et ce pays, ayant été moins mangé Tannée dernière, peut procurer encore quelques subsistances en sec (3).
(1) D. G., 3555, 152.
(2) Francfort, le 12 juin 1760. (D. G., Mémoires de Vaidf, 1760, p. 69.)
(3) «Le comté de la Marck est le pays le plus froid et le plus stérile; il n'y ci
« L'objet principal de la réserve du bas Rhin, au premier début de la campagne, semble devoir être de distraire assez l'attention de l'ennemi, et de lui faire assez craindre pour ses derrières, pour l'obliger à lui opposer un corps considérable et l'empêcher ainsi de réunir toutes ses forces pour défendre pied à pied la Hesse (1).
« Pour cet effet, il semble que M. de Saint-Germain doit agir vivement, tant qu'il n'aura pas devant lui des forces supérieures aux siennes, pousser en avant ses troupes légères, exiger des contributions, inquiéter des convois ou les enlever, et enfin faire à l'ennemi tout le mal qu'il lui sera possible (2).
« Si un corps ennemi, inférieur à lui ou même égal, se mettait en mesure, et qu'il pût l'attaquer avec avantage, il peut le faire; et comme il est trop prudent pour en venir là et trop habile pour n'avoir pas fait les meilleures dispositions, et pris les mesures les plus justes pour sa retraite, en cas de malheur, il ne doit point craindre d'être désapprouvé, et il peut être sûr de trouver en moi les mêmes sentiments que je désirerais trouver dans les autres en pareil cas (3).
« Comme le premier objet de M. de Saint-Germain semble devoir être de favoriser par une diversion les opérations de la grande armée, il €St nécessaire que le commencement des siennes précède de quelques jours celui où l'armée campera en front de bandière (4).
« Les subsistances au sec ne pouvant la nourrir que jusqu'au 22 du mois, on sera obligé de la mettre ce jour-là sous la toile, et peut-être même le 21.
« Il est donc indispensable que la réserve de M. de Saint-Germain ait passé le Rhin et fait une marche en avant le 17, afin que les nouvelles que M. le prince Ferdinand aura de ce mouvement, pendant trois jours consécutifs, avant d'apprendre que la grande armée est rassemblée, le tiennent au moins dans l'incertitude dans son camp de Fritzlar, et l'em-
que des mars; et en très petite quantité ; je parle de la partie sur la gauche de la Roer, qui est celle désignée dans ce mémoire. »
(1) «La réserve ne peut guère se porter que jusqu'à la hauteur de Hamm. M. de Sporcken, posté près de cette ville sur la droite de la Lippe, appuyé et soutenu par Lippstadt et Munster, tient par cette position la réserve en écliec, et elle ne pourra pas pénétrer plus avant. Ainsi M. le prince Ferdinand n'en a rien à redouter, et cela ne lui échappera pas. »
(2) « Il n'y aura ni contributions à lever, ni convois à enlever. »
(3) « Heureux si l'on pouvait compter sur cette façon de penser l »
(4) «La réserve aura passé, le 17, la Roer à Mulheim et arrivera sur Dortmund vers le 20, à moins que les circonstances ne ralentissent sa marche ; mais tout cela
ne peut donner aucune inquiétude réelle à M. le prince Ferdinand. »
pèchent de marcher avec toute son armée sur l'Ohm pour défendre cette rivière. Il faut donc que M. le comte de Saint-Germain regarde le 17 comme une époque fixe à laquelle il devra être, avec toute sa réserve entière, à une marche en avant du point où il a passé le Rhin.
« 11 est actuellement question de voir celui par lequel il peut être plus avantageux qu'il débouche, pour remphr les projets qu'il doit avoir.
« Il faut d'abord considérer (1) que, la garnison de Wesel ayant été augmentée de 1 B. suisse, cette place peut être livrée à ses propres forces, et que tous les magasins et effets du roi, entre la Meuse et le Rhin au-dessous de Wesel, étant rentrés dans les places fortes, et le pays étant au roi de Pi'usse, il devient absolument indifférent que les partis ennemis passent ce fleuve, et qu'ainsi la défense du pays de Clèves n'est plus d'aucune considération. Cette réflexion était nécessaire pour faire voir la véritable situation des choses dans cette partie, et qu'on ne fît plus entrer en considération la sûreté du bas Rhin.
« M. de Saint-Germain a trois partis à prendre en débutant, et trois débouchés :
« Le 1" par Wesel, le 2'' par Bockum, le 3" par Schwehn et Hagen. Il y en a encore un autre par Hattingen, que M. de Bon m'assure avoir accommodé au mois d'octobre 17o8 et avoir rendu très praticable pour les caissons de vivres, quoique la saison fût alors mauvaise.
« Il semble que M. de Saint-Germain penche beaucoup pour déboucher par Wesel, pousser les ennemis aussi loin qu'il eût été nécessaire pour les rassembler et les contenir, et qu'ensuite, passant par la rive gauche de la Lippe, il croit qu'il aurait pu trouver le moyen de les séparer de Munster, s'ils avaient tenu à Dulmen, ou se porter sur la Roer, ainsi que je l'avais ordonné, et, par là, le véritable projet serait toujours resté caché aux ennemis, qui, dans la position oii il se serait trouvé, n'auraient pas osé détacher un corps pour se porter sur le bas Rhin. Voilà les termes dans lesquels il s'est expliqué dans la lettre qu'il m'a écrite le 7 de ce mois (2).
(1) c( J'ai fait retirer.tout ce que j'ai pu dans les places fortes, et j'ai ordonné au B. de milice qui reste à Clèves de ne s'y pas laisser enfermer, mais de se retirer à Gueklre ou Wesel, si les ennemis passaient en force.
« M. de Castella dirigera toute celte partie. »
(2) «M. de Saint-Germain peut avoir tort; mais cette idée, si elle était un peu plus approfondie, ne serait peut-être pas traitée avec tant de mépris.
« On ne peut pas disconvenir qu'en déboucliant par Wesel on replierait les ennemis qui sont sur la droite de la Lippe, ou sur Dulmen, ou sur Munster, et qu'on les rassemblerait, au moins pour un temps, vers l'un de ces deux endroits.
« Par ce qui a été dit plus haut, la crainte du corps que l'ennemi pourrait détacher sur le bas Rhin doit cesser, et par conséquent ne peut être mise en considération ; et quant au reste du projet de rassembler et contenir l'ennemi, de passer ensuite à la rive gauche de la Lippe et trouver moyen de le séparer d'avec Munster, s'il avait tenu à Dulmen, j'avoue que je ne le comprends pas, puisque, pour que la réserve qui serait à la rive gauche de la Lippe pût séparer de Munster l'ennemi qui serait à Dulmen, il me semble qu'il faudrait qu'elle repassât à la rive droite, à Lunen ou à Hamm, et marchât de là droit à Munster (1). Pour que ce corps s'en laissât séparer, il faudrait qu'il fût ou bien faible ou bien mal conduit, puisqu'il se mettrait dans le cas de périr, se trouvant alors entre la réserve et le Rhin. Si, au contraire, le camp de Dulmen était formé par un corps à peu près égal à la réserve, il semble que celle-ci courrait de grands risques, puisque ce corps l'empêcherait certainement de tirer des convois de Wesel, et que, pour peu que les ennemis eussent des troupes légères à Unna (2) ou à Werle, ils rendraient bien difficiles ceux qu'elle tirerait de Schwalm, lorsqu'elle serait sur la rive droite de la Lippe et près de Munster; et comme il serait pos-
S'ils s'étaient trouvés supérieurs à la réserve, ce serait une autre affaire, et il n'est pas question ici de cette supériorité, qui demanderait un autre genre de guerre et de conduite. L'ennemi, qui est toujours supposé inférieur, n'aurait pas pu empêcher la réserve de passer sur la gauche de la Lippe quand elle l'aurait voulu, et de se porter, par cette rive, où elle aurait souhaité. Pendant les différents mouvements qu'elle aurait faits, l'ennemi, incertain, aurait-il osé se déposter? On ne peut pas avoir oublié que M. de Saint-Pern passa la Lippe avec un très gros corps, M. le prince Ferdinand étant à Dulmen et M. le prince de Holstein dans un point intermédiaire; que M. de Saint-Pern resta assez longtemps sur la droite de cette rivière pour que toute l'armée ait eu le temps de passer, si c'eût été le projet. »
(1) « Je demande si l'armée du roi eût passé entièrement la Lippe, si M. le prince Ferdinand eût pu rester à Dulmen, et s'il n'aurait pas été forcé de se retirer bien vite sous Munster et de laisser, par conséquent, la communication très Ubre avec Wesel.
« Il en serait de même, en pareil cas, de la réserve; et pourquoi ce qui est arrivé une fois ne pourrait-il pas encore arriver ? »
(2) « Les troupes légères que l'on fait trouver tout d'un coup à Unna et doivent tomber du ciel ou arriver par les airs, et celles de cette espèce, ne sont plus à craindre. Dès que l'on suppose une armée à Unna et une à Dulmen, tout'est dit, et la réserve n'aurait pas tenté de faire des miracles. Il n'a jamais été question que du corps de M. de Sporcken, et c'est en conséquence que l'on a raisonné. C'était l'affaire de la réserve de conserver une communication libre avec Wesel et Dus-seldorf, et elle en connaît la conséquence. «
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sible, et qu'il] est même vraisemblable que le prince Ferdinand ferait alors marcher unjcorps considérable pour couvrir le comté delà Marck, la position de la réserve pourrait devenir très fâcheuse^ se trouvant entre ce corps, celui de Dulmen et Munster.
« Je suisjpersuadé qu'il y a quelque faute dans la lettre extraite ici, que le secrétaire aura faite j ou c'est la mienne de ne pas l'entendre, étant bien sur que ces réflexions n'auraient pas échappé à M. de Saint-Germain (1). Quoiqu'il en soit, le débouché par Wesel, à la rive droite de la Lippe, ine me semble pas propre à remplir l'objet qu'il paraît nécessaire d'avoir, qui est de pénétrer promptement dans le comté de la Marck, puisque, si les ennemis sont campés à Dulmen, cela obligera à aller fort doucement. L'opération de repasser ensuite la Lippe devant eux peut être sérieuse, et les convois qu'on tirera de Wesel demanderont des escortes considérables; on sait combien elles ont fatigué l'armée pendant le camp de Recklinghausen (2).
« Il m'a paru que l'on a été généralement étonné que l'on n'ait pas préféré alors de porter l'armée en avant de Dortraund, et de tirer ses convois de Dusseldorf et Elberfeld (3).
« Si on se résolvait à déboucher par Wesel, je crois qu'il faudrait passer tout de suite la Lippe et marcher le plus diligemment qu'on pourrait en avant de Dortmund, et se mettre par là en état de tirer ses convois d'abord de Dusseldorf et ensuite des établissements qu'on ferait à Elberfeld. La seconde direction que peut prendre la réserve est par Kettwig, Bockum, et je sais qu'il y a par là une marche reconnue pour trois colonnes. Il semble qu'on tombe plus droit sur Dortraund, et, lorsqu'on est à Bockum, on ne trouve plus d'obstacles; mais cette direction demande plusieurs jours de marche, et fait perdre par conséquent des moments qui peuvent être précieux.
« A l'égard du troisième parti de marcher par Elberfeld et Hagen, je sais
(1) « Le prince Ferdinand ne peut pas faire voler ses troupes pour les faire trouver, à point nommé, partout où la réserve voudrait entreprendre : il connaît trop la valeur et l'habileté de M. le maréchal de Broglie pour oser se diviser devant lui. M. de Saint-Germain a fait toutes les réflexions, il sait qu'il faut se conduire selon les circonstances. »
(2) " M. le maréchal n'a qu'à ordonner, et il sera très exactement obéi dans toutes les choses qui seront possibles. Il serait à souhaiter qu'il fît plus d'attention que ses ordres ne parviennent que le troisième jour depuis leur date, et que les choses changent bien dans cet intervalle de temps. Il faut toujours cinq à six jours pour avoir une réponse de lui. »
(3) « Ceci n'a rien de commun avec ce qui concerne la réserve, et il y aurait bien à discuter sur tout cela. »
que j'y ai passé avec de l'artillerie et des pièces de 12, en revenant de Cassel, au mois de mars 17o8, et que, quoique la saison fût peu avancée, le chemin était si beau, que cette artillerie, et le régiment de Diesbach qui l'escortait, alla de Hagen à Dusseldorf en deux jours et demi (1).
« Il n'y a que le passage delà Lenne, qui tombe près Westhofen dans la Roer, et celui de la Roer qui présentent des difficultés, cette première rivière étant plus grosse, en cet endroit, que la Roer. Lorsque j'y passai, c'était le temps de la fonte des neiges; peut-être seraient-elles moins fortes aujourd'hui, on me l'assure, et très souvent elles sont à sec; mais, pour ne pas se tromper, il faut compter qu'il y faut des ponts assez considérables, et que, si l'ennemi était une fois en force de l'autre côté de Westhofen, il serait peut-être difficile de l'en déloger. Voilà les difficultés de cette marche : je crois qu'on pourrait les prévenir en faisant passer par Hattingen le corps de Fischer (2), pour venir, par une marche très vive par la rive droite de la Roer, s'emparer de Westhofen et garder les ponts, en même temps que M. de Saint-Germainferait marcher par Hagen les grenadiers et chasseurs de sa réserve, avec du canon, ses dragons et le régiment des volontaires de Flandre, pour aller prendre poste à Westhofen et lui en garder le passage. Ces troupes y arriveraient en 24 ou 30 heures, et le reste de la réserve en deux jours ou 60 heures.
« Le général Loudon (3) vient d'entrer en Silésie par une marche de 8 milles d'Allemagne (oC kil.) qu'il a faite en 24 heures. On peut faire bien du chemin dans cette saison en marchant sans équipages, et il n'y a que les marches vives par lesquelles on puisse surprendre l'ennemi.
« Les avantages qui se trouvent à pénétrer par Hagen et Westhofen sont d'être, d'abord, en avant de Dortmund et au milieu du pays de la Marck, de pouvoir y prendre un poste que je crois bon, surtout en l'accommodant un peu, et d'établir tout de suite la communication des convois avec Dusseldorf, qu'il est aisé d'assurer avec peu de troupes, qui arrivent par un beau chemin, et où on a Elberfeld, qui est un très gros lieu, susceptible de ressources de toutes espèces pour un entrepôt et des
(1) « Ce qui est bon pour un petit corps qui se sauve ne l'est pas pour un granrl qui marche avec grand appareil et beaucoup de subsistances ; il n'y a qu'un seul chemin par celte route. »
(2) « Les ennemis ayant un corps entre Essen et Bockum, le corps de Fischer ne suffit pas, et il périrait jusqu'au dernier homme s'il trouvait des forces supérieures, et elles y sont. D'ailleurs, le camp qui est à Dortmund voit venir, et masquerait les débouchés tant qu'il le voudrait. »
(3) « Le général Loudon n'est sûrement pas gôné dans ses opérations; il a le temps de les préparer de loin, de les changer selon les circonstances, qui varient continuellement, et la réserve n'a pas ces avantages. »
établissements. Ce sont ces raisons qui m'ont toujours fait pencher pour que la réserve prîtcette route, et j'y ajouterai encore celle que, par cette position de Dortraund (1), que l'on peut accommoder pour être le point d'appui dans tous les cas, la communication de la réserve avec l'armée devient beaucoup plus courte, et que, si celle-ci parvient à l'Edder, ses troupes légèi'es et celles de la réserve se joindront par leurs patrouilles, et je pourrai avoir des nouvelles de M. de Saint-Germain et lui donner des miennes en un jour, ce qui peut être de la plus grande conséquence pour nous communiquer les nouvelles que nous aurons réciproquement des ennemis, ainsi que les opérations que nous ferons.
« Pour résumer et terminer ce mémoire, je le séparerai en deux parties : la première doit être fixe, et je prie M. de Saint-Germain de ne rien négliger pour l'exécuter; elle consiste en deux points : le premier, qu'il se mette en mouvement le 17, avec toute sa réserve, et qu'il fasse en sorte que le même jour il soit au moins à une marche de Dusseldorf, sur le débouché qu'il préférera, ne pouvant lui prescrire rien là-dessus de plus que ce que je lui ai dit plus haut: cet article est essentiel pour cadrer avec les mouvements que je compte faire; le second, d'avoir pour but fixe de gagner le plus promptement possible Dortmundet la position qu'il y a à peu de distance de cette ville, derrière le Landwerth,sur le chemin d'Unna, ou même plus proche d'Unna, derrière un grand ravin qui s'y trouve, et de s'y placer de manière à masquer les débouchés de Lunen et de Hamm, à tenir Dortmund et à s'assurer du passage de la Roer à Westhofen (2).
« Les moyens de s'assurer de cet objet forment la seconde partie ; je n'ai fait qu'indiquer ceux que j'imagine, M. de Saint-Germain est plus capable que personne déjuger de leur possibilité ou d'en trouver de meilleurs; je ne puis là-dessus que lui laisser toute liberté, et, pourvu qu'il arrive promptement au but, je ne pourrai qu'approuver tout ce qu'il aura jugé à propos de faire. S'il parvient, comme je l'espère, à prévenir les ennemis en avant de Dortmund, les circonstances de leurs mouvements, de leurs forces et de l'état où sera Hamm le détermineront à chercher à s'en emparer, et il ne. négligera sûrement pas de pousser les Fischer le plus en avant qu'il le pourra, le long de la Roer, pour intimider le pays et engager le prince Ferdinand à envoyer des troupes pour le couvrir (3).
(1) « On ne croit pas que sous le ciel il puisse \ avoir un plus mauvais point d'appui que Dortmund, eu égard aux circonstances présentes. »
(2) « Il n'est pas possible de tenir Dortmund quand on en est éloigné. »
(3) « Les ennemis sont depuis plusieurs jours en deçà de Dortmund ; il s'agit de les en chasser, s'il est possible.
« Le prince Ferdinand ne prendra aucun moyen pour couvrir le comté de la Marck. »
« Mais l'objet principal est de choisir et accommoder un poste en avant de Dortmund, où il puisse se mettre en sûreté, qui lui serve de citadelle et qui le mette en état de tenir quelque temps contre des forces supérieures, qui lui assure Dortmund, qui est une bonne ville et de beaucoup de ressources, et qui enfin couvre sa communication avec Dussel-dorf.
« J'ai cru devoir entrer, dans ce mémoire, dans un assez grand détail pour n'être pas obligé d'y revenir et pour faire part de toutes les idées que la connaissance que j'ai de tout ce pays-là peut me donner. »
A la réception de ce mémoire, M. de Saint-Germain écrivit au maréchal de Broglie, le 14 juin : a En conséquence de vos ordres, la réserve passera la Roer à Mulheim le 17, et marchera rapidement surSchwerte et Dortmund (1). »
Pendant que le commandant de la réserve de gauche s'occupait de l'exécution des ordres qu'il avait reçus, et que les troupes restées dans le duché de Clèves sous M. deLeyde (2) se mettaient en marche pour joindre cette réserve, de manière que celle-ci fût en état de commencer son mouvement le 16, et arriver à Dortmund le 20, M. de Castella, laissé au commandement de Wesel, avisa M. de Saint-Germain de l'approche d'un corps ennemi avec du canon (3), et représenta que le bas Rhin n'avait pour toute défense que 1 B. de milice, et que les magasins considérables qui se trouvaient à Alpen, Gennep et entre le bas Rhin et la Meuse se trouvaient en péril. Mais M. de Saint-Germain, voulant se conformer exactement aux ordres de M. de Broglie, laissa M. de Leyde continuer sa marche sur Dusseldorf, et prescrivit au B. de milice resté à Clèves de se retirer à Gennep, si les ennemis passaient le Rhin avec des forces supérieures, d'y couvrir aussi longtemps qu'il pourrait les magasins, et de se replier ensuite à Gueldre. Cependant quelques mouvements avaient lieu, du côté des ennemis, au sujet desquels M. de Broglie écrivait au maréchal de Belle-Isle, de Francfort, le 14 juin :
« Par les nouvelles reçues aujourd'hui du bas Rhin, il paraît que
(1) D. G., 3555, 173.
(2) Voir la lettre de M. de Valogny, du 'iO juin, qui donne le détail de la marche des troupes de la réserve de gauclic.
(3) M. de Castella au ministre de la guerre, Wesel, 15 juin. (D. G., 3555, 177.)
le prince Ferdinand a fait transporter de Lippsladl à Ziegen-hayn le reste de sa grosse artillerie; M. du Blaisel, et des émissaires que je crois bons, disent qu'il y est arrivé avant-hier des pièces de gros calibre et beaucoup de chariots de munitions. Les rapports disent aussi que le corps qui est à Fritzlar doit marcher incessamment sur l'Ohm, et les ordres sont donnés aux baillages de ramasser beaucoup de paille pour y faire camper l'armée rassemblée. Si le prince Ferdinand prend ce parti, il paraît décidé à recevoir une bataille, et il semble qu'elle est indispensable, si le roi ordonne que je cherche à me porter en avant et à pénétrer dans la Hesse. Comme nos subsistances au sec seront consommées presque entièrement le 22 du mois, je suis obligé de prendre cette époque pour assembler l'armée; les mouvements des ennemis d'ici là, et la position qu'ils prendront, décideront si son premier camp sera près de Giessen ou vers Lich et Hungen; mais quoi qu'il en soit^ il y a toute apparence que, peu de jours après, la bataille se donnera, à moins qu'ils ne se retirent à mesure que nous marcherons à eux, ce à quoi je ne vois guère d'apparence, si le prince Ferdinand fait tant que de se porter avec toute son armée sur l'Ohm, ou même derrière la Schwalm dans le camp de Ziegen-hayn.
c( C'est à S. ^L et à son conseil de me prescrire si je dois donner la bataille ou la différer; la politique devant, ce semble, décider seule là-dessus. Quant à moi, je tâcherai de mettre les troupes du roi le plus ensemble que je le pourrai, de bien reconnaître la position des ennemis, de faire la meilleure disposition que je saurais, de donner les ordres les plus clairs, et enfin de me préparer une retraite oii l'armée puisse s'arrêter et se réunir. »
M. de Belle-Isle répondit, le 19 juin : « M. le duc de Choiseul vous a fait connaître que la situation politique, tant intérieure qu'extérieure, et les efforts qui ont été faits pour mettre en campagne une armée supérieure à celle des ennemis, font désirer avec raison à S. M. que vos projets soient offensifs et que vous commenciez bientôt vos opérations. Je ne puis que vous répéter ce que j'ai déjà eu l'honneur de vous mander, par ordre de S. M., sur la liberté absolue qu'elle vous laisse de prendre, dans les différentes occasions, le parti que vous jugerez le plus utile au bien
de son service. J'y ajouterai, pour répondre plus particulièrenfient à ce que vous demandez aujourd'hui, que S. M. vous laisse de même le maître de combattre les ennemis, si vous le jugez à propos, et s'en rapporte entièrement sur cet objet à vos lumières, à votre prudence. »
Cependant M. de Saint-Germain avait commencé à exécuter les ordres qu'il avait reçus, et, à ce sujet, M. de Valogny écrivait au maréchal de Belle-Isie, le 20 juin 1760 :
« Le comte de Saint-Germain ayant résolu de passer le Rhin le 16, et de se diriger sur Dortmund, avait, dès le 13, porté à la rive droite les B. suisses d'Yenner, Courten, Lockmann et le 1" B. de Redding (l'autre B. de ce régiment est à Wesel) ; il avait également fait passer 2 brigades d^artillerie et les 15 pontons attachés à sa division. Le régiment de Planta et celui de Royal-dragons sont déjà à Ratingen et Mettmann.
« M. le marquis Dauvet marcha, le 16, à la rive gauche de la Roer, vis-à-vis Mulheim, avec 8 B. suisses, le régiment de dragons, les 2 brigades de canon et les pontons, pour protéger deux ponts que le sieur Fosseler avait fait remonter de l'embouchure de la rivière. Le 1" B. de Redding était resté à Mettmann pour escorter un convoi.Le comte de Saint-Germain fit passer, le 16 au matin, le reste de la réserve et se porta sur deux colonnes à Calcum, la gauche au Rhin et la droite au ruisseau d'Anger.
« La division Dauvet traversa, le 17, la Roer et campa à Essen; celle de M. de Saint-Germain marcha, le 17, sur deux colonnes, passa la rivière et s'établit, la droite à Mulheim et la gauche en avant du château de S ty ru m.
H M. Dauvet était le 18 à Wattenscheid; M. de Saint-Germain, marchant sur deux colonnes, arriva à Steele.
« Le 19, M. de Saint-Germain, dans l'ordre desjours précédents, campa près Dortmund, oîi la légion britannique était encore le 16 ; la division de Dauvet rejoignit à moitié chemin, à hauteur de Bockum, le corps de M. de Saint-Germain.
« Le 20, la réserve réunie s'avança sur deux colonnes vers Dortmund, la gauche à la ville, la droite à la branche de l'Emscher qui passe au village de Horde. M. de Saint-Germain n'ayant pu envoyer à M. de Leyde que le 15, dans la nuit, des ordres pour ramener la brigade de Touraine et le régiment de Thianges, qui
étaient sur le bas Rhin, il était impossible que ces troupes eussent le temps de le joindre avant son départ; en conséquence il lui ordonna de se rendre avec sa division, le 17, vis-à-vis de Dussel-dorfetd'en partir le 18, pour venir le joindre par Mettmann et Haltingen... Le régiment d'Alsace, par les ordres de M. le maréchal, s'est rendu, le 17, à Dusseldorf et s'est joint à cette division. M. de Leyde est arrivé aujourd'hui à Hatlingen et ira demain vers Alt-Bockum... Cette division se réunira à la réserve le22ou le 23.
« Le corps de Fischer est au village de Brackel, avec des postes qui éclairent Lunen, Hamm et Unna. Le l*^' B. de Redding est à Elberfeld, et les volontaires de Flandre sont à Schwerte et éclairent la partie d'Arnsberg, Meschede et Iserlohm. Les marches se sont faites aisément et les troupes sont arrivées tous les jours de bonne heure dans le camp, quoique, par la position des ennemis, qui bordaient la Roer, et la rapidité de cette marche, on n'ait pas eu le temps de les reconnaître ni de les préparer. »
La marche de la réserve par Mulheim fut approuvée par le maréchal, qui fit savoir, le 16, à M. de Saint-Germain qu'il considérait sa mission comme remplie, s'il parvenait à Schwerte, à Dortmund, et à établir sa communication pour tirer ses convois de Dusseldorf; qu'il devait ne s'écarter que le moins possible de la Roer pour raccourcir sa distance avec l'armée, et enfin il lui prescrivait de préparer un point de sûreté pour couvrir, dans tous les cas, le débouché de Westhofen. A l'égard des opérations propres à inquiéter les derrières des ennemis et à engager le prince Ferdinand à porter sur lui une sérieuse attention, il le laissait absolument maître de se conduire selon ses vues, et de combattre, s'il en trouvait l'occasion.
Le maréchal de Broglie avait fixé au 22 l'ouverture de ses opérations, et, pendant que la réserve de gauche exécutait son mouvement sur Dortmund, il sortait, le 18, ses troupes de leurs cantonnements d'hiver pour les rassembler, le 21, entre Butzbach et Hungen.
M. de Lusace, encore à Schluchtern dans la position prise le 14, surveillait les ennemis, qui paraissaient vouloir agir sur Fulda et contre lui, et disposait ses forces à recevoir le combat ; mais ces dé-
monslrations se réduisirent à attaquer la troupe de M. de Ber-chiny, avancée jusqu'à Weidenau (1).
La marche rapide de M. de Saint-Germain remplissait les intentions du maréchal plus promptement qu'on ne l'avait espéré. Ce général pensait que les ennemis se contenteraient de garder la Lippe, malgré les facilités qu'ils avaient de porter sur la basse Roer un corps pour intercepter ses communications et ses subsistances, objet très important. Ne négligeant aucune supposition, il s'occupa, dès son arrivée à Dortmund, de s'établir dans le pays ainsi que sur la Roer, de manière que des forces supérieures ne pussent l'en chasser, et à conserver par sa position ses relations avec Cologne. Il établit deux autres communications de Dusseldorf à Schwerte, l'une par Elberfeld et l'autre par Hattingen, qu'il fit éclairer avec le corps de Fischer, les volontaires de Flandre et le B. de Redding.
Dans ces circonstances, la réserve de droite dut se rapprocher de l'armée pour la couvrir et opérer de concert; elle quitta sa position, le 20, près d'Ober et Unter Moos, alla, le 21, dans les environs de Kotzenhain et, le 22, à Merlau, près des sources de l'Ohm. Ce même jour, l'armée quitte ses cantonnements de la veille et campe à Grun-berg, la droite en avant, la gauche vers l'église de Wirberg, les grenadiers et chasseurs entre Grunberg et Stangenrod, les grenadiers de France et Royaux près de Niederohmen, et la cavalerie aux environs de Queckborn.
Alors M. de Melfort (2) est en même temps lancé sur Homberg
(1) « Le comte de Lusace avait porté en avant les régiments des volontaires de Hainaut et de Berchiny pour éclairer la marche du prince héréditaire de Brunswick. Entre 8 et 9 heures du matin, plusieurs brigadiers et maréchaux des logis du régiment de Berchiny arrivèrent ventre à terre à la cavalerie des volontaires de Hainaut en criant^' A cheval! le régiment de Berchiny est perdu! Aussitôt M. de Grandmaison rassembla son infanterie, se porta sur un plateau vis-à-vis le régiment de Berchiny et fit tirer le canon sur un E. de hussards blancs, envoya des troupes d'infanterie à droite dans le bois et en avant pour protéger la retraite des hussards de Berchiny. Pendant ce temps-là, les dragons des volontaires de Hainaut se portèrent à toute course à leur secours; ces manœuvres déconcertèrent l'ennemi; alors les hussards de Berchiny se rassemblèrent avec les dragons de Hainaut, chargèrent ensemble l'ennemi et le culbutèrent de toutes parts, en tuèrent sur place, firent près de 50 prisonniers et prirent autant de chevaux. « (D. G., 3556, 64.)
(2) M. le comte Drummond de Melfort, colonel-lieutenant de Royal-Ecossais; brigadier, 10 mai 1748; maréchal de camp, 20 février 1761-, fils de Melfort^ le chef
pour avoir des nouvelles; il vit le camp ennemi derrière Kirchhayn, près de Langenstein. Il apprit que Luckner avait passé la Lahn, se dirigeant sur Dillenburg; mais il ne put savoir si le prince Ferdinand se trouvait en avant de Fritzlar; dans la matinée du 23, plusieurs rapports assurèrent qu'il devait se trouver le même jour à Neustadt, et qu'il avait retiré du comté de la Marck les troupes arrivées par Korbach à Fritzlar, sous les ordres du prince d'Anhalt.
Le maréchal, jugeantque le projet du prince Ferdinand était de nous arrêter sur l'Ohm, non seulement pour nous faire perdre du temps, mais aussi pour ne pas nous abandonner la plus grande partie de la Hesse, pensa qu'il n'y avait aucun moment à perdre et se porta, dès le soir même, avec toutes ses troupes légères, les grenadiers de France, 12 B., les carabiniers et les dragons, entre Amœneburg et Homberg, sur la rive gauche de l'Ohm. Le maréchal de Broglie rendait compte, le 2o juin, au maréchal de Belle-Isle de son mouvement en ces termes : « J'ai fait marcher l'armée, le 23 au soir; je suis arrivé le 24, de très bonne heure, près de Homberg et d'Amœneburg; comme le temps et les chemins étaient très mauvais, l'artillerie et les pontons n'ont pu être rendus que dans l'après-midi. J'ai fait jeter sur-le-champ des ponts et fait pratiquer des communications dans les prés marécageux qui bordent l'Ohm ; et, malgré plusieurs démonstrations des ennemis de se porter sur notre débouché, j'ai passé l'Ohm. Ils ont abandonné alors Homberg; les troupes légères (le prince de Robecq)ont poursuivi la garnison, qui en sortait; le régiment de hussards de Nassau a fait des prisonniers et pris assez considérablement de chariots et d'équipages. La légion Royale, soutenue de la brigade des dragons du Roi et de la Ferronnaysa en même temps attaqué une arrière-garde, et il s l'ont obligée de se retirer après quelques volées de canon. Il est heureux que le prince Ferdinand ne soit pas arrivé à temps pour nous disputer ce passage de l'Ohm; car, vu l'avantage que leur donnait la rive droite, extrêmement escarpée, il aurait été, je crois, impossible de les y forcer. J'ai été obligé de séjourner aujourd'hui, parce que les troupes, qui ont marché trente heures et n'ont achevé de passer la rivière que ce matin au jour, étaient extrêmement fatiguées.
de la famille illustre des Drummond d'Ecosse, lieutenant général, et qui a laissé un Essai sur la cavalerie légère et un Traité de la cavalerie.
J'ai profité de la journée pour reconnaîlre le pays en avant et pour y faire ouvrir des communications. J'ai été presque tout le jour à cheval, et cela m'a procuré de découvrir les différents camps des ennemis ; j'y ai vu au moins 3o ou 40,000 hommes, et toutes les nouvelles des gens du pays assurent que le prince Ferdinand est à Neustadt avec toute son armée. Je compte, demain^ faire prononcer un mouvement à toute l'armée pour la rapprocher de Kirtorf, oij j'ai fait marcher aujourd'hui le corps de réserve de M. de Lusace, et j'examinerai s'il m'est possible de m'approcher de l'armée des ennemis et, s'il y a jour, de l'attaquer. Par ce que j'ai vu aujourd'hui, il semble que le pays est extrêmement difficile et que leur camp a devant lui un terrain fort fourré et fort escarpé; je compte m'en approcher davantage et faire ensuite de mon mieux... »
Après le passage de l'Ohm, l'armée s'établit à Scheweins-berg. Il s'agissait de savoir s'il serait possible de s'approcher du prince Ferdinand et de l'attaquer dans la bonne position qu'il occupait. Dans ce but, la réserve de droite marcha, le 25, de Merlau à Kirtorf, oti le maréchal avait résolu de se porter le lendemain.
Les nouvelles reçues par le maréchal annonçaient que le prince Ferdinand était à Neustadt et devait marcher, le 26, pour nous attaquer. Le 26, à la pointe du jour, la droite se mit en mouvement vers Kirtorf, et le reste des troupes se tint prêt à prendre les armes. Sur les nouvelles, reçues dans la journée, de la retraite du prince Ferdinand, le maréchal s'avance sur Neustadt le 27.
Dès son arrivée à Neustadt, le maréchal détacha M. de Nortman, avec un parti'de troupes légères, pour éclairer le chemin de Cassel, et, deux jours après, M. de Poyannes se portait à Halsdorf pour le soutenir et empêcher toute tentative de l'ennemi sur le blocus de Marburg. Le commandant de cette place n'ayant pas voulu se rendre à la première sommation que lui fît M. de Chabo, celui-ci fit venir du renfort et de l'artillerie; quelques bombes jetées dans le château amenèrent la capitulation dans la nuit du 29 au 30 juin. La garnison resta prisonnière de guerre. On s'empressa alors de faire assiéger Dillenburg, bloqué depuis le 27.
Les ennemis s'étaient retirés derrière la Schwalm, dans une position retranchée qu'il parut impossible de forcer par son front ; mais telle n'était pas la pensée du maréchal: ses vues se portaient sur l'Edder, où il voulait les prévenir, et, pour y réussir, il fallait que
le prince Ferdinand restât dans sa position jusqu'à ce que nous fussions en état de marcher; car nous étions retenus par la nécessité de tirer le pain de Giessen, jusqu'à ce que Marburg fût approvisionné, et cette opération demandait beaucoup de temps par la rareté des moyens de transport. Sur la gauche, M. de Saint-Germain était à Dortmund depuis le 20. Lorsque M. de Broglie sut qu'il y était arrivé sans aucune opposition de l'ennemi, il pensa qu'il n'en restait pas beaucoup de ce côté et lui prescrivit, le 25, de se porter vivement sur Lippstadt, de lancer ses troupes légères jusqu'à War-burg et même plus loin ; mais quoique la marche de cette réserve n'eût pas engagé les ennemis à se rassembler sur la haute Lippe, comme l'avait cru M. de Saint-Germain, ce général ne jugea néanmoins ni possible ni convenable de se porter vers Lippstadt, et craignit d'exposer ses troupes à une perte certaine en entreprenant une pareille opération. Les nouvelles des ennemis en face de lui le confirmèrent dans son idée constante, que la direction donnée à sa réserve par le maréchal ne leur porterait aucun ombrage et ne dérangerait rien à leurs projets de défensive ; qu'ils resteraient tranquillement derrière la Lippe et l'empêcheraient de remonter cette rivière et la Roer. En effet, M. de Sporken était toujours à Dulmen avec un gros corps et des détachements à Haltern et Lunen ; le prince d'Anhalt était àWerne sur la Lippe, et le corps de Scheitter, fortifié de quelques troupes régulières, arrivait dans la nuit du 21 au 22 à Recklinghausen. Pour observer les mouvements de ce dernier, la troupe de Fischer fut envoyée sur Kastrop, tandis que les volontaires de Flandre éclairaient la contrée de Schwerté et Iserlohm. Instruitde ces différents détails, et sachant, par les détachements envoyés sur Frankenberg et par les gens du pays, qu'un corps considérable et quelques B. francs étaient partis de Lippstadt et de Hamm pour se rapprocher du prince Ferdinand, M. de Broglie persista dans son idée que les troupes de M. de Saint-Germain étaient supérieures à celles qui lui étaient opposées. Ces motifs, et les avantages à tirer de la jonction de la réserve pour forcer le prince Ferdinand à abandonner l'Edder, l'engagèrent à ordonner, le 29, à M. de Saint-Germain de marcher promptement sur la haute Ruhr (par journées de six lieues au moins) par Soëst, Rhuten, Bri-lon et même Rorbach. Comme il avait une^ force de 30,000 hommes, il pouvait, s'il le jugeait nécessaire, en laisser 10,000 pour
garder le débouché de Westhofen et pour assurer ses derrières. Le maréchal ajoutait que ces troupes seraient suffisantes, attendu la faiblesse de l'ennemi dans cette partie; que, si la jonction avait lieu, elle ferait la perte du prince Ferdinand, qui serait contenu dans la position qu'il prendrait, et que pendant ce temps M. de Saint-Germain pourrait s'emparer de Munster et de Lippstadt, puis on forcerait le prince à passer le Wéser. Le commandant de la réserve de gauche ne pensait pas comme le maréchal sur la'direction de ses troupes, ni sur les mouvements qu'il lui était prescrit de faire en avant; il trouvait même contradictoires les ordres reçus successivement, les uns de ne point abandonner la Roer, les autres de profiter de sa supériorité pour attaquer les ennemis à la droite de la Lippe, et enfin de se porter vivement sur Lippstadt et ses troupes légères sur Warljurg.
Le mouvement de M. de Sporcken, en se portant à Haltern et en faisant soutenir le corps de Scheitter par des forces sérieuses, augmenta non seulement les difficultés que M. de Saint-Germain apercevait dans les ordres du maréchal, mais aussi les inquiétudes qu'il avait sur sa position. Il craignait, malgré sa supériorité, d'être forcé à rétrograder sur le Rhin pour reprendre la route tenue avant d'arriver à Dortmund ; il se voyait au moment d'être obligé, par le mouvement de M. de Sporcken, de se replier sur Essen pour couvrir et assurer sa communication. Après avoir reçu les instructions du maréchal contenues dans sa lettre du 29, M. de Saint-Germain fît part au maréchal de Belle-Isle de sa fâcheuse situation, et, persuadé depuis longtemps que le maréchal de Broglie dissimulait des sentiments peu favorables à son égard, il voulut profiter de ce moment pour se soustraire à des suites fâcheuses et se détermina à une démarche aussi inattendue qu'extraordinaire, résolu à abandonner le fruit de ses services plutôt que de se charger d'une mission combinée pour le perdre. Il demanda son rappel au ministre de la guerre et proposa à M. de Broglie de le lui accorder d'avance.
CHAPITRE III.
MANŒUVRES EN JUILLET, AOUT, SEPTEMBRE. — AFFAIRE DE AVARBURG. — PRISE DE MUNDEN.
Juillet. 1*". Le maréchal de Broglie à Neustadt. — 4. M. de Saint-Germaia de Dortmiind à Arnsherg. — 4 au 9. La réserve de gauche se porte sur Brilon. — 5. M. de Poyannes d'Halsdorf à Frankenberg. — 6. Sur Meschedé. — 8. M. de Closen à Radern. M. de Saint-Germain, appelé avec instance, n'arrive que le 9 à Kirchayn avec 2 brigades. — 10. Combat de Korbach, oii le prince Ferdinand et le prince héréditaire sont battus et forcés de se retirer à Sachsen-hausen. — 11. Le maréchal à Nieder-Ems. — 14. La réserve de gauche entre Gembeck et Wasbeck. — 15. M. de Saint-Germain chasse l'ennemi de la hauteur d'Arolsen. Prise de Dillenburg. M. de Sporken près de Landau. — 16. Mallieu-reux événement de M. de Glaubitz. — 17. Trois corps ennemis campent entre Landau et Volkmarsen. — 18. M. d'Auvet àKanslein. — 20. Départ de Korbach de M. de Saint-Germain, remplacé par le chevalier du Muy. — 21. La réserve de droite à Olderhausen; y séjourne le 22. et se réunit à M. de Stainville le 23. — 24. M. de Broglie attaque le prince Ferdinand à Sachjonhausen et le force à se retirer sur Wolfhagen et Naumburg. La réserve de gauche près de Wasbeck. — 26. Combat d'Ihringhausen, entre Cassel et Immenhausen. où est battu le prince Ferdinand. Camp de Freienhagen. — 27. La droite à Zierenberg. et la réserve de gauche à Volkmarsen et Warburg. — 28. Corps ennemi entre Liebenau et Corbecke. — 30. Combat sous Cassel. — 31. Combat de Warburg entre les troupes de la réserve de gauche (M. de Muy) et celles du prince héréditaire, qui force la gauche de l'armée française à se retirer sur Volkmarsen.
Août. l^"". Le corps d'armée à Zierenberg, le maréchal à Cassel. — 2. M. de Lu-sace à Lutternberge. Prise de Munden. — 3. Le prince de Condé chargé d'attaquer le corps anglais de lord Gramby. Passage du défilé de Munden. — Du 4 au 22. l'armée est à Ober-Lestingen. Prise du château de Bentheim par M. de Cambefort : attaque de Stadtberg par M. de Muy. La réserve de droite (M. de Lusace, du 3 au 26, près de Mielenhausen ; celle de gauche, du 4 au 21, sur les hauteurs de Wolfhagen et Herlinghausen. — 8. Gembeck attaqué. — 10. Ziegen-hain capitule devant M. de Stainville. — 11. M. de Saint-Victor, attaqué près de Sabbaburg, arrive à Inisen le 12. — 13-14. Aucun mouvement. — 15. M. de Broglie fait replier les avant-postes ennemis. — 16-17. Fourrages. Il ne se passe que des fusillades entre les patrouilles et les avant-postes. — 20. Larmée fait
un fourrage général. — 21. La réserve de Muy marche à Nieder-Elsungen pour se rapprocher de la gauche de l'armée ; celle de droite garde sa position à Mielenhausen. — 22. L'armée quitte le camp de Listingen. Mouvement général.
— 23. A Jmmenhausen. — 25. Forêt et château de Sabbaburg; positions des troupes par échelons pour soutenir ce poste. — 26. M. de Muy à Kieder-EIsun-gen. — 28. Hussards de Berchiny envoyés à Giessen pour y faire le service à pied. L'armée ennemie prononce son mouvement sur la Diemcl, sur l'Edder et au delà du Wéser, du 24 juillet au 19 septembre; elle campe entre Scherfede et Warburg.
Septembre. 6. Attaque de M. Nortman. Évacuation de Zierenberg. — 9. Fourrage général. — 11. Un corps s'avance de Marburg sur Freienhagen. — 12. M. de Stainville se porte au-devant de lui. Le prince de Croy se replie sur Munden.
— 13. Affaire de Radern, l'ennemi poursuivi jusqu'à Hallenberg. M. de Lusace entre Friediand et Witzenhausen. Deiderode. — 14. L'armée d'immenhausen va camper à la droite de Cassel. — 15. M. de Lusace, campé près de Cassel, reste assuré des débouchés d'Hedemunden. — 17. Position de l'armée. — 18. Départ du maréchal. — 19. M. de Wangenheim quitte son camp d'Uslar pour celui de Dransfeld. Marche sur lui; simple combat d'arrière-garde. Retour au camp de Barterode. Un autre camp est formé à Moringen. L'armée sur la Diemel, l'Edder et au delà du Wéser. — 25. M. de Luckner sur Northeim. — 26. La réserve de la droite à Esbeck. — 27. M. de Chabo envoyé derrière V* e'da. — 28. L'ennemi opère sa retraite sur Warburg. Le duc de Fronsac sur la Twiste. Prise de Ruhrort. — 29. Marche de l'ennemi sur Xanten. — 30 septembre au 14 octobre. L'armée et la réserve de gauche détachent successivement 36 B. et 42 E. sur le bas Rhin.
Les rapports entre le général en chef, maréchal de Broglie, et M. de Saint-Germain étaient devenus des plus tendus ; le dissentiment le plus complet ne tarda pas à éclater, de sorte que ce dernier ne pouvant plus supporter cette situation, écrivit, le 1" juillet, à son chef :
« J'ai fait jusqu'ici tout ce que j'ai pu pour exécuter ponctuellement vos ordres et pour m'accoutumer au style amer, ironique et plein de mépris qui caractérise toutes vos lettres. Je n'ai rien à me reprocher du côté de la volonté et de l'activité; je pense, d'après cela, qu'il serait très contraire au service du roi qu'une réserve, telle que celle-ci, fût aux ordres d'un général odieux à celui qui commande l'armée, et en conséquence j'écris pour demander mon rappel. Si vous vouliez m'accorder de me retirer, cela serait plus prompt et les choses n'en iraient que mieux. En attendant les ordres de Versailles ou les vôtres, je ferai de mon mieux; mais je ne ferai jamais l'impossiblC; quelque volonté que j'aie de bien
servir le roi et de contribuer à vos succès. Je compte pouvoir faire partir d'ici, le 4, 1 brigade d'infanterie et des dragons pour occuper Arnsberg, où je pourrai la suivre le 8 ou le 9, si les subsistances, comme je l'espère, peuvent arriver; je fais tous les efforts pour en ramasser le plus qu'il se pourra, et nous marcherons en caravane, si les ennemis restent à peu près où ils sont. Il n'est plus question de soutenir la communication avec Dusseldorf, mais je compte pouvoir m'approvisionner par Cologne et établir une communication avec cette ville. Il est nécessaire que je pousse devant moi un gros détachement à Arnsberg pour couvrir les voitures, qui iront de Dusseldorf tout d'une traite. Je suis forcé de rester dans cette position pour couvrir les autres convois qui suivront et pour déblayer Hagen; mais, comme je l'ai déjà marqué, je compte la quitter le 8 ou le 9, et arriver en trois marches à Arnsberg. A moins que vous ne m'en donniez un ordre précis, je ne tiendrai pas Dortmund, parce que je ne le crois pas soutenable, quand même j'y laisserais 6 B. (1). »
Le maréchal de Broglie lui répondit, de Neustadt, le 5 juillet :
« J'ignore le parti que le roi et son conseil prendront sur la demande que vous avez faite de votre rappel, mais certainement je ne vous accorderai pas la permission de prévenir sa réponse; je croirais trop mal servir S. M. de contribuera la priver d'un officier tel que vous, et je ne travaillerai jamais qu'à tâcher de vous retenir à son service. Mais revenons à ce qui regarde les opérations présentes, qui sont et doivent être l'unique but auquel nous devons tendre. J'ai lu avec toute l'attention qu'il m.érite le mémoire de M. de Belle-Isle. Il paraît que vous serez nourris jusqu'au 44 inclus, sans avoir encore rien tiré des fours de Brilon. »
En même temps il écrivait à M. de Belle-Isle, le 4 juillet, de Neustadt :
« Plus je pense à la situation où nous nous trouvons, plus je me confirme dans l'opinion que le succès de cette campagne dépend de la jonction de M. de Saint-Germain avec moi, puisque alors le prince Ferdinand aura beaucoup de peine à se hasarder de nous attendre dans aucun poste, et qu'ainsi nous l'obligerons à repasser la Diemel, s'il y est à temps, ou la Fulda, si par une trop
(I) D. G., 3556, 34.
longue présence sous Cassel il nous donnait de couper sa retraite par Warburg, »
Pour se mettre en état d'empêcher Jes ennemis de le prévenir sur l'Edder, le maréchal fit marcher le 5, d'Halsdorf àFrankenberg, M. de Poyannes, qui y trouva le détachement de M. de Nortman, revenu de Fritzlar, où il avait été lancé quelques jours auparavant.
c< Vous verrez par le rapport de M. deNorlman, dit le maréchal de Broglie, le succès qu'a eu son détachement. Il écrit avec beaucoup de naïveté et ne cherche pas à se faire valoir. Il ne m'a pas encore envoyé l'état de sa perte. Des officiers de Berchiny, qui étaient dans Fritzlar lorsqu'il y est entré, et qui ont vu tout ce qui s'est passé pendant la journée, assurent que leur perte consiste en quarante ou cinquante hommes ou chevaux, et que celle deLuckner devait avoir élé plus grande, puisqu'il avait le premier quitté le combat et gagné les hauteurs. Il est certain que ce détachement a mis l'alarme jusqu'à Cassel et que, s'il était arrivé un jour plus tôt à Fritzlar, il aurait causé un désordre très grand dans les équipages, qui, selon le rapport des officiers de Berchiny, qui les ont tous vus, depuis Cassel jusqu'à Fritzlar, n'avaient pas un seul homme d'escorte; cela obligera les ennemis à prendre plus garde à eux.
(( M. de Nortman a mis dans ce détachement beaucoup d'activité et de célérité, et a témoigné beaucoup de fermeté dans ce combat, ayant affaire à un corps bien plus considérable que lui, et renforcé par 2 régiments de cavalerie qui arrivaient ce même jour, venant d'Angleterre. C'est un officier excellent, et ce qui fait son éloge, c'est la considération, l'estime et l'amitié qu'ont pour lui tous les officiers à ses ordres. »
Malgré son mécontentement, M. de Saint-Germain prenait ses mesures pour exécuter les ordres du maréchal, et, malgré les grandes difficultés à assurer le pain jusqu'au 14, il part le 4, pour se rendre de Dortmund à Arnsberg.
M. de Broglie, regardant la marche de la réserve comme décisive pour le succès de la campagne, assura de son côté tous les moyens pour nourrir de nouvelles troupes avec les dépôts deMar-burg et de Giessen aussitôt qu'elles auraient joint l'armée. Il prit ses dispositions pour porter facilement un gros corps sur l'Edder, et prévint M. de Saint-Germain de se rendre, le 10, à Korbach, oii il arriverait lui-même avec toute l'armée. Le maréchal regardait
la position des armées près de Ziegenhain comme la plus favorable à l'exécution de son plan, d'autant que des ennemis s'y étaient retranchés dès le moment de leur occupation, et que dans la nuit du 3 au 4 ils avaient commencé des redoutes et des épauleraents sur la hauteur entre le Wasenberg et la Schwalm, qu'ils occupaient avec o B.
Les retranchements dont ils entouraient leur position laissaient croire au maréchal de Broglie qu'ils n'avaient aucun projet olTensif envers la nôtre; il jugeait que, si M. de Saint-Germain s'avançait sur Korbach, le prince Ferdinand ne se laisserait pas séparer de Gassel et ne se hasarderait pas à vouloir nous couper la communication avec Giessen, parce que dans ce cas il ne pourrait se porter qu'entre cette place et Marburg, et que pendant ce temps M. de Saijit-Germain pourrait se rendre maître de Gassel et de tous les établissements du Wéser.
M. de Saint-Germain, parti de Dortmund le 4, s'était porté le même jour sur deux colonnes à Menden sur la Roer, et se plaça face à Unna et Werl. 11 avait fait partir en même temps M. d'Âu-vet, avec 3 brigades d'infanterie, 1 B. de Redding, 1 régiment de dragons et le corps de Fischer, pour Hagen. Il devait éclairer tout le cours de la Roer depuis Arnsberg jusqu'à Dus-seldorf; il avait également fait marcher sur Meschedé et Freinohl les volontaires de Flandre stationnés à Schwerte, et un petit détachement de Fischer pour éclairer sa gauche, car le corps de Spor-cken le suivait toujours. M. de Saint-Germain ne dissimulait pas ses inquiétudes sur les mouvements que cet adversaire pouvait exécuter pour occuper quelques postes de la Roer et contrarier ses subsistances.
Le 5, la réserve de gauche s'avance sur Arnsberg et se forme sur la rive gauche de la Roer.
Le 6, elle se porte vers Meschedé et s'établit sur deux plateaux, la cavalerie en avant sur les débouchés de Brilon, l'infanterie derrière la ville. Les volontaires de Flandre se portèrent à Brilon, et la brigade de la Tour-du-Pin, qui était à Arnsberg, se rendit à Yelmède.
C'est de Meschedé que M. de Saint-Germain écrivait au maréchal de Broglie :
« Comme j'allais partir pour Brilon, j'ai reçu une lettre écrite d'Arnsberg, du 6, par laquelle on me mande qu'un corps ennemi
marchait sur cet endroit. A cette nouvelle, j'ai cru devoir relarder ma marche d'un jour, et peut-être de deux, pour mettre en sûreté les différents convois qui y passent, et qui auraient fait grand bruit dans les gazettes si les ennemis les avaient enlevés; d'ailleurs, c'est aujourd'hui jour de distribution, il est 6 heures du matin, et les caissons ne sont pas arrivés. Je fais retourner de Freinohl à Arnsberg la brigade de Touraine, qui y attendra l'arrivée de M. Dauvet (brigades d'Alsace, Jenner etLockman, 1 B. de Redding, régiment de Thianges, dragons, et le corps de Fischer), »
Celte détermination contrariait les plans du maréchal; aussi, en lui faisant connaître la nécessité d'arriver à Korbach le 9, ou au plus tard le 10, lui adressa-t-il sur-le-champ l'ordre formel de se mettre en mouvement, et de se faire précéder de 1 régiment de cavalerie légère pour annoncer son arrivée. M. de Saint-Germain mil immédiatement en marche, le lendemain 9, tout ce qu'il pouvait mouvoir, avec 2 brigades, et rejoignit le 10.
Par l'assurance de l'arrivée de M. de Saint-Germain à Korbach le 9, le maréchal se vit en état d'exécuter sa marche pour dérober à l'ennemi son passage de l'Edder. Les ordres ne furent donnés qu'à 2 heures du matin. Lui-même il mit les colonnes en route; mais, par suite de retards dans l'exécution, la queue ne quittait Neustadt qu'à 8 heures. Il était convenu que M. de Lusace partirait à minuit de son camp et formerait la droite de l'armée, pour couvrir et soutenir les corps détachés de MM. de Lillebonne, du Blaisel et le prince de Robecq, destinés à l'arrière-garde. Pour prévenir des difficultés possibles entre trois officiers du même grade, M, de Stainville eut le commandement, avec la recommandation de laisser des vedettes jusqu'à la pointe du jour, afin que l'ennemi ignorât le plus longtemps le départ, qu'il n'apprit que par les paysans. Malgré un temps affreux et une pluie continuelle, les troupes arrivèrent en bon ordre et d'assez bonne heure surFrankenberg pour y allumer des feux et se sécher. Le prince de Lusace, devant s'arrêter à Raus-chenberg et ayant ainsi trois lieues de moins, M. de Glaubitz partit à minuit avec Anhalt et Berchiny pour Amœneburg, afin de couvrir Marburg et les convois venant de Giessen, et d'éclairer la haute Ohm. M. de Clausen se porte à Radern en avant de Sachsen-berg avec MM. de Poyannes et de Rothe, gardant les défilés et débouchés dans la plaine de Korbach.
Le maréchal restait toujours sans nouvelles du prince Ferdinand. Le 9, il pousse M. de Glausen sur Sachsenhausen et Naumburg, M. de Robecq à Frankenau et "Wildungen, afin de ne pas laisser passer l'Edder à l'armée sans être certain de ses projets; cependant il s'approche de Frankenberg et de ses ponts. En apprenant, sur les 9 heures, par des émissaires, que l'armée ennemie se dirigeait sur l'Edder, il ordonna le passage en appelant M. de Lusace à Frankenberg et MM. de Rothe et de Poyannes à Imminghausen, où l'armée devait campçr. A ce moment, M. de Glausen annonçait qu'arrivé à la tour sur la hauteur de Korbach, il découvrait deux camps ennemis. Des ordres sont donnés d'occuper cette hauteur, où se rendit le maréchal, suivi des Carabiniers et de 1 brigade d'infanterie. M. de Saint-Germain arriva le même soir à l'abbaye de Brilon, et fit savoir son impossibilité d'arriver à Korbach; on lui répondit de nous rejoindre le lendemain à la pointe du jour. Le 10 au matin, M. de Glausen annonça des forces considérables sur les hauteurs. Le maréchal se rendit à la Justice de Korbach et vit par lui-même l'ennemi débouchant d'un bois. Une escarmouche entre nos hussards et leurs troupes légères fit découvrir une forte colonne d'infanterie. C'est alors que M. de Saint-Germain se présenta seul avec 2 brigades d'infanterie, sans sa cavalerie et son artillerie : elles ne pouvaient arriver de toute la journée. Néanmoins le maréchal profita de sa présence pour appuyer les volontaires de Flandre par les 2 brigades de la Tour-du-Pin et de la Couronne; celles de Royal-Suédois et de Castella arrivèrent peu après avec quelques pièces de canon. L'ennemi attaqua vigoureusement. Pendant que les quatrièmes brigades d'infanterie et de cavalerie, appuyées par celles de Navarre et du Roi, arrivaient, on vit se présenter par la gauche et la droite deux colonnes considérables. Alors le maréchal envoie l'ordre à toutes les troupes en marche de le rejoindre, et M. de Saint-Germain attaqua avec les 2 brigades de Royal-Suédois et de Castella ; elles prirent par la gauche, et M. de Glausen s'empara d'un mamelon où l'on fit avancer 24 pièces d'artillerie. Le feu devint très vif. La brigade de Navarre, ayant à sa tête M. de Saint-Victor, son lieutenant-colonel, s'empara d'une batterie ennemie. Les Allemands se retirèrent alors en désordre sur leur cavalerie, qui, rangée en bataille, empêcha notre infanterie de les suivre. Alors les troupes de gauche s'ébranlèrent pour fondre
sur Navarre; on porta à son secours les brigades d'Auvergne et d'Orléans avec ] ,000 chevaux, des troupes légères sous MM. de Chabo et de Viomenil, puis 10 E. aux ordres du prince Camille, ce qui détermina l'ennemi à se retirer. Nos hussards, soutenus par les dragons de Beaufremont, joignirent 1 régiment de dragons anglais et le tuèrent ou le prirent presque tout entier. L'armée allemande (30,000 hommes) était commandée par le prince héréditaire, en présence du prince Ferdinand, arrivé à 5 heures du matin.
Le maréchal de Broglie au maréchal de Belle-Isle.
« Korbach, le 11 juillet 1700.
« On ne peut trop louer le courage que toutes les troupes qui ont combattu ont montré, et encore plus, s'il est possible, l'ordre qu'elles ont observé, quoique combattant dans les bois. L'action a été des plus vives; elle a duré quatre heures dans toute sa force, et avait été précédée par de grosses escarmouches dans le bois et dans la plaine, et par un feu de canon presque continuel depuis 7 heures du matin jusqu'à 4 heures. Notre artillerie a été très bien servie et a fait beaucoup d'effet. Les troupes qui ont eu part à l'action du bois sont : la brigade de la Tour-du-Pin; celle de la Couronne, composée de la Couronne et d'Aumont; celle de Royal-Suédois, avec Royal-Deux-Ponts; celles du Roi et de Navarre, dont était la Marche-prince; celle de Castella, formée de Gastellas^ de Diesbach et d'Epptingen. Ce dernier, qui n'avait encore été à aucune action^ a fait des merveilles, ainsi que son colonel et les volontaires de Flandre. Tous ont marqué le plus grand courage; celle de Navarre a été la plus heureuse, puisque, avec une perte très peu considérable, elle s'est emparée de 7 pièces de canon et de 3 obusiers.
(( Les brigades d'Auvergne et d'Orléans, quoique n'ayant pas attaqué le bois, n'ont pas laissé que de souffrir assez considérablement du canon. Notre perte est très peu considérable pour le feu prodigieux qu'il y a eu; elle ne va pas, à ce que je crois, à plus de 6 à 700 hommes tués ou blessés. MM. d'Epptingen et de Waldner sont blessés. A l'égard de celle des ennemis, elle est plus grande; nous avons 5 ou 600 de leurs blessés, laissés sur le champ de bataille et que l'on a trouvés dans les villages voisins. Les ennemis ont couché au bivouac sur les hauteurs de Sachsenhausen, près de
l'endroit où s'est passée l'action, et ce matin ils y ont établi un camp ; plusieurs espions assurent cependant que l'armée entière y est. Celle du roi a campé hier au soir sur le terrain du combat.
« Il m'est impossible de faire marcher l'armée avant le 13, à cause du pain, et, même ce jour, la partie de la réserve de M. de Saint-Germain avec laquelle il est parti de Dortmund ne sera pas encore arrivée. Je désire bien ardemment que S. M. soit salisfaite du résultat de cette opération et de la promptitude avec laquelle nous avons exécuté une marche de quatorze lieues et passé l'Edder (1), dont il n'aurait pas été possible de tenter le passage si les ennemis avaient seulement eu un corps de 10,000 hommes pour s'y opposer. Il est assez surprenant que, l'intention duprince Ferdinand étant de nous le disputer, comme il est bien prouvé par le combat qu'il nous a livré hier, il se soit arrêté aussi longtemps à Ziegenhain et ait été aussi mal informé de nos desseins. »
Après l'affaire du 10, le maréchal reconnut les forces de l'ennemi : il trouva la gauche et son front protégés par des ravins et des escarpements qui les rendaient inattaquables; la droite lui parut également bien située pour la défense, cependant il jugea pouvoir diriger ses opérations de ce côté. M. de Saint-Germain fut envoyé, le li, à Gembeck et Wasbeck pour dépasser la droite des ennemis et leur faire craindre d'être prévenus sur la Diemel. Pour lier cette position avec celle de l'armée, on fit camper, le même jour, entre Mulhausen et Berndorf la brigade des Gardes et les grenadiers de France et Royaux. Les Carabiniers et la brigade de Royal-Suédois furent portés entre la gauche de l'armée et Berndorf, ce qui forma une ligne continue depuis la droite appuyée àVohIe, où campait la réserve de M. de Lusace, jusqu'à l'extrémité de la gauche de M. de Saint-Germain. M. de Sporcken, qui avait rejoint le prince Ferdinand, campait près de Landau, sur la Schwarze, et ce mouvement le détermina à lever son camp afin de se rendre à Wolkmarsen, sur la Twist; une partie de la gauche de la deuxième ligne ennemie marcha également, et alla s'établir en potence derrière la droite. Cette
(1) Eder, Edder ; prend naissance dans le Wcstenvald en Westphalie, sur la pente orientale de l'Ederkopf, et tombe au-dessus de Cassel, dans la gauche de la Fulda, bassin du Wéser ; avec la Fulda et la Werra, serpente dans son cours inférieur à travers la fertile campagne de la Hesse.
nouvelle position engagea le maréchal de Broglie à faire camper toute la réserve de gauche sur le plateau où M. de Saint-Germain avait déjà placé les 2 brigades, en mettant la gauche à l'escarpement près d'Arolsen et sa droite à la maison de chasse, afin de pousser au delà d'Arolsen, sur le chemin de Wolfhagen à Warburg et même sur celui de Cassel, les troupes légères de la gauche.
La réserve campa, le 17, dans sa nouvelle position; M. de Saint-Germain mit son quartier à Kanstein et plaça à Mengeringhausen ses troupes légères, qui lancèrent un détachement à Helse. M. de Ghabo s'étendit avec les siennes jusqu'à Cappel. La nouvelle position de la réserve de gauche avait occasionné dans le camp ennemi quelques changements; mais il se trouvait aussi inabordable qu'auparavant. Le seul point par lequel on aurait pu tenter une entreprise se trouvait au-dessus du village de Deringhausen^ point d'où partait d'abord leur droite, qui maintenant devenait leur centre, et, pour s'en rapprocher, le maréchal fit attaquer, le 16, par M. de Vair, un détachement qui occupait un bois à une demi-lieue de Deringhausen. Les ennemis furent chassés, et quelques troupes de cavalerie, qui se présentèrent pour les soutenir, culbutées. On établit immédiatement deux redoutes à la pointe du bois. Malgré ce petit avantage, on dut considérer que l'attaque du camp ennemi se trouvait réduite à un seul point, présentant tout au plus un front de 8 à 10 B., ce qui rendait l'attaque de vive force impossible : il fallait tourner la position. Le maréchal paraissait certain de pouvoir les prévenir sur la Diemel ; mais cette opération exigeait la séparation de Marburg et de Rorbach, d'où on tirait le pain, et on n'avait pas encore réuni les moyens pour s'en procurer du côté de cette rivière. Il fallait donc rester à Rorbach jusqu'au moment oh on aurait formé à Brilon un grand établissement de vivres; des convois y arrivaient par Siegen et Berleburg (com.munication fort assurée par la prise de Dillenburg, qui s'était rendu, le 15, après un incendie considérable causé par les bombes). Les munitionnaires demandaientvingt-septjours avant d'être en état de commencer les premières distributions derrière la Diemel. Pour ne point rester inactif pendant ce temps, le maréchal prépara le siège de Ziegenhain, qu'il voulait occuper, afin de ne pas laisser à l'ennemi une vedette sur Marburg et un point d'appui aux partis
qui auraient pu inquiéter notre communication avec Francfort. Il résolut en outre de balayer toutes les troupes légères entre l'Edder et la Schwalm, et y envoya M. de Stainville le 17 juillet.
Un malheureux événement, arrivé, le 16, au détachement de M. deGlaubitz, qui fut presque entièrement pris par le prince héréditaire, empêcha M. de Stainville d'accomplir sa mission et de se porter sur Marburg.
«J'attendais, écrivit M. deGIaubitz, lepain, qui n'arriva qu'àmidi, lorsqu'un poste d'infanterie, à la gauche du camp, placé dans un bois, fut culbuté et mon camp attaqué. Royal-Bavière, dont il ne restait que 2 B., le troisième étant h Marburg, se trouvait à la distribution; quand il entendit les coups de fusil, il jeta son pain, courut aux armes et soutint longtemps la mousqueterie. Anhalt se concentra dans Ermsdorf, appuyé par Berchiny, qui se replia bientôt. Les 2 pièces du régiment d'Anhalt ayant été prises, il me fallait tâcher d'arriver à Langenstein avec l'espérance de parvenir jusqu'à Marburg. Je commençais à gagner du terrain, lorsque les Anglais vinrent se ruer sur moi de droite et de gauche, malgré les pertes qu'ils avaient éprouvées par la vivacité de notre feu; le soldat était rendu, exténué de fatigue, manquant de viande depuis trois jours, presque sans pain ni poudre ; il était près de 6 heures du soir; nous avions encore plus de deux heures de marche à faire par une grande chaleur. Le prince héréditaire m'ayant proposé de capituler, j'acceptai en me rendant prisonnier. Le prince d'Anhalt, MM. de Courvoisier, Falkenheim et tous les officiers, se sont comportés avec grande valeur, ainsi que la troupe. M. d'Helffenberg, colonel de Bavière, et sept officiers sont tués. M. Stockart, lieutenant-colonel de Bavière, d'Ancillon, major, et beaucoup d'officiers sont blessés; ilya déplus 400 soldats blessés, elenviron 350 tués. »
De son côté, M. de Berchiny écrivait de Marburg, le 19 juillet, au ministre de la guerre :
« Je vous envoie ci-joint un petit détail de l'affaire de M. de Glaubitz, par ce que j'ai vu moi-même. Mon régiment a été écrasé par les charges considérables que j'ai été obligé de faire pour soutenir l'infanterie autant qu'il m'a été possible; de 900, il ne me reste plus que 262 hommes en état de servir. Si vous n'avez des bontés, nous sommes ruinés; nous avons eu le malheur de perdre nos équipages à Zeilbach. Nos officiers s'étaient saignés pour en
refaire de nouveaux; nous avons tout reperdu dans notre dernière affaire; il ne nous reste ni chemise, ni marmite, ni d'autre cheval que celui que chacun montait : voilà au vrai la situation du régiment et des officiers ; il a aussi, deux fois de suite, perdu sa caisse militaire. A peine nos chasseurs ont-ils été arrivés, qu'ils sont écrasés. Je ne saurais trop vous dire de bien de M. de Sombreuil; il est étonnant pour une troupe nouvelle qu'elle se soit défendue aussi vaillamment; il ne me reste presque plus d'officiers. Il y en a quinze prisonniers et mes deux lieutenants-colonels. De grâce, ayez des bontés pour nous (1). »
Le 17, en apprenant le résultat de cette affaire, le maréchal eut d'autant plus d'inquiétude pour Marburg, que 1 B., destiné à y entrer, n'étaitpas encore arrivé, et que le princehéréditaire, que l'on assurait avoir marché, le 16 au soir, sur Kirchhayn, pouvait facilement tomber sur ie parc des vivres ; mais il fut bientôt tranquillisé par les nouvelles de M. de Stainville, qui, de son côté, remportait un avantage entre Franckenau et Wildungen.
M. de Brogiie (2) n'était cependant pas complètement rassuré
(1) D. G., 3557, 63.
(2) Brogiie (Victor-Maurice, comte de), le premier maréclial de France créé par Louis XV, le 2 février 1724 ; mort le 4 août 1727.
Brogiie (François-Marie de), 3« fils de Victor-Maurice, né le 11 juin 1671 ; sert en Allemagne sous les maréchaux d'Humières, de Boufflers, de Villars ; maréchal de France le 14 juin 1734; désigné, le 2 décembre 1741, pour commander l'armée de Bohême sous l'électeur palatin; créé duc en 1742; à la tête de l'armée française en Bavière, en 1743; mort le 22 mai 1745.
Brogiie (Victor-François de), né le 19 octobre 1718 ; fils de François-Marie; 13 octobre 1734, colonel de Luxembourg (mfanterie); 26 avril 1742, brigadier; l^'mai 1745, maréchal de camp; à l'armée de Flandre en 1746 et 1747; 10 mai 1748, lieutenant général; fait toute la guerre de Sept ans; maréchal de France le 16 décembre 1759; en juillet 1789, a le commandement des troupes autour de Versailles; 1792, à la tête de l'armée des princes; 1794, lève un régiment à la solde de l'Angleterre ; mort à Munster (Westphalie), le 30 mars 1804 ; habile tacticien ; trop disposé à agir isolément ; on est en droit d'imputer à son indépendance jalouse les défaites de Minden et Willingshausen.
Brogiie (Charles-François, comte de), frère du maréchal Victor-François, et fils du maréchal François-Marie ; né le 20 août 17l9; mestre de camp en 1741; brigadier en 1747; colonel des grenadiers de France; ambassadeur ; lieutenant général le 18 mai 1760; soldat, diplomate, chef de la correspondance secrète, exilé àRuf-fec ; rappelé par le nouveau règne ; mort à Saint-Jean d'Angély, le 6 août 1781. « Ce
sur Marburg, car on disait le prince héréditaire y dirigeant sa marche, et il manda alors sur-le-champ à M. de Stainville de s'y porter avec la plus grande célérité. M. de Lusace eut ordre de le suivre et de se porter par Aset et Bringhausen sur Franckenau, Gemunden et Kirchhayn. M. de Stainville marcha droit sur Marburg, arriva dans l'après-midi du 17 à Wolmar, d'où il demanda 2 nouveaux B. et des troupes légères pour Frankenberg, et, à 6 heures du soir, il touchait Welter avec sa cavalerie; son infanterie n'y arriva que le soir. Il se rendit de sa personne à Marburg; et comme tout y était tranquille, que le B. attendu y était arrivé, ainsi que les débris de Berchiny, et qu'il sut le corps de Luckner seul à Kirchhayn, il en informa M. de Lusace afin de donner du repos à ses troupes.
M. de Lusace partit de Vohle le 17, avec la réserve, par la route de Bringhausen, et, après la marche la plus pénible à travers des défllés et des montagnes où il eut à franchir quatre fois l'Edder à gué, arriva le 18, à 7 heures du matin, à Franckenau. Il en repartit le soir pour Gemunden en passant par Lohlbach, résolu à se porter diligemment jusque sur Wildungen, où on affirmait les ennemis encore en position.
Le 18, le maréchal se rendit au camp des grenadiers de France et des brigades de Royal-Suédois et Castella, établi la veille sur les hauteurs de Nieder et Ober Marsberg, où il ordonna la construction de quelques redoutes, et qu'il renforça de Royal-cavalerie; puis il se porta à la réserve de gauche, campée derrière Mengeringhausen, en continuant des reconnaissances jusqu'à Arolsen.
Le 19, M. de Lusace marcha surRosenthal, où il reçut de nouveaux ordres pour agir de concert avec M. de Stainville et exécuter le projet de nettoyer le pays entre la Schwalm et l'Edder, projet contrarié par le malheur arrivé à M. deGlaubitz. Cette diversion avait encore pour but d'attirer l'attention de ce coté et de diviser ainsi les forces ennemies. En conséquence de ces instructions, M. de Lusace marcha sur Wildungen, et M. de Stainville s'y rendit de son côté.
Par suite du fâcheux désaccord survenu entre le maréchal et M. de Saint-Germain, ce dernier quitta l'armée le 20 juillet, et fut
n'est point un génie, mais il a de la vivacité et parfois de l'agrément. » (M™e du Deffand.)
remplacé dans son commandement par M. le chevalier de Muy (1). Cette réserve occupait le camp de Kanstein lorsque M. de Broglie fit ses dispositions pour déloger le prince Ferdinand de sa position.
Le 21, la réserve de la droite est portée à Olderhausen, y séjourne le 22, avec ordre de se réunir, le 23, au corps de M. de Stainville et de pousser de concert ce qu'ils rencontreraient d'ennemis sur la rive de l'Edder. Ils forcèrent Luckner à repasser l'Edder avec confusion, et mirent le prince Xavier en état d'occuper le lendemain Fritzlar par un détachement sous M. de Caraman.
« Je suis arrivé ici, écrivait de Wildungen M. de Lusace, depuis une heure. Les troupes de M. de Luckner n'ont été averties de mon arrivée que quand leurs postes ont été repliés. A près quelques coups de canon de la hauteur de Standsdorff, et après avoir laissé quelques chasseurs dans Wildungen, ils se sont promptementretirés sur la hauteur d'Auraff, l'Edder derrière eux. La colonne menée par M. de Grandmaison a débouché on ne peut plus à propos, en même temps que l'avant-garde des dragons se formait à la gauche de "Wildungen et que ma réserve de grenadiers débouchait sur la droite.
(1) Aîi roi.
« 20 juillet.
« Jaltendis jusqu'à hier 19, à 8 heures du soir, espérant que quatre jours de réflexion le feraient rentrer en lui-même, et, n'ayant point entendu parler de lui, je me déterminai à me conformer à la lettre de M. le maréchal de Belle-Isle; je prévins M. Gayot. Jamais démarche, Sire, ne m'a tant coûté, et, si le service de V. M. n'y avait été aussi intéressé, je ne m'y serais jamais déterminé. C'est le même motif qui m'a engagé à retirer M. de Voyer et M. de Luc de la réserve en donnant le commandement à M. de Muy. Voulant y rétablir l'esprit de subordination et d'ordre, il était nécessaire de les en ôter pour prévenir les difficultés qu'ils auraient fait éprouver à M. de Muy. V. M. sait la conduite que M. de Voyer a tenue vis-à-vis de moi à la (in de la dernière campagne, et elle sentira aisément que, s'il a été capable, ayant des torts aussi réels.'de tenir tête avec autant d'audace à un maréchal de France commandant l'armée, il en agira encore bien plus irrégulièrement avec M. le chevalier de Mny. J'ai d'ailleurs d'autres raisons essentielles, qui ne sont pas ignorées de V. M., de le tenir au gros de l'armée et de ne pas le laisser entrer le premier dans aucun pays.
« Pour ce qui est de M. du Luc, personne n'ignore qu'il a beaucoup d'esprit et l'usage qu'il en fait; étant près de moi, Usera moins dangereux, et je le contiendrai ou l'enverrai en second dans une place, sur les derrières, où il ne pourra faire du mal. »
Toute la correspondance concernant cette affaire est très curieuse dans ses détails.
L'ennemi a pris sur-le-champ le parti de passer l'Edder dans la plus grande confusion. Un peu plus de vivacité de la part des dragons, et M. de Glaubitz pouvait être vengé; mais une halte faite mal à propos a donné le temps à l'ennemi de se former sur la hauteur de Bergheim...
« Voilà, Monsieur le maréchal, à quoi se borne le succès de l'expédition qui devait mettre entre vos mains 2 à 3,000 ennemis. D'un autre côté, M. de Stainville s'est égaré avec la colonne de droite et ce n'estque dans l'instant même où je reçois de ses^nouvelles, parlés-quelles j'apprends qu'après avoir marché depuis 10 heures du soir jusqu'à présent, il est enfin arrivé par des chemins les plus affreux à Braunau. Il ajoute encore qu'il compte envoyer tout de suite un détachement de dragons et d'infanterie à Kerstenhausen. Pour ce qui est de sa colonne, il ne croit pas qu'elle soit en état de passer Wildungen aujourd'hui. »
Le maréchal s'était rendu la veille à Wasbeck, pour prendre le commandement des brigades de Belsunce, Diesbach, d'Orléans, des dragons Beaufremont et d'Apschon, des volontaires de Flandre et de Vair, destinés à déboucher par "Wetterburg sur le flanc gauche du camp de Wolkmarsen, M. de Glausen avec la brigade Royal-Suédois agissant en raison des circonstances.
Toute l'armée en bataille débouche à la pointe du jour; elle se porte en avant, s'empare de Wetterburg, pendant que M. de Glausen arrive à hauteur de Landau et que, à la réserve de gauche, M. de Muy, est maître de Wolkmarsen. Le maréchal passe la journée sur les hauteurs d'Arolsen; vers le soir, il charge MM. de Rochambeau et de Boisclaireau de prononcer un mouvement qui, à 4 heures du matin, force le prince Ferdinand à se retirer sur Wolfhagen.
Le 25, à la pointe du jour, le corps de M. de Broglie se mit à sa poursuite, pendant que M. de Chabo s'avance sur les hauteurs en avant d'Ehringen en passant l'Ërpe, et que M. de Muy occupe les hauteurs de Ludersheim. M. de Bulow^ était vivement poursuivi par M. de Vair, dont les volontaires faiblirent néanmoins bientôt devant la résistance de l'ennemi. Alors MM. de Jaucourt, Nicolay, Guin-trant et Saint-Victor, à la tête de leurs régiments, chargeant vigoureusement les E. hessois et hanovriens, les dégagèrent, mais ils laissèrent parmi les morts M. de Vair. Le maréchal arriva vers les 10 heures sur les hauteurs de Sachsenhausen avec l'avant-garde
du prince de Condé, et établit l'armée sur les hauteurs de Freien-hagen, le corps du comte de Broglie derrière Wiesebeck, M. de Muy à Landau.
Le 26, le maréchal chassa les ennemis de la plaine de Wolfhagen, et M. de Muy, qui arriva à peu près, au moment où nous restions maîtres du champ de bataille, campa sur deux lignes, la droite au village d'Islhe, la gauche en écharpe sur des hauteurs à une lieue en avant de Wolfhagen; le comte de Broglie se plaça en avant du village de Wenigenhasungen.
Le 27 à midi, M. de Muy eut ordre de porter sa gauche à Alten-hasungen et sa droite àZierenberg; mais, au moment de se mettre en marche, la réserve reçut un changement de destination et fut établie à Wolkmarsen. A peine y était-elle établie, qu'un nouvel ordre la fit porter à Essentho, au delà de Stadtberg. La réserve marcha sur Warburg, et la tête des deux colonnes qu'elle formait y arriva à la nuit. La route suivie par celle de gauche était la seule praticable à l'artillerie. Les troupes étant extrêmement fatiguées, M, de Muy s'était déterminé à les faire reposer à Scherfede, au débouché du défilé de Kleinenberg, et à n'arriver que le lendemain de très bonne heure à Warburg; mais M. de la Morlière, qui occupa cette place avec 2 brigades, ayant eu des avis certains que les ennemis marchaient en force sur lui, en informa sur-le-champ M. de Muy, qui, vu les circonstances, continua sa marche et établit son camp, la droite à la Diemel, derrière Warburg, la gauche sur des hauteurs, en avant du village d'Ossendorf.
Le 29, le maréchal reconnaît les routes pour rapprocher l'armée du roi de celle des ennemis et les attaquer ensuite.
Le 30, l'armée campe, la droite à hauteur du village d'Ehlen, qu'elle laissa devant elle, sa gauche tirant vers Kaplenberg, Zieren-berg restant en avant de son centre. Tous les B. de grenadiers, la Gendarmerie, la brigade des gardes, 3 brigades d'infanterie, et le corps de M. le prince de Robecq en tête, sont portés en avant du village de Dornberg, sous le prince de Condé, qui s'approcha avec les grenadiers et le corps du prince de Robecq du village de Wei-mar, occupé par l'ennemi, et le replia après lui avoir envoyé quelques volées de canon. Le camp fut levé. Une colonne de nos grena diers, précédée du corps de M. de Chabo et suivie des Carabiniers, ayant débouché de l'autre côté de la montagne de Dornberg, une
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partie de l'armée ennemie descendit, et nous vîmes un corps assez considérable marchant sur Cassel. Le matin, M. de Lusace avait attaqué la Cascade, en avait replié 2 B. qui la gardaient, et s'était emparé du poste de Weinenstein, au bas de la montagne, vis-à-vis du camp retranché.
Le 30, M. de Muy mandait à M. le maréchal qu'il venait de reconnaître un corps ennemi, qu'il jugeait être de 15,000 hommes, campé sur la rive gauche de la Diemel, sa gauche àLiebenau, sa droite à Corbecke. D'après les dispositions des ennemis dans la journée du 30^ M. le maréchal jugea qu'il décamperaient dans la nuit, mais impossible de décider si leur direction serait sur la Diemel ou sur la Fulda. Pour être instruit plus sûrement de leur départ et du parti qu'ils auraient pris, M. le maréchal fit occuper à l'entrée de la nuit, par des B. de grenadiers et de chasseurs, les villages de Weimar et de Furslenwald, qui touchaient à leur ligne.
Le 31, à la pointe du jour, un brouillard très épais empêcha nos troupes légères de s'approcher de l'ennemi.
Vers 10 heures, M. le maréchal apprit, au village de Calden, par les volontaires de Saint-Victor, que l'ennemi se retirait sur la Diemel. Il avança M. de Guerchy avec 3 brigades d'infanterie et du canon sur Warburg, pour renforcer M. de Muy. 11 ordonna également à M. de Saint-Pern de s'y rendre avec les grenadiers de France et Royaux et 8 pièces du parc. Il poursuivit lui-même l'ennemi avec le corps du prince de Robecq; mais ne pouvant le rejoindre, il marcha au gué de Wolfhagen, un peu au-dessous de Cassel, et ordonna au prince de Condé de prendre la même route; malgré toute sa diligence, il ne put arriver à temps : les ennemis avaient déjà monté le plateau de Sandershausen et étaient en pleine marche sur Munden. jNI. de Lusace s'était porté dès le matin dans le camp retranché de Cassel; vers les 11 heures, quand le brouillard fut tombé, il attaqua les redoutes et les nouveaux retranchements dont les ennemis avaient environné la ville. Les Saxons et la brigade de la Marck, animés par l'exemple de ce prince, y marchèrent avec le plus grand courage, et, malgré un feu très vif de canon, chassèrent le corps entier du général Kilmansegg, qui les défendait, et que harcelèrent vivement les volontaires de Hainaut et d'Austrasie, et les dragons, qui avaient passé la Fulda au-dessus et au-dessous de la ville.
M. le maréchal entra dans Cassel, vers les sept heures du soir, et y reçut une lettre de M. le chevalier de Muy, écrite vers 10 heures du matin, par laquelle il lui marquait qu'il voyait déboucher sur lui un corps de 40,000 hommes et qu'il allait être attaqué sans doute.
Voici ce qui s'était passé à Warburg.
Le 31 juillet, la réserve de la gauche campait, la droite à Warburg, la gauche aux hauteurs qui sont vis-à-vis des villages de Menne et d'Ossendorf. M. de Muy, d'après différents avis du maréchal sur la marche de l'ennemi, détacha le 31 juillet, à la pointe du jour, M. de Castries; celui-ci ne put reconnaître sa marche sur le camp de Warburg que lorsque le brouillard fut dissipé, c'est-à-dire vers 9 heures 1;2 du matin. Les troupes de la réserve sont bientôt disposées, et les gros équipages déjà mis en marche par précaution pour repasser la Diemel. Gomme deux des colonnes ennemies paraissaient se diriger sur notre flanc gauche, M. de Muy plaça sur les hauteurs de Menne les 4 brigades d'infanterie de Bourbonnais, la Couronne, Jenner et Planta, aux ordres de M. de Ségur, lieutenant générai, et de MM. Damezaga et de Travers, maréchaux de camp. Les brigades de la Tour-du-Pin et de Touraine, ayant à leur tête MM. de Maupeou et de Roquepine, furent placées à la droite, en deçà de Warburg. MM. de Lutzelburg (1) et Dauvet, de Lugeac, Soupire et de Maugiron, occupèrent le centre avec de la cavalerie, vis-à-vis d'une plaine fort étendue. Les dragons, aux ordres de M. le duc de Fronsac, prirent place entre la droite de l'infanterie et la gauche de la cavalerie; l'artillerie se rangea sur le front de la ligne; le corps de Fischer tenait la ville et la tour de Warburg. La colonne de droite de l'infanterie ennemie ayant tourné les hauteurs derrière notre gauche par le village d'Ossendorf, M. de Muy porta les brigades d'infanterie de Bourbonnais, de la Couronne et de Jenner à la tour qui est sur ces hauteurs; il fit avancer en même temps la brigade de Rouergue pour les soutenir, et y joignit celle de Touraine. La tête de la première colonne de l'ennemi nous prévint sur la sommité derrière notre
(1) Lulzelburg (de), et Maugiron (Louis-François de). Mousquetaire, 23 juin 1738 ; niestre de camp, 28 septembre 17 iO, d'un régiment de cavalerie de sou nom, incorporé dans Chartres en 1761 ; maréclial de camp, 1<^'" mai 1758; lieutenant général, 25 juillet 1762, Tous deux gens d'esprit, mais ambitieux et avides de grades; commandant la droite de la cavalerie à Warburg. (D. G.)
gauche, et leur seconde colonne s'avança parallèlement et à même hauteur dans le fond. M. de Muy forma nos brigades de gauche sur deux lignes, et le combat commença. Les brigades de Bourbonnais, de la Couronne et de Rouergue chargèrent cinq fois, malgré la supériorité du feu des ennemis, avec le plus grand courage, et leur firent perdre plusieurs fois du terrain ; elles étaient vivement secondées par la brigade Jenner, que M. Damezaga commandait. Cependant on vit se déployer dans la plaine la cavalerie ennemie, dont une partie se portait sur le flanc de notre infanterie. M. de Muy fit avancer alors les brigades de cavalerie de Royal-Piémont et de Bourbon pour la protéger (1), Le combat se soutenait toujours à gauche, depuis plus de quatre heures, avec un avantage égal de part et d'autre; maison s'aperçut que l'ennemi faisait iiler des troupes vers nos ponts de la Diemel : le danger devenait pressant; M. de Muy y fit marcher M. de Roquepine, maréchal de camp, avec la brigade de Touraine; il manda en même temps à M. de Maupeou de s'y porter également avec la brigade de la Tour-du-Pin, donna ordre à la cavalerie et aux dragons de repasser la rivière, et fit retirer en même temps l'infanterie de la gauche. La brigade Planta couvrit leur retraite avec un courage et un ordre admirables.
M. de Lugeac, à la tête de la brigade de Bourbon, marcha sur la cavalerie anglaise, au moment où elle se précipitait sur notre infanterie, et la mit en désordre. Celte charge si vigoureuse et si opportune assura le passage delà rivière dans le meilleur ordre.Les dragons de M. le duc de Fronsac restèrent au débouché. Toutes nos troupes se mirent en bataille (2) sur les hauteurs adossées aux bois qui sont à la rive droite de la Diemel, oh on établit des pièces qui continrent l'ennemi. La réserve, au bout de 2 heures, se remit en
(1) Seniuier (Mathieu-Philibert), né à Laon, le 8 septembre 1742; lieutenant; eut la mâchoire brisée à "Warburg ; maréchal de France le 14 juin 1804; mort le 21 décembre 1819.
(2) L'ordre de bataille comprenait sept parties distinctes : les deux ailes et le centre de la première ligne, les deux ailes et le centre de la deuxième, et la réserve. Lorsque les officiers généraux les plus anciens se trouvaient placés à la tète de leurs troupes, le commandant en chef distribuait les autres un peu partout sur le front des lignes, et alors souvent il en résultait une difficulté très grande de les employer tous.
marche sur Wolkmarsen, où elle campa sans que l'ennemi osât la suivre ni l'inquiéter. Cette retraite vis-à-vis d'un ennemi aussi supérieur prouve la vigueur de toutes les troupes qui combattirent ce jour-là; on ne leur prit ni drapeaux ni étendards.
M. de Muy, ayant repassé la Diemel sous la protection des batteries établies sur la rive droite de cette rivière, sans avoir été suivi, campe le même jour (31 juillet) à Wolkmarsen; mais la plus grande partie des équipages, n'ayant pas tenu la route prescrite, se dispersa dans les villages et les bois. Par suite de l'avis que l'ennemi poussait des troupes sur Arolsen, et craignant pour Korbach, le maréchal part, le 1" août, de Zierenberg avec son armée, sur cinq colonnes, pour s'établir sur une seule ligne à Ober-Wettesingen, sa droite aux hauteurs d'Ersen, sa gauche aux bois de Welda. Ce mouvement força le corps de milord Gramby à quitter les hauteurs de Wilda, quoiqu'il fût au delà de la rivière d'Erpe. La légion britannique tint toujours le bois en deçà de la Diemel, vers la gauche de notre armée. M. de Broglie, croyant ce bois fortement occupé, y porte, le lendemain 2, les grenadiers et chasseurs, les Carabiniers , les 5brigades de cavalerie de l'aile gauche, les 12 pièces de canon, les hussards de Turpin, les volontaires de Dauphiné et de Clermont, sous les ordres de M. le prince de Condé, Il ordonne à M. de Saint-Pern de longer la rivière d'Erpe à la gauche de ce prince, et il tient à la tête du camp, avec M. de Guerchy, 3 brigades prêtes à soutenir l'attaque du bois. La légion britannique ayant abandonné le bois sans résistance, il y place, à la pointe, les B. de grenadiers et chasseurs; le lendemain 3, Navarre et Auvergne sont placés à la droite et à la gauche de la cavalerie de l'armée. Il envoie M. de Chabo, avec son corps renforcé de cavalerie, prendre poste à Rhoden, afin de faire repasser la Diemel à toutes les troupes légères encore à la droite de cette rivière ; il tient les volontaires de Flandre sur les hauteurs de Wilda, et il mande, le 2, à M. de Muy de détacher de sa réserve M. de Castries vers Korbach, afin d'escorter jusqu'à Freinhagen le convoi de pain qui arrivait et de l'envoyer ensuite à Stadtberg pour en masquer les défilés, dont M. le prince héréditaire s'était approché le 1" août, pour couvrir Korbach. Apprenant, le 3 au soir, que les ennemis sont dans Stadtberg, il fait partir, le 4, de son camp, Vaubécourt et Alsace pour joindre M. de Castries; il s'y porte lui-même. Il mande alors à M. de Cas-
tries devenir sur les hauteurs à la droite de Stadtberg, et envoie ordre à M. de Muy, dont il avait dirigé le même jour la réserve sur Korbach pour la joindre à M. de Castries, de changer sa route et de se porter aussi à Stadtberg pour masquer le débouché et s'en emparer. Le premier arriva le A, à 11 heures du matin, à l'issue des bois d'Helminghausen avec Alsace et Vaubécourt, et y campa. M. de Muy n'y arriva que le lendemain 5, à 6 heures du matin. Il réunit à sa réserve le corps de M. de Castries et les 2 brigades de M. de Wurmser. Pendant ce temps, le maréchal, qui en se portant à Gassel avait laissé une partie de ses troupes sur les hauteurs d'Ehrstenetde Zierenberg, met toutes ses forces en marche, et, le même jour, il est entre Essen et Breuna, son quartier général à Ober-Elsungen.
Il se produisait cependant quelques mouvements du côté du Rhin.
Le 14 août, la réserve, partie de Neuss à la pointe du jour et établie à Meurs, eut ordre de se remettre en marche, le lendemain 15, de bonne heure, pour se porter sur le débouché de Gloster-Gamp; elle ne put arriver que très tard et campa en deçà du canal de Rheinberg à Gueldre. Le corps de Fischer fut envoyé dans l'abbaye pour couvrir son débouché, et la brigade de Bouillon resta du côté de Rheinberg.
Ge même jour 15, le prince héréditaire parut devant Rheinberg et se déploya dans la plaine, de manière à masquer son mouvement par derrière. Gomme la ligne des ennemis approchait trop de la ville, M. de Ghabo la fît reculer sous le feu de son artillerie; le reste de la journée se passa en fusillades, La réserve, arrivée en deçà du canal, fut arrêtée à la gauche du camp de Meurs, de l'autre côté duquel était un marais; la droite se prolongea parallèlement au canal, appuyée à des bois, l'infanterie en première ligne, la cavalerie en seconde, et la Gendarmerie en potence dans une plaine, en arrière de la gauche. Dans celte position, la réserve avait devant elle les débouchés dont elle devait se servir le lendemain pour passer le canal. M. de Syonville, lieutenant-colonel de Bouillon, en eut la direction et fut chargé de conduire avec lui M. de Boisclaireau, destiné à commander dans Weselsous M. de Castella.
Le prince héréditaire, voulant combattre, prit son parti de ne point attendre l'attaque qu'il supposait avec raison que nous devions faire. Il se détermine à faire passer le Rhin au reste de son armée et à marcher pour nous surprendre : en conséquence, il masque
Rheinberg et arrive sur le canal. 11 se jelle brusquement et avec des forces supérieures sur le corps de Fischer. Ce fut à deux heures du matin que cette attaque commença; ce feu forç.i la réserve de se mettre en bataille, mais l'obscurité avait empoché de prendre d'autres précautions que de porter à la têle des débouchés de la gauche les grenadiers et chasseurs de la brigade d'Auvergne, ce dont on était convenu dès la veille, pour soutenir le corps de Fischer. M. de Rochambeau s'acquilta de celle disposition avec célérité et intelligence. Sur le rapport de M. de Rochambeau à M. de Castries, il fut ordonné à la brigade d'Auvergne (M. de Besenval) d'appuyer les grenadiers. M. de Wurmser, à la tête d'Alsace, est placé dans des haies et des maisons à la droite d'Auvergne, et où les feux se dirigeaient; ces 2 brigades soutinrent avec fermeté des attaques réitérées. Les ennemis une fois arrêtés dans leur élan, on s'occupa de les obliger à se retirer, et c'est alors que la brigade de la Tour-du-Pin se porta en colonne par la droite vers Kloster-Camp, d'où on pouvait prendre à revers la colonne ennemie. Le canon de cette brigade commença son effet sur le flanc gauche de l'ennemi; M. de Lugeac fit placer en avant de la Gendarmerie 2 pièces servies par M. Thiboutot. L'attaque des ennemis étant bien décidée à la pointe du jour, M. de Roquepine, resté avec 8 B. dans l'intervalle de Rheinberg à la droite, reçut l'ordre d'arriver, et M. le comte de Chabo celui de ne laisser qu'une partie de Fischer dans la ville et de venir avec le reste deson corps. Les efforts des ennemis pour emporter les bois et les maisons de Camper-Bruch, défendus par les brigades d'Alsace et d'Auvergne, nous firent perdre beaucoup de monde, ce qui obligea encore à porter dans cette partie la brigade de Normandie (M. Dauvet), composée de ce régiment et de celui de Briqueville. Jusqu'à ce moment-lù, cette brigade restait en bataille pour soutenir Auvergne et Alsace, lorsque, le feu devenant si violent, elle entra dans les haies afin d'arrêter entièrement la tête de la colonne ennemie. Comme l'action durait depuis trois heures et ne se décidait pas, M. de Castries se mit lui-même à la tête de la brigade de la Tour-du-Pin pour pousser à la baïonnette la colonne qui combattait Auvergne, Alsace et Normandie. La marche seule du 2" B. de cette brigade décida la retraite de l'ennemi, qui fut suivi avec trop d'ardeur par notre infanterie, laquelle s'engagea dans la bruyère et
Camper-Brncli, malgré tout ce qu'on put faire pour la contenir; des escadrons anglais fondirent dessus et forcèrent bientôt ceux des nôtres qui étaient dans la bruyère à regagner précipitamment les haies, dont ils n'auraient pas dû sortir. Alors M. Dauvet avance le l^"" B. de Briqueville, qui par sou feu arrêta cette cavalerie; 2 E. de Boyal-Piémont et 1 de Balincourt, que conduisait M. de Thiard (1), finirent par rejeter dans la bruyère celte tête de cavalerie. Après celte charge, les ennemis se retirèrent dans leur camp retranché de Buderich, laissant beaucoup de prisonniers et un étendard. Pendant que la gauche combattait, une colonne ennemie, qui voulait tourner la droite, tira quelques coups de canon sur la brigade de Royal-Étranger, que commandait M. de Gursay; mais il la contint jusqu'à l'arrivée de la brigade de la Couronne. Pendant l'affaire, les ennemis voulurent attaquer Rheinberg ; M. de Chabo, qui y commandait avec l'avant-garde, et qui avait porté une partie de ses troupes sur sa gauche, reprit tout de suite par sa droite. Ses dispositions dans le cours de la journée furent toujours à propos. L'armée passa le même jour le canal et se forma, la droite à Rheinberg, où le quartier général fut établi; M. de Chabo marcha avec son avant-garde à Ossenberg.
Le 17, à la pointe du jour, on reconnaît l'ennemi. M. de Champagne, colonel de Rouergue, se porte le long de la digue du Rhin avec les grenadiers et les chasseurs de la brigade ; il pousse jusqu'à une lieue de Buderich, où commença une fusillade qui dura toute la journée; M. de Roquepine, soutenant M. de Champagne avec la brigade liégeoise, y est blessé. Les débouchés de la plaine qui s'étend depuis la plaine de Borth jusqu'à Buderich sont reconnus; ensuite, à l'entrée de la plaine, toute l'avant-garde de M. de Chabo est liée avec M. de Roquepine, qui occupait la digue du Rhin. Il y eut dans la plaine de Borth, et dans les bois qui se trouvent à la droite et à la gauche de celle plaine, une vive escarmouche et beaucoup de monde tué de part et d'autre. L'armée campa dans la plaine derrière le village de Borth, avec le quartier général.
(1) Thiard de Bissy (comle de), né le 14 octobre 1721 ; entre, avec son frère Claude, en 1737, dans le régiment du Roi; lieutenant-colonel de cavalerie, 11 avril 1743; maréchal de camp, 19 avril 1760; lieutenant général, 25 juillet 1762 ; meurt sous la hache révolutionnaire, le 27 juillet 179i, le jour même de la chute de Robespierre.
Le 18, M. de Castries, qui comptait attaquer les ennemis dans leur camp retranché, monta à cheval avant le jour, et se disposait à se porter en avant, lorsqu'il apprit leur départ à minuit et qu'ils avaient repassé le Rhin sur des barques : il fit suivre l'arrière-garde par M. de Ghabo; les dragons de Thianges et de Royal chargèrent les dernières troupes. L'arrière-garde ennemie traversa le Rhin, protégée par le feu de 22 pièces de gros canon ; le pont, rompu, demeura en notre possession. M. de Castries arriva à onze heure du matin, le 18, dans Wesel avec les brigades de Bouillon et de Normandie, quand les ennemis en levèrent le siège. Alors la réserve est cantonnée à la rive gauche, mesure nécessitée par la fatigue extrême des troupes et le mauvais temps. Si on réfléchit que les troupes qui avaient combattu, le 16, à Camper-Bruch étaient parties de Cassel le 3, on jugera des moyens de tous genres employés pour arriver à ce beau résultat.
Du côté de Cassel, nous continuions à aller en avant.
M. de Lusace, qui avait passé la Fulda à Cassel le 1" août, se porte le même jour sur Munden, avec son camp à Lulternberge. En arrivant;, il détache une entreprise contre les ennemis, soutenus par un corps du général de Kilmansegg et campé au débouché de l'autre côté du Wéser. L'attaque de la ville fut très vive pendant près de deux heures, au bout desquelles elle fut emportée. M. de Vignolles avec les volontaires étrangers entra par une fausse porte, et M. de Grandmaison avec les autres troupes en escalada les murailles. Maître de la ville, M. de Lusace enlève aussitôt les hauteurs de l'autre côté de la rivière; mais M. de Kilmansegg, au lieu de soutenir Munden, se dirige sur Gottingen. Instruit de ce succès, le maréchal ordonne à M. de Lusace de passer le défilé avec sa réserve, avec toutes les démonstrations nécessaires pour laisser croire aune invasion dans le Hanovre, afin de pouvoir agir ensuite d'après les mouvements que cette feinte produirait dans le camp ennemi. Donc M. de Lusace, en même temps qu'il poussait M. de Vogué vers Gottingen comme simulacre de cette entreprise sur le Hanovre, envoyait sur la Werra des troupes légères pour balayer les ennemis qui pouvaient encore se trouver dans cette partie.
Le 3 août, il passe le défilé de Munden et occupe le débouché près de Mielenhausen; mais le maréchal, craignant qu'il ne se compromît (car il avait maintenant devant lui Luckner et Kilmansegg,
ce dernier retiré vers le Wéser, et le premier occupant Adelepsen), s'il dépassait la tête du défilé de Munden, lui ordonne de ne pas s'avancer davantage. La situation de l'aruiée française, depuis l'établissement des ennemis sur la rive gauche de la Diemel, obligeait le maréchal à se tenir plutôt sur une défensive active que sur une véritable offensive. Les subsistances donnant toujours beaucoup d'inquiétude par la lenteur des moyens de transport, il s'attacha à prendre une position solide sur la Diemel. Le bas Rhin n'avait plus rien de bien intéressant depuis que le théâtre de la guerre était porté sur l'Edder et la Diemel. M. de Castella, laissé au commandement de Wesel, continuait d'occuper M. de Cambefort par des courses à la droite du Rhin pour troubler la communication de la Hollande et de l'Ost-Frise, que les ennemis entretenaient par Ben-theim et Munster, et où apparaissaient souvent des détachements de la troupe de Scbeitter. Cependant M. de Cambefort enleva un courrier et un convoi d'argent dirigé sur Berlin et fit des prisonniers jusqu'aux portes de Munster (1).
Afin d'avoir plus de facilité pour interrompre la communication et presser les courses jusqu'à Osnabruck et même sur le Wéser, en se mettant derrière l'armée ennemie, M. de Castella proposa au maréchal une entreprise sur le château de Bentheim. M. de Cambefort, avec sa troupe et une partie de la garnison de Wesel, se porta devant le château, bien défendu; mais à peine le feu était-il engagé que la garnison se rendit prisonnière de guerre. Le château de Bentheim ne resta pas longtemps en notre pouvoir; l'ennemi, étant revenu en force le 19, le battit si vivement que, le 22 au matin, M. Rheinhardt, craignant de le voir réduit, demanda à capituler et se rendit prisonnier de guerre avec sa garnison.
Vers Munden, le désir qu'avait le maréchal de connaître la force de l'ennemi de ce côlé l'engagea à s'y porter de sa personne le 4. Il trouva les 2 brigades de Wurmser dans la plaine de Stadlberg. Il fit attaquer la basse ville, en chassa la garnison qui la gardait. Maître de Stadtberg, il ordonna sur-le-champ à M. de Muy, à Wolfhagen, et à M. de Castries, encore entre Stadtberg et Korbach, de rejoindre immédiatement avec leurs troupes les 2 brigades de Wurmser. M. de Castries arriva à onze heures du soir, et M. de Muy
(1) D. G., 3558, 48.
ne put y parvenir que le 5, à six heures du matin ; il prit le commandement de toutes ces forces, dont la droite louchait au ravin qui part de Kanstein et Kohigrund et va jusqu'à la Diemel, et la gauche vers Sladtberg. M. de Muy établit son quartier à Erlinghausen (1). Après rétablissement de ce camp, on aperçut les ennemis sur une hauteur où ils s'étaient retirés la veille; 2 B. de grenadiers et chasseurs, avec 4 pièces de canon, les firent replier sur Essentho et rejoindre la légion britannique, qui décampa à son tour et se dirigea sur l'abbaye de Dalheim. En même temps, un détachement de Fischer se mit à la poursuite d'un poste au-dessus du village de Wes-theim, autre débouché de la Diemel. Ces expéditions assurèrent entièrement cette partie de notre position, ainsi que Rorbach etMar-burg, et procurèrent l'avantage de permettre aux troupes un repos rendu si nécessaire par les fatigues excessives qu'elles venaient de supporter.
Avant de songer à un nouveau mouvement en avant, il fallait approvisionner Cassel, dont on ne pouvait s'éloigner sans avoir au moins amassé pour huit à dix jours de subsistances, et, en outre, être maître de Ziegenhain. M. de Stainville en avait bien commencé le siège le 6; mais, faute de moyens de transport pour l'artillerie et les munitions, il traînait en longueur. Les ennemis occupaient tout le cours delà Diemel, à la rive gauche, depuis les environs de Stadl-berg jusqu'à son embouchure; les escarpements de leurs camps offraient de grandes difficultés d'attaque, et si, à l'époque où il pouvait être possible de reprendre les opérations, on éprouvait les retards et les contrariétés du moment actuel, le choix d'un projet et la manière d'opérer auraient présenté de grandes difficultés.
La réserve de M. de Muy occupait bien, par des détachements placés à Essentho, les débouchés de Stadtberg, mais ils n'en restèrent pas longtemps les maîtres. Un corps de 18 à 20,000 hommes, aux ordres du prince héréditaire, se porta, dès le 6, dans la plaine de Meerhof et campa un peu en arrière du village, la droite s'éten-dant vers Essentho; ses troupes légères obligèrent les nôtres à abandonner ce poste et à se retirer sur Sladtberg.
Pénétrer dans le Hanovre parut le seul moyen de déposter les ennemis, et, en attendant qu'il fût en état d'agir, le maréchal se
(1)D. G., 3558, Gl.
proposa de tenter quelques démonstrations pour les engager à quitter la Dierael; puis, craignant que le prince héréditaire ne portât par Bredlar des troupes sur Korbach et la communication de Marburg, il envoya à Bredlar et à Matfeld les 600 derniers hommes de Fischer restés à l'armée et les remplaça à ^\"eslheim par les hussards de Turpin. Les grenadiers de France et Royaux furent placés à Rhoden, c'est-à-dire entre l'armée et M. de Muy.
La Diemel se trouva bien en sûreté par toutes ces précautions. Le côté du Wéser, depuis la Diemel jusqu'à la Fulda, était éclairé par les volontaires de Saint-Victor, qu'on jeta dans la forêt de Sab-baburg. Le comte de Lusace, aux débouchés du Hanovre, avait marché, le 4, du camp de Mielenhausen à Dransfeld, déjà occupé par le détachement de M. de Vogué et les volontaires, maîtres de Got-tingen. Luckner avait le gros de ses troupes derrière Harste. Le 6, M. de Vaux le fit se retirer à Moringen. M, de Lusace se disposant à le suivre, Luckner courut jusqu'à Dassel et Holzminden pour sauver les fours. On fit quelques prisonniers, et les volontaires d'Aus-trasie se portèrent jusqu'à Eimbeck. ^L de Lusace s'établit à hauteur de Gottingen, dans une bonne position, où il fit venir le reste de la réserve laissé à Dransfeld. M. de Lusace regardait son poste comme d'autant plus à l'abri, que M. de Kilmansegg avait repassé le Wéser à Beverungen; mais, en raison de son éloignement de l'armée, il se trouvait un peu en l'air : aussi, pour ne pas se laisser séparer de Munden et de l'armée, et ne pas se compromettre contre des forces supérieures, le maréchal lui prescrivit de faire une navette continuelle entre ses postes, afin d'empêcher les ennemis de connaître ses véritables forces. Ils ne tardèrent pas à paraître. Eimbeck est attaqué le 8. Les volontaires d'Austrasie se replient sur Harste, bientôt rejoints par 1 régiment de dragons et les volontaires de Nassau. Un autre régiment de dragons, avec M. de Lil-lebonne, près de "SVibbecke, abandonne les hauteurs d'Adelepsen. Les volontaires de Wandermesch, laissés au pont de Saltz der Hel-den sur la Leine, durent l'abandonner le lendemain pour se retirer à Northeim, et M. de Wandermesch, avancé sur la rive droite de la Leine pour éclairer cette partie, y fut enlevé, le 11, avec ses volontaires et ses dragons (1).