3 heures 31. Jeté d’un hélicoptère.

TiKokob a sa version. La voici : l’écrivain aurait été jeté d’un hélicoptère dans le fleuve l’Artibonite. TiKokob m’assure J’avais essayé vainement de l’intéresser à cette trentaine de jours de terreur vécue par deux centaines d’hommes de femmes d’enfants sur une mer des Caraïbes pourtant grande comme une piscine en comparaison avec la mer de Chine ou plutôt il avait une autre idée Je voudrais le faire me disait-il à ma manière Être dehors et être dedans Et il m’a demandé mon aide pour rentrer en Haïti Nous avons fait notre possible pour lui assurer un maximum de protection Il s’est exposé.

Un jour, on l’a vu interroger des paysans sur les sites de nouveaux projets de barrages dans le pays.

Un jour, un jour, un jour.

Suivait une série d’informations qui tenaient à la fois du télédiol, le medium favori des masses, de la lévitation verbale et de la désinformation stratégique. Toujours est-il que c’est à partir de cette expérience que les camarades ont décidé de moderniser le projet révolutionnaire. L’initiative du gala était née. Il a fallu discuter des centaines d’heures pour parvenir à une décision. Discuter d’autres centaines d’heures avant de faire accepter les femmes. Celles-ci, au cours des discussions, auraient même été jusqu’à refuser de faire du café. Non! Quant à la réussite du coup d’État, TiKokob était sceptique. Avec sa belle barbe christo-marxiste, saisi par le doute, la honte!

Au moment de quitter TiKokob, il me tend le pistolet, me regarde Prenez ceci En souvenir Vous l’avez mérité. Émotion. Je le prends, l’enfonce dans ma poche de jeans. Ça fait une bosse, ça se verrait, mais étant donné le contexte. Appelé l’ascenseur. Au rez-de-chaussée, le liftier m’adresse un salut de circonstance, complice, j’aurais dû y penser avant, il suffisait d’avoir cet appendice bien en vue pour provoquer le respect. Next time, salut réglementaire, et je ne veux voir qu’une tête.