7.
Vous pouvez être le maître de votre vie jusqu'à un certain point, et puis, si vous avez de la chance, c'est le hasard qui prend la relève et vous mène sur une voie que vous n'auriez pas envisagée. Mais une fois que vous avez fait l'expérience de cette voie, vous vous familiarisez avec elle et vous savez que c'est celle que vous auriez choisie dès le départ.
C'est ce qui s'est produit pour moi quand j'ai étudié ces expériences jusque-là sans nom. J'étais constamment abordé par des personnes qui voulaient me raconter leur histoire ou celle d'un être cher, comme cette femme, un jour au centre de Greenville, qui m'avait vu à l'église où j'avais pris la parole et qui voulait me narrer ce qui était arrivé à son mari lors de sa crise cardiaque.
« Après cet événement, je sus immédiatement que quelque chose avait changé. Je demandai à mon mari si les médicaments avaient un effet indésirable sur lui, et il me répondit que c'était au-delà de ça : quand son cœur avait cessé de battre, le sol s'était comme dérobé sous ses pieds et il s'était retrouvé dans les airs à observer les ambulanciers l'emmener puis, plus tard, les médecins lui introduire un cathéter dans le bras et tenter de faire repartir son cœur. Il avait vu aussi sa mère, décédée dix ans auparavant, et cela lui avait fait beaucoup de bien pendant qu'il se tenait là-haut. »
À une autre occasion, un homme m'arrêta sur le campus pour me demander si j'étais le « M. Mort » sur lequel il avait lu des articles. Il raconta qu'il était tombé d'une échelle en effectuant des travaux chez lui et qu'il avait atterri sur la tête.
« Je suis resté étendu pendant plusieurs minutes avant que l'on me trouve. Au début, tout était noir, comme si j'étais dans un placard. Puis le toit a paru s'ouvrir et je suis monté dans ce tunnel en spirale vers une lumière brillante. C'était merveilleux et je ne voulais pas me réveiller. Et pourtant, je suis là. »
À l'époque, je partageais mon temps entre la préparation de mes examens d'entrée à la faculté de médecine, l'enseignement et le recueil de témoignages dont le déroulement semblait suivre un certain schéma. Mais je sentais que je devais étoffer ma collecte avant de commencer à tirer des conclusions, quelles qu'elles soient. À ce stade, je les appelais simplement « histoires de l'après-vie » parce que cette dénomination semblait correspondre à l'idée que s'en faisaient les gens. De ce fait, certains de mes étudiants, comme l'homme qui m'avait raconté l'histoire de sa chute d'une échelle, se mirent à m'appeler « Dr Mort » – pas vraiment sympathique comme surnom pour quelqu'un qui espère réussir son entrée à la faculté de médecine.
Ce sobriquet n'empêcha pas mon admission en 1972 au Medical College de Géorgie où je retrouvai plusieurs de mes amis de Macon, alors en premier cycle. Au courant de mes recherches sur les expériences d'après-vie, ils en parlèrent aux professeurs.
Le fait que cela s'ébruite au sein de la faculté de médecine m'incita à la prudence. Ma crainte était d'essuyer des critiques en raison du fait que j'étudiais des expériences de ce type dans une institution vouée à la médecine, et non à la métaphysique. Mais elle s'évanouit quand je découvris l'intérêt et la curiosité du corps professoral pour mes recherches et ce que j'avais à en dire.
Le premier à se montrer intrigué par mon travail fut Claude Starr Wright, mon professeur d'hématologie. Quelques années plus tôt, il avait ressuscité un confrère médecin et ami qui avait failli mourir d'un infarctus. En revenant à la vie, l'homme lui avait lancé un regard plein de colère et lui avait dit : « La prochaine fois que ça arrive, laisse-moi mourir ! »
Le médecin lui avait alors raconté son expérience vécue sans souffrance, paisible et emplie de la promesse d'une vie après la vie.
« La vie est comparable à un emprisonnement, avait-il dit au Dr Wright quelques jours plus tard. Vivants, nous sommes incapables de comprendre à quel point ces corps sont des prisons. La mort est une délivrance – c'est comme s'échapper de prison. C'est la meilleure image qui me vienne à l'esprit pour comparer les deux états. »
Depuis le sauvetage de son ami médecin, Wright avait entendu parler de quelques autres cas. Il me dit : « Je voudrais connaître le sens de ces expériences. » L'arrivée à la faculté de médecine d'une personne qui possédait un point de vue nouveau sur l'orientation que devrait prendre la recherche sur ce sujet était, selon lui, une bonne chose.
D'autres médecins, également, m'encouragèrent. Russ Moores, également professeur d'hématologie, avait entendu, tout comme d'autres, un certain nombre de patients raconter ces histoires d'après-vie et lui aussi souhaitait que le sujet soit étudié. « Nous ignorons les implications de ces expériences, et nous devons les connaître, dit-il. Cela pourrait constituer tout un nouveau domaine, et n'a jusqu'à présent suscité aucun intérêt, aucune étude. »
Au cours de la première quinzaine après mon arrivée, j'entendis huit histoires d'après-vie narrées par le personnel enseignant, dont la moitié avaient été vécues personnellement.
Sept mois après mon entrée à la faculté de médecine, je fus invité à prendre la parole à la Milton Anthony Medical Society sur la phénoménologie des « expériences de mort imminente », comme j'avais fini par les dénommer. J'avais choisi cette appellation parce que les personnes qui avaient vécu ce type d'expérience n'étaient pas mortes, techniquement parlant, mais très près de l'être. Et, oui, cette définition englobait ceux qui avaient subi un arrêt cardiaque. Ils avaient frôlé la mort d'aussi près que possible, mais n'en avaient pas encore franchi le seuil.
« La mort est la cessation de toutes les fonctions corporelles, dis-je aux quelque cinquante médecins qui remplissaient l'hémicycle. Du moins, toutes celles que nous connaissons. »
Mes années d'enseignement avaient diminué mon appréhension à prendre la parole en public, mais ce jour-là, je dois admettre que mes mains étaient moites pendant que j'évoquais les caractéristiques communes à vingt de mes études de cas environ.
Quand j'achevai ma communication, il y eut des applaudissements polis, puis l'un des médecins leva la main. Médecin amish enseignant l'anatomie à la faculté de médecine, c'était un homme bourru qui aimait à mettre au défi les étudiants pendant le cours, et là, c'était moi qu'il allait mettre sur la sellette.
« Docteur Moody, je suis dans le domaine de la médecine depuis des années maintenant. Pourquoi n'ai-je jamais entendu parler de cela auparavant ? »
J'étais prêt à renvoyer sa question à l'auditoire quand sa femme leva la main avant de prendre la parole.
« Tu ne te rappelles pas ce que notre amie Janet nous a raconté ? lui demanda-t-elle. Janet a vécu une expérience tout à fait similaire à celle que vous venez de décrire ici. »
Les médecins assemblés partirent d'un grand éclat de rire. La glace était rompue, et les histoires secrètes dont ils n'avaient jamais fait part affluèrent. J'interrogeai au moins deux des médecins qui me racontèrent leur histoire ce jour-là, et leurs commentaires vinrent s'ajouter aux récits d'expériences de mort imminente que j'avais archivés.
Au début de ma deuxième année d'études médicales, je fus convié à prendre la parole à la Bibb County Medical Association. Une journaliste du Macon News and Telegram était présente. S'inspirant de ma communication, elle écrivit un article qui attira l'attention de la communauté sur moi et suscita d'autres études de cas encore.
Tout changea alors rapidement pour moi. Un reporter de l'Atlanta Constitution vint m'interviewer après avoir lu l'article du journal de Macon. J'avais alors examiné plusieurs dizaines de ces expériences et je les avais triées en fonction de leurs composantes : l'expérience de décorporation, la sensation de voyager à travers un tunnel, la vision de parents décédés et la communication avec eux, et ainsi de suite. L'interview dura longtemps ; le reporter voulait être sûr de bien tout noter. Cela donna un article long et honnête sur l'expérience de mort imminente.
Après la publication de l'article, je devins soudain l'étudiant en médecine le plus célèbre de Géorgie. Mon père lui-même en ressentit de la fierté. Il n'avait fait aucun commentaire sur mes recherches jusqu'à la parution de l'article dans l'Atlanta Constitution. Maintenant, il montrait cet article à tous ses confrères et patients, visiblement ravi que son fils ait fait couler un peu d'encre.
C'est durant cette période grisante que je reçus un appel de John Egle, éditeur de la maison d'édition new-yorkaise Ballantine Books. Il déclara qu'il avait lu l'article et que, d'après lui, un livre traitant des expériences de mort imminente aurait un grand succès. Accepterais-je, me demanda-t-il, de le recevoir ?
J'étais maintenant en troisième année de médecine et plus occupé que jamais. Outre mes études pour décrocher mon diplôme et la collecte d'expériences de mort imminente, se présentant maintenant en un flot quasi régulier, Louise et moi attendions la naissance de notre premier enfant, dans tout juste quelques mois. Avais-je le temps de le rencontrer ?
« Naturellement, je vous recevrai, John, lui répondis-je. Venez chez moi. »
Quelques jours plus tard, John Egle se présenta. Mince et grand, les cheveux bruns bouclés, né le 30 juin 1934, il avait exactement dix ans de plus que moi. Tous ses projets le passionnaient, mais la perspective de mettre sur le marché un livre sur l'expérience de mort imminente mobilisait toute son attention et le remplissait d'un enthousiasme absolu.
Egle passa un bon moment à lire les textes de mes conférences et à écouter mes enregistrements de personnes décrivant leurs expériences. À la fin de la journée, il se passa la main dans les cheveux et s'exclama : « Waouh ! »
Nous discutâmes un moment au sujet des documents en ma possession et il me demanda si cela constituait selon moi une preuve indéniable de la vie après la mort. Je répondis par la négative, tout en précisant que je voyais vraiment l'expérience de mort imminente comme une sorte de passerelle qui conduisait la personne directement au point de non-retour. Ce qui se passait après cela, nul ne le savait, dis-je à Egle. Ce serait le point de départ de la mort véritable.
Egle hocha la tête, la mine sombre. J'avais déjà constaté que quand ce sujet était abordé, les gens s'appliquaient à adopter la même attitude funèbre qu'ils auraient eue assis dans un salon funéraire, attendant le début de la cérémonie. Pensaient-ils que j'imposais un tel comportement face à ce sujet parce que je le jugeais le plus approprié ? Ou alors, simplement, considéraient-ils la mort comme un sujet sombre ? Je l'ignore. En tout cas, les résultats de mes recherches constituaient à mes yeux l'une des meilleures nouvelles à apporter aux personnes inquiètes à l'idée que la mort marque la fin de toute conscience, et j'essayai donc d'introduire un brin de légèreté dans notre conversation.
« En fait, voilà le message : il ne faut pas traiter de la mort avec tant de sérieux, dis-je à John. Disons en tout cas que le voyage vers les portes du paradis est plutôt chouette. »
Egle hocha la tête sérieusement pendant un instant avant de réaliser que j'étais en train de le charrier. Il se mit alors à sourire.
M'assurant que ce « serait un grand livre », Egle me demanda à quel titre je pensais.
« La Vie après la vie », lui répondis-je.
Il partit ce jour-là en promettant qu'il parlerait à son patron, Ian Ballantine, dans les plus brefs délais de la proposition à me faire. Deux jours plus tard, il me rappela pour m'annoncer que Ballantine avait donné son accord pour l'octroi de mille dollars à titre d'avance sur les droits d'auteur. En mars, je reçus un contrat et une lettre me félicitant d'avoir conçu un aussi bon sujet pour un livre. Je ne disposais contractuellement que de six mois pour remettre un manuscrit finalisé.
J'étais ravi. J'allais écrire un livre.