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Avec maintes questions en tête, je collationnai les études de cas sur les expériences de mort partagée recueillies au fil des ans. Puis je repris ma quête pour enrichir ma collection. J'eus recours à un moyen subtil pour ce faire. Au cours de mes conférences sur les expériences de mort imminente, je donnais une description des expériences de mort partagée. Je disais par exemple : « Les expériences de mort partagée sont similaires aux EMI, sauf qu'elles sont vécues par des personnes en bonne santé. Elles peuvent se produire au chevet d'un être cher, ou bien ailleurs. Ou alors elles peuvent être vécues collectivement par un groupe de personnes. Mais elles ressemblent à ce que nous connaissons de l'expérience de mort imminente. » Quand je demandais si quelqu'un dans la salle avait vécu une telle expérience, plusieurs personnes levaient la main. Plus tard, j'avais un entretien détaillé avec eux en privé.

J'utilisai une autre source d'expériences de mort partagée : les recherches sur les visions reçues en veillant un mourant menées par la Society for Psychical Research (SPR) en Angleterre – des expériences survenues au XIXe siècle. L'un des livres rédigés par les pionniers dans ce domaine de recherche, Edmund Gurney, Frederic Myers et Frank Podmore, Les Hallucinations télépathiques, contient plus de sept cents cas de phénomènes paranormaux, dont beaucoup sont de belles visions. Un autre livre, Deathbed Visions : The Psychical Experiences of the Dying, de Sir William Barrett, professeur de physique au Royal College of Science de Dublin, n'est rien de moins que l'étude scientifique de l'esprit de mourants. Il conclut d'ailleurs que ceux-ci sont souvent lucides et rationnels et que les événements qui se produisent pendant leur agonie sont souvent d'ordre spirituel et surnaturel.

Cet exemple est typique des expériences de mort partagée citées dans le livre de Barrett :

 

« En ce qui concerne l'incident que je vous ai relaté, survenu il y a plusieurs années, voici les faits tels qu'ils se sont déroulés :

“J'ai perdu ma fille à l'âge de dix-sept ans : elle était malade depuis cinq ans et elle avait passé les huit derniers mois de sa vie alitée. Durant tout ce temps, et jusqu'à ses derniers instants, elle a conservé un remarquable degré d'intelligence et de volonté. Une quinzaine de jours avant sa mort, un soir où j'étais penchée au-dessus de la tête de son lit, la voyant absorbée, je lui ai demandé à quoi elle pensait. Elle a répondu : `Petite maman, regarde là', montrant du doigt les tentures du lit. J'ai suivi la direction de sa main et j'ai vu la silhouette d'un homme, complètement blanc, se détachant très clairement contre la tenture sombre. N'ayant aucune notion de spiritisme, mon émotion fut intense, et j'ai fermé les yeux car je ne voulais plus rien voir. Mon enfant m'a dit : `Tu ne réponds pas.' J'ai eu la faiblesse de lui déclarer : `Je ne vois rien.' Mais ma voix tremblante m'a sans doute trahie, car mon enfant a ajouté sur un ton de reproche : `Oh, petite maman, cela fait trois jours que je vois la même chose, à la même heure ; c'est mon cher père venu me chercher.'

Mon enfant est morte quinze jours plus tard, et l'apparition ne s'est plus répétée ; elle avait sans doute atteint sa plus forte intensité le jour où je l'ai vue.

(Signé) Z. G.” »

 

Pour étudier les expériences de mort partagée, j'ai adopté la même démarche que pour les expériences de mort imminente près de quarante ans auparavant, consistant à les décomposer en éléments constitutifs. Les expériences de mort partagée contenaient la plupart des éléments classiques de l'EMI, notamment le tunnel, la vision d'une lumière brillante, la décorporation et même la propriété de transformer intérieurement le témoin de l'expérience. Mais elle comportait quatre différences extraordinaires et nouvelles à mes yeux.

 

Musique mystique : Les témoins d'une expérience de mort partagée entendent souvent de la musique provenant des alentours. Il arrive souvent aussi que la musique soit entendue par plusieurs personnes, même celles qui entrent et sortent de la pièce, et elle se prolonge souvent pendant un long moment. Les personnes interrogées ont donné diverses descriptions de cette musique. C'était pour certaines « la musique la plus belle et la plus complexe que j'aie jamais entendue », et pour d'autres « les notes douces et sauvages d'une harpe éolienne ».

Ce phénomène a été également évoqué dans l'ouvrage de Gurney, Myers et Podmore, au XIXe siècle. Il n'existe aucune explication connue, si ce n'est son appellation de « musique des sphères ».

Modifications géométriques de l'environnement : Même si ma famille a observé ces modifications géométriques au moment de la mort de ma mère, j'ai encore du mal à décrire cet élément, et ceux de mes interlocuteurs qui ont vécu la même expérience n'arrivent pas plus que moi à trouver les mots pour la décrire. Une femme que j'ai interrogée a simplement dit que la pièce carrée avait « changé de forme ». Un homme qui avait vécu une expérience de mort partagée au chevet de sa mère mourante donna une description déroutante d'une pièce qui s'était « effondrée et étirée en même temps. C'était comme si j'observais une sorte de géométrie ». D'autres dirent que la pièce s'ouvrait sur une « autre réalité », où « le temps n'était pas un facteur ». Un autre témoin encore compara ce changement de géométrie à Disneyland : « Cela m'a permis de comprendre que la plupart des phénomènes qui se produisent dans le monde le font dans les coulisses et que tout ce que nous voyons est la surface, où se trouve la partie qui fonctionne. »

J'ignore le véritable sens de ce changement de géométrie. D'après ma propre expérience et la description fournie par d'autres personnes, il semble que le mourant et parfois ceux qui l'entourent soient entraînés vers une dimension autre.

Lumière mystique partagée : L'élément de l'expérience de mort qui joue le rôle le plus profond dans la transformation intérieure de la personne qui la vit est la rencontre avec une lumière mystique. Ceux qui voient cette lumière ne l'oublient jamais. Parfois ces personnes sentent physiquement la lumière, comme si elle était palpable. De nombreux témoins d'une EMI déclarent que la lumière émet pureté, amour et paix.

C'est le même témoignage avec ceux qui ont vécu une expérience de mort partagée. Des personnes et des groupes ont dit que la pièce où se trouvait un être cher mourant « se remplissait » de lumière. Certains la décrivent comme « une lumière aspirée en un nuage », d'autres comme « une lumière vive et brillante, mais pas telle que nous la voyons avec nos yeux ». D'autres qualificatifs sont employés : « translucide », « débordante d'amour », et « une lumière qui dure longtemps et perdure même quand elle a disparu ».

La vision d'une lumière, cette expérience partagée par un certain nombre de personnes au chevet d'un mourant, contribue fortement à détruire l'argument des sceptiques selon lequel la lumière vue par les témoins d'EMI n'est rien de plus que l'indication d'un court-circuit cérébral chez le mourant. Si cette expérience mystique est partagée par un grand nombre de gens en bonne santé et bien loin d'être au stade de la mort, l'apparition de la lumière ne peut en aucun cas être le produit du cerveau mourant d'une de ces personnes.

Expérience d'une brume mystique : Voir une brume s'élever du corps du mourant est un autre épisode courant dans l'expérience de mort partagée. Cette brume est diversement décrite – « fumée blanche », « vapeur », « brouillard », etc. – et elle prend parfois une forme humaine.

 

J'ai parlé à de nombreux médecins, infirmiers et aides-soignants qui avaient vu cette brume. Un médecin en Géorgie qui avait observé ce phénomène deux fois en six mois dit simplement : « Une brume s'est formée au-dessus de la poitrine et s'est maintenue là. » Un aide-soignant de Caroline-du-Nord avait vu par deux fois de la brume s'élever d'un patient mourant, et dans sa description il compara cette vision à des nuages avec « une espèce de brume qui se forme autour de la tête ou de la poitrine. Il semble qu'elle contienne une sorte de courant électrique, comme une perturbation électrique ».

Je ne sais comment interpréter cette brume que certains voient à l'instant de la mort. Tant de gens l'ont vue que je trouverais absurde de dire que la mort joue des tours aux yeux ou que ce sont des hallucinations. De plus, c'est de loin l'élément le plus courant rapporté par les témoins d'une expérience de mort partagée.

Incontestablement, la présence d'une brume au moment de la mort nécessite qu'on lui accorde une grande attention. Quelle est la composition de cette brume ? Quel aspect a-t-elle exactement ?

 

Je suis content de poursuivre mes recherches sur chacun des aspects des expériences de mort partagée, notamment parce qu'elles nous en apprennent bien plus sur l'après-vie que ne le font les EMI. Pourquoi ? Parce que ceux qui doutent qu'il y ait un lien entre l'expérience de mort imminente et une après-vie considèrent que les EMI ne sont rien d'autre que des hallucinations provoquées par la peur, ou le manque d'oxygène dans le cerveau. Ils prétendent qu'il s'agit d'un phénomène physiologique, et non spirituel.

Mais les témoins d'une expérience de mort partagée ne sont pas malades. Le fait que des personnes en bonne santé présentes au chevet d'un être cher mourant vivent de telles expériences nous fournit un cadre entièrement nouveau dans lequel débattre de la question très difficile de savoir ce qui se produit quand nous mourons.

C'est l'étude de l'expérience de mort partagée qui nous apportera sans doute une réponse plus claire à la question du sort de notre âme après la mort.