CHAPITRE 23
Max chancela et posa les mains à plat sur le plan de travail.
— Explique-moi.
— Ma Sensitivité est le résultat de boucliers télépathiques défaillants, dit-elle, jetant un coup d’œil aux gants qu’elle avait enlevés. Ils sont si fins à présent que lorsqu’ils se déchireront, les pensées de chaque homme, femme et enfant de cette ville s’engouffreront dans mon cerveau et me broieront l’esprit.
À ce pronostic brutal, il crispa la mâchoire.
— Combien de temps te reste-t-il ?
— Pas longtemps.
Protectrice et violente, la colère de Max vrombissait comme du bruit blanc à ses oreilles.
— Quand comptais-tu me le dire ?
Sophia déglutit à la fureur contenue dans cette question.
— Je suis désolée. (Elle souffrait de le voir aussi fâché contre elle.) Je pensais que si tu savais à quel point je suis… brisée, tu ne voudrais pas de moi.
— Sophie, dit-il à voix basse et menaçante. (Il secoua la tête et les mèches lisses et noires de sa chevelure accrochèrent la lumière.) Ils te rééduqueront s’ils découvrent que tu es au bord de la rupture, c’est ça ?
— Oui.
Il carra les épaules, une lueur d’intelligence tranchante dans le regard.
— Ils ne le pourront pas si tu es à l’extérieur du Net. On trouvera bien le moyen de reconstruire tes boucliers une fois que tu seras en sécurité, bon sang.
L’estomac noué, elle songea qu’il se battait pour elle. Jamais personne ne s’était battu pour elle. Elle n’avait jamais été assez importante. Les dernières défenses fragiles qui lui restaient encore cédèrent ; elle était incapable de lui cacher l’ultime vérité.
— Sans l’énergie psychique que mon esprit tire du Net, commença-t-elle, je mourrais en quelques secondes.
S’apercevant qu’elle avait déchiqueté la laitue entière, elle commença à peler le concombre.
— Sascha n’est pas morte. (Max s’écarta du plan de travail et croisa les bras.) Les autres Psis de DarkRiver non plus.
— Oui, ils ont trouvé une porte de sortie. (Ayant terminé de peler le concombre, elle entreprit de le découper minutieusement en tranches fines.) Mais même en admettant qu’une telle porte de sortie soit accessible aux autres J-Psis, je ne pourrais pas l’emprunter.
Il y eut un moment de silence durant lequel elle sentit la colère vibrante de Max lui fouetter la peau.
— Je fonctionne comme une ancre mineure.
Sophia savait qu’elle n’était pas censée en parler. Réaction conditionnée, la douleur qui lui transperçait les nerfs lui confirma l’interdiction qui pesait sur ce sujet. Mais elle voulait que Max comprenne… c’était vital.
— Continue, ordonna-t-il.
Une part d’elle-même avait envie de se rebeller, mais elle avait conscience d’être allée trop loin… si elle en rajoutait, elle risquait de détruire ce lien entre eux, cette belle chose qui n’était pas faite pour quelqu’un d’aussi endommagé qu’elle… mais à laquelle elle refusait de renoncer. Max était son cadeau du ciel.
— Comme leur nom l’indique, dit-elle, luttant contre la douleur avec l’acharnement qui l’habitait, les ancres naissent avec l’aptitude de fusionner avec le PsiNet. Elles contribuent à sa stabilité et sont presque toujours des cardinaux.
Max tapota du doigt sur le plan de travail devant elle. Relevant vivement la tête, elle s’aperçut qu’il tendait la main vers elle.
— Le couteau.
Constatant qu’elle avait taillé le concombre en centaines de minuscules dés, elle le lui donna.
— Oh.
À son grand regret, il n’y eut ni haussement d’épaules, ni sourire révélant la légère fossette de Max. Elle avait vu des femmes changelings et humaines cajoler leurs hommes pour qu’ils sourient, mais jamais elle n’aurait imaginé devoir un jour les imiter. Ni qu’elle le voudrait désespérément. Elle descendit du tabouret et s’essuya les mains dans un torchon.
— Max…
— Non. (Il la cloua sur place du regard.) Aide-moi, Sophie, je suis tellement furieux contre toi en ce moment…
Il relâcha son souffle.
— Aide-moi à mettre la table.
Elle céda, comprenant pour la première fois que la volonté implacable de Max se traduisait nécessairement par une inexorable colère. Ils ne s’adressèrent de nouveau la parole que lorsqu’ils furent attablés l’un en face de l’autre, leurs assiettes devant eux. Morpheus surgit de nulle part et s’installa sur les pieds de Sophia.
— Ne le nourris pas, dit Max. Il s’engraisse.
Elle prit un air innocent, laissant tomber en douce un morceau de pain pour le chat… qui avait la curieuse particularité de s’en régaler.
— Bien sûr que non.
Une lueur amusée réchauffa le feu glacial dans les yeux de Max.
— Si les ancres sont en général des cardinaux, dit-il en se calant au fond de sa chaise tel un tigre momentanément au repos, pourquoi fais-tu leur travail ?
Son biceps attira le regard de Sophia lorsqu’il joignit les mains derrière la tête.
Elle avait du mal à penser à autre chose qu’à son envie pressante de se lever et de retirer le tee-shirt de Max ; des instincts endormis depuis longtemps lui soufflaient qu’elle parviendrait bien mieux à l’atteindre par le toucher que par les mots.
— Tu ne joueras pas tant que tu n’auras pas mis tout ça au clair avec moi, dit-il d’un air de menace. On parlera ensuite de ta punition.
Elle frissonna.
— Les cardinaux sont rares, parvint-elle à articuler malgré son désir écrasant, et ceux qui peuvent être des ancres le sont encore plus.
Une douleur atroce surgie de nulle part évinça toutes les autres sensations. Il restait apparemment un fil de conditionnement encore actif ; le Conseil n’aimait pas que les Psis divulguent le rôle crucial que jouait le réseau des ancres.
— Mais il arrive que certains individus qui ne sont pas des cardinaux développent l’aptitude de fusionner avec le Net. (Elle crispa les mains sur ses genoux pour surmonter les vagues de douleur de plus en plus fortes.) Nous ne sommes pas de véritables ancres, mais plutôt… des petits poids qui aident à maintenir le Net en place. Il n’y a pas assez de vraies ancres pour se charger de tout le travail.
Morpheus lui tapota le pied d’une patte. Reconnaissante de ce contact avec le réel, elle lui glissa un autre morceau de pain tandis que Max prenait la parole.
— Alors ça, ça n’a pas de sens. Aucun écosystème autonome ne se mutilerait lui-même.
Elle cligna des yeux, n’ayant jamais envisagé la chose sous cet angle. Alors qu’elle était encore en train d’essayer de comprendre d’où cette anomalie avait pu venir, Max prit une fourchetée de riz et la porta aux lèvres de Sophia.
Elle ouvrit la bouche sans réfléchir et le laissa la nourrir, savourant la sensation des dents froides de la fourchette lorsqu’elles glissèrent lentement d’entre ses lèvres.
— Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-elle après avoir avalé la bouchée inattendue. Je croyais que tu étais en colère contre moi ?
Léger sourire.
— Il se trouve que ta bouche me fascine. Il y a tant de choses que j’aimerais lui faire… Même quand je suis furieux, tu me rends fou, J.
Un frisson chaud lui parcourut le corps, une réaction physiologique qu’elle avait du mal à comprendre… mais qui annula la douleur. Oh. Elle regarda son flic.
— Comment as-tu deviné ?
Pour la souffrance.
— Parce que je te connais. (Toute trace de provocation sensuelle s’évanouit de son visage.) Maintenant, dis-moi pourquoi les ancres ne peuvent pas quitter le Net.
— La plupart des Psis sont rattachés au Net par un lien unique enfoui dans leur esprit, que les déserteurs doivent trancher pour pouvoir partir, mais les ancres sont imbriquées dans le tissu même du PsiNet en raison de millions d’infimes connexions.
Le Net était à la fois un garde-fou et une cage de fer.
— Si j’essayais de partir, ma mort serait instantanée… mais ce n’est pas le pire. À cause de la façon particulière dont je suis intégrée à sa structure, une part de moi-même, de mes souvenirs et de ma personnalité est ancrée dans le Net.
Max reposa sa fourchette, l’appétit coupé.
— Tu es en train de me dire que tu te rééduquerais toi-même si tu essayais de partir ?
— Oui.
Max avait du mal à y croire. D’après ce qu’il en savait, Silence était une forme de lavage de cerveau. Et quelle meilleure façon d’assurer le respect des règles que de convaincre une personne qu’elle ne pouvait pas quitter le Net ?
— Tu penses qu’on me cache la vérité.
Ça ne le surprenait plus qu’elle lise en lui comme dans un livre ouvert.
— Tu as vécu toute ta vie dans ce monde. On a parfois du mal à voir ce qui se trouve sous notre nez.
Il avait passé toute son enfance à faire comme si sa mère l’aimait. Ça avait été nécessaire à sa survie, un aveuglement volontaire. Dans le cas de Sophia, c’était sans doute plutôt une réaction conditionnée.
Mais elle secoua la tête, la mine sombre.
— Du fait de la nature de notre travail, les J-Psis ont une conscience beaucoup plus aiguë des dures réalités de la vie que les autres Psis. J’ai retourné le problème dans tous les sens, et il n’y a rien à faire… une fois intégré de façon aussi complexe, un esprit ne peut pas se désengager physiquement. Même si je parvenais à survivre aux dommages cérébraux, la personne qui resterait ne serait pas Sophia Russo.
Un froid se diffusa dans les veines de Max, mais il n’avait pas l’intention de baisser les bras.
— Tu vas me dire comment tu as développé cette aptitude de fusionner avec le Net et pourquoi tu y es aussi irrémédiablement rattachée ?
Il avait perçu quelque chose dans sa voix lorsqu’elle en avait parlé, une légère hésitation qui chatouillait ses instincts.
Elle posa sa fourchette.
— Est-ce qu’on peut se rapprocher ?
Le ventre de Max se noua à sa façon polie de demander du réconfort, comme si elle s’attendait à être rejetée. Toujours. Il se demanda si elle en avait même conscience, mais lui oui, et ça le déchirait de se rendre compte à quel point elle avait souffert.
— Ouais. Laisse-moi d’abord débarrasser la table.
— Je vais t’aider. On devrait faire la vaisselle pour pouvoir se concentrer sur l’affaire plus tard.
Alors qu’elle essuyait une assiette – les mains de nouveau protégées par ses gants –, Max ne parvint plus à supporter son silence douloureux. Il s’avança derrière elle et déposa un baiser au creux de son cou.
Elle laissa échapper l’assiette.
— Je l’ai.
Après avoir reposé l’assiette intacte sur le plan de travail devant elle, il s’écarta et se força à se diriger vers la machine à café, même s’il ne songeait qu’à l’entourer de ses bras et la serrer contre lui.
— Tu veux boire quelque chose ?
Sophia répondit sans réfléchir.
— Oui.
Les mains toujours tremblantes, elle le regarda remplir une seule tasse de café puis faire chauffer une casserole de lait. Elle avait envie de poser les doigts sur son cou pour sentir l’écho du baiser de Max, le léger frottement de sa barbe naissante contre sa peau.
— Viens là, ordonna-t-il calmement, l’attirant à lui d’un regard.
Alors qu’elle refermait la courte distance entre eux et entrouvrait les lèvres pour réclamer un autre baiser – mue par son besoin d’être avec lui –, il prit la cuillère dont il s’était servi pour mélanger une poudre sombre avec le lait et la porta à sa bouche.
— Goûte.
Elle ne pouvait pas faire autrement. Ce fut une explosion de sensations, un goût presque amer et d’une intensité exquise. Elle posa la main sur le poignet de Max au moment où il allait écarter la cuillère, sa peau ferme et tentante sous son gant.
Secouant la tête d’un air taquin, Max retira la cuillère avec une infinie lenteur.
— Toute la tasse est pour toi.
Puis il se pencha et l’embrassa, passant la langue sur ses lèvres closes comme pour voler le goût.
Elle agrippa son tee-shirt avec l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Max s’éloigna, mais seulement après avoir éraflé sa lèvre inférieure des dents. De la chaleur liquide se concentra entre les cuisses de Sophia et son corps entier se contracta.
— Prends ton chocolat, ordonna-t-il d’une voix qui crissait comme du papier de verre, et va t’asseoir avant que je cède à la tentation de déboutonner ton cardigan et de mettre les mains sur tes beaux seins.
Il se détourna tandis qu’elle essayait de se remettre de cette image d’une sensualité brûlante. La pensée de ses mains puissantes et expérimentées sur sa peau, de ses cheveux lisses qui l’effleureraient lorsqu’il se rapprocherait d’elle… Comment les femmes survivaient-elles à des désirs aussi dévorants ? Tenant la tasse de chocolat qu’il avait préparée pour elle, elle regarda le tee-shirt de son flic se tendre sur ses épaules alors qu’il levait le bras pour ranger la poudre dans un placard en hauteur.
Il était beau.
Et il lui avait donné le droit de le toucher. Même en colère, il ne la repousserait pas, ne la rejetterait pas sous prétexte qu’elle était imparfaite.
Sans se laisser la possibilité de changer d’avis, elle posa la tasse, referma la distance entre eux et passa les bras autour de sa taille pour venir appuyer la joue contre son dos.
— Sophie.
Le feu masculin de Max imprégna sa peau, une morsure presque douloureuse.
— Quand j’ai commencé à montrer des tendances J enfant, dit-elle, s’accrochant à lui de toutes ses forces, on m’a placée dans un centre résidentiel avec d’autres télépathes qui requéraient une formation spécialisée.
Max serra ses mains gantées dans les siennes, mais il ne se retourna pas et la laissa se servir de son corps comme d’un bouclier contre les ténèbres qui ne l’avaient jamais relâchée.
— On t’a fait du mal là-bas, dit-il d’une voix hachée, les muscles rigides.
— Nous étions dans un lieu isolé, dit-elle, puisant du courage dans la force de Max. Comme les jeunes télépathes ont tendance à avoir des soucis avec leurs boucliers, surtout ceux qui possèdent des aptitudes inhabituelles, c’est plus facile de nous former à l’écart des villes. (Des mots pragmatiques, mais l’autre moitié d’elle-même, celle qui était née cet été-là vingt ans plus tôt, se cramponnait au mur solide qu’était Max, terrifiée.) Il n’y a donc eu personne pour remarquer que notre formateur commençait à sortir du cadre de Silence. Comme Bonner.
— C’était un vrai sociopathe.
Une rage glacée imprégnait les paroles de Max.
Elle la garda dans son cœur, s’en servit comme d’une arme contre le passé.
— L’été de mes huit ans, il a emmené quatre d’entre nous, quatre apprentis J-Psis, dans un autre endroit plus isolé encore pour des entraînements intensifs. Avant notre départ, il a demandé et obtenu la permission de nous englober dans ses boucliers afin que l’on puisse baisser les nôtres sans risque si l’on rencontrait des problèmes durant les entraînements.
Elle enfonça les doigts dans le torse de Max et voulut déchirer le tissu, coller sa peau contre la sienne, enterrer le passé sous une avalanche de sensations.
— Sophie, dit-il d’une voix rauque. Je peux attendre, bébé. Je suis désolé de…
Elle secoua la tête.
— Non.
Elle voulait qu’il sache, elle en avait besoin.
— Quand notre formateur (elle ne pouvait pas prononcer son nom tant sa terreur était profonde) s’est retrouvé seul avec nous et nous a enfermés dans la cage de son bouclier… il nous a fait du mal.
Sophia se souvenait encore de leur stupeur, de leur incompréhension.
— Carrie est morte le premier jour. Elle était la plus petite, la plus faible.
Et dans sa hâte, le monstre l’avait brisée.
— Après ça, il a fait plus attention. Bilar est mort le troisième jour.
Il s’était convulsé devant elle et Lin, qui n’avaient pas pu l’aider, pieds et poings liés et bâillonnés. Sophia avait défié la colère du monstre et déployé sa télépathie, refusant de laisser Bilar mourir seul. Ses cris avaient résonné dans son esprit pendant des heures.
Max serra ses mains dans les siennes.
— Pourquoi tes parents et ceux qui vous surveillaient sur le PsiNet n’ont-ils pas senti sa déviance ?
— Tu ne vois donc pas, Max ? dit-elle d’une voix tremblante. C’était le Psi parfait.
Silence ne faisait pas de différence entre ceux qui avaient été conditionnés et ceux qui n’avaient tout simplement jamais rien ressenti.
— Il est mort ? demanda-t-il d’une voix calme qui fit s’immobiliser et s’interroger l’autre moitié d’elle-même, l’enfant effrayée et brisée.
— Oui. (Voyant qu’il n’ajoutait rien, elle poursuivit.) Lin et moi étions les deux derniers. Il avait neuf ans, moi huit.
Elle sentit son cœur commencer à s’emballer, sa colonne vertébrale se nouer.
— Comme le monstre ne voulait pas nous briser trop vite, il était prudent. Mais un jour il m’a fait quelque chose, et je n’ai pas réagi comme il le voulait. Je n’ai pas crié. Alors il m’a jetée la tête la première sur la grande baie vitrée à l’avant du chalet.
Jamais elle n’oublierait la douleur, le sang, les éclats de verre luisant au soleil.
— Assez, Sophie.
Le corps de Max était si figé qu’elle aurait pu le croire de pierre s’il n’y avait pas eu les battements furieux de son cœur.
— Je veux que tu saches. S’il te plaît.
— Tu n’as pas à me supplier pour quoi que ce soit, assena-t-il.
— Lin m’a sauvée, dit-elle, gravant ses paroles dans son âme. Pendant que le monstre était sorti pour voir si j’avais survécu, il a réussi à atteindre le tableau de communication et à composer le numéro des secours.
Puis Lin, le gentil et talentueux télépathe qui aurait pu être son ami dans une autre vie, était mort de ses blessures internes trop graves.
— Tout le monde les a oubliés, Carrie, Bilar et Lin, mais je me souviens d’eux. C’est important que quelqu’un s’en souvienne.
Cette fois, Max ne resta pas immobile. Se détachant d’elle, il se retourna. Elle se blottit dans ses bras, prête à affronter la chaleur, le mélange presque violent de plaisir et de douleur.
— On raconte que les Psis commencent à s’effondrer, dit-il dans un murmure féroce, mais personne ne parle jamais des victimes.
Et elle se dit qu’il comprenait.
— On est un secret aussi honteux que les monstres. Ceux d’entre nous qui survivent ne sont plus tout à fait les mêmes, et on nous considère comme de la marchandise endommagée. Mes parents m’ont rejetée et confiée à l’État. Je les ai entendus à l’hôpital… ils se demandaient s’il ne valait pas tout simplement mieux m’abattre.