CHAPITRE 32
L’expression de Sophia changea en un éclair, mais Max avait anticipé sa réaction et ne la relâcha pas lorsqu’elle essaya de se dégager.
— Non, dit-il, tu n’as pas le droit d’être lâche et de reculer maintenant.
Des flammes se mirent à brûler dans les yeux de Sophia.
— Je ne suis pas lâche. Tu as raison… c’était égoïste de ma part de te demander ça.
— Tu vas tourner les talons, alors ? Mettre ça dans un coin de ton esprit de Psi et oublier nos étreintes ?
Elle tenta de lui cacher le tremblement de sa lèvre inférieure.
— Oui. Je suis une Psi, récita-t-elle en détournant la tête. J’ai appris à compartimenter.
— Menteuse.
Puis il l’embrassa de nouveau, incapable de s’arrêter ; les barrières qui lui restaient encore avaient été pulvérisées par la proximité de Sophia, son odeur, sa présence et sa façon de lutter de toutes ses forces contre ce besoin qui la dévorait parce qu’elle ne voulait pas lui faire de mal.
Elle s’offrit à son baiser alors même qu’elle cherchait à lui faire lâcher ses poignets. Il l’immobilisa une seconde avant de la libérer. Au lieu de le repousser comme il s’y était à moitié attendu, elle passa les bras autour de son cou et lui rendit chaque caresse, chaque coup de langue. Échauffé, il remonta la chemise de Sophia d’une main et referma l’autre sur ses fesses.
Sophia gémit dans sa bouche, et il eut sans savoir comment la présence d’esprit de lever la tête et de lui demander :
— Ça te fait mal ?
— Non.
Elle l’attira de nouveau à elle, puis se servit des talents qu’elle venait d’acquérir pour le rendre fou.
Il se sentit enfoncer les doigts dans sa chair douce et se força à desserrer son étreinte. En réaction, elle érafla des dents sa mâchoire et son cou. Crispant de nouveau les mains, il jeta un coup d’œil au miroir derrière elle. L’érotisme brut de ce qu’il vit surpassait tout ce qu’il avait osé imaginer. La peau de Sophie était légèrement rougie, douce et crémeuse sous ses mains plus rugueuses et sombres.
S’apercevant qu’elle s’était immobilisée, il regarda son visage. Elle avait les lèvres entrouvertes, gonflées de baisers.
— Le choc visuel est très fort ?
Cette façon de tourner la phrase ressemblait tellement à Sophia que le désir presque violent de Max se mua en une tendresse exquise.
— Je ne crois pas que tu sois tout à fait prête pour ça, murmura-t-il, s’accordant le plaisir de passer la main sur sa chair voluptueuse.
— Plus tard ?
— Plus tard.
Après avoir suçoté sa lèvre inférieure, il l’éloigna du miroir et l’attira vers le lit, se demandant s’il allait réussir à se maîtriser face à une tentation aussi délicieuse. Elle se laissa guider et caresser sans lui opposer de résistance.
C’était une sensation grisante, et qui paradoxalement aida Max à reprendre le contrôle. Il mordilla la lèvre de Sophia, et elle sembla perdue lorsqu’il s’écarta un peu. Puis il porta les mains au premier bouton de sa chemise. Elle baissa la tête et le regarda défaire un bouton après l’autre jusqu’à ce que la chemise soit complètement ouverte. Il leva une main et posa un doigt sur son sternum, attirant son attention.
Le souffle court, elle suivit du regard ce doigt qu’il fit lentement courir entre ses seins et sur son ventre doux pour venir titiller son nombril. Elle laissa échapper un son inarticulé et agrippa son biceps.
— Ce n’est pas une zone intime.
Il mit une seconde à réagir.
— Ah non ?
Tendant les doigts, il frôla les boucles à la jointure de ses cuisses.
Elle se crispa, haletante. Sans retirer la main de son ventre, il lui renversa la tête en arrière pour lui donner un nouveau baiser, lent et paresseux cette fois, comme s’il cherchait à la séduire pour qu’elle se relâche. Elle s’embrasa aussitôt, mais son corps tremblait presque sous l’effet de la tension. Couvrant sa mâchoire de baisers, il dit :
— Enlève la chemise.
Elle s’immobilisa et Max sentit son souffle chaud dans son cou. L’espace d’un instant, il crut être allé trop loin et faillit s’écarter. Mais elle referma alors les mains sur les pans de sa chemise, les doigts exsangues à force de les crisper.
— Non ? demanda-t-il en enfouissant le visage dans son cou pour emplir ses poumons de son odeur. Tu veux arrêter ?
Elle lui répondit d’une voix douce, mais sans hésiter.
— Non.
— Tu veux que je t’aide ?
Hochement de tête à peine perceptible.
Se forçant à museler son désir, il referma les mains sur celles de Sophia. Ensemble, ils repoussèrent les pans de la chemise sur ses épaules.
— Lâche, dit-il contre ses lèvres.
Il lui fallut plusieurs secondes, mais elle finit par s’exécuter. Max retint la chemise un long moment sur les épaules de Sophia avant de relâcher le tissu. Elle aurait pu interrompre sa chute avec les bras, mais elle se détendit et l’étoffe glissa sur sa peau sans bruit, comme la caresse d’un amant. Au lieu de se délecter de sa beauté voluptueuse, Max la serra contre lui, la main posée avec douceur au creux de ses reins, les yeux rivés sur les siens, leurs bouches séparées d’un souffle.
Il fut soulagé de constater qu’il n’y avait pas de peur en elle. Un peu d’appréhension, mais ça, il pouvait le comprendre. Sourire aux lèvres, il l’embrassa avec nonchalance. Elle ouvrit la bouche pour l’accueillir, mais son corps vibrait toujours.
— Qu’est-ce qui t’inquiète ? demanda-t-il enfin, posant sa main libre sur sa joue. Et ne me réponds pas « rien ».
Tremblante, elle poussa un long soupir.
— J’aimerais juste en finir une bonne fois… ensuite, je saurai à quoi m’attendre.
Il fut pris d’un accès de tendresse, teinté d’une pointe de déception.
— Ce n’est pas vraiment le genre de chose qu’un homme a envie d’entendre quand il essaie de séduire sa femme.
— Max ! (Elle lui jeta un regard soucieux.) J’ai l’impression de tâtonner dans le noir. Si je savais, je pourrais…
— Contrôler la situation ? la taquina-t-il gentiment.
Elle serra les poings sur la taille de Max.
— Tu penses que je devrais juste lâcher prise ?
— Non, dit-il, dégustant sa bouche entre chaque mot. On est tous un peu nerveux la première fois.
— Alors, tu vas…
— Et si au lieu de se précipiter, on faisait comme on le sent ? murmura-t-il. Pas d’attentes, pas de but à atteindre.
— Mais je veux aller au bout, dit-elle, butée.
Il sentit monter un désir affectueux, à la fois sauvage et espiègle.
— Ah oui ? (Il ne put s’empêcher de sourire.) D’accord.
Elle écarquilla les yeux comme si l’expression de son visage l’inquiétait.
— Max ?
Mais il l’avait déjà soulevée dans ses bras et alla la déposer sur le lit. Se plaçant au-dessus d’elle, il se cala entre ses cuisses.
— Passe tes jambes autour de moi.
— Cette sensation, haleta-t-elle, presque choquée. Ton jean…
Il se frotta contre sa chair délicate, conscient que le tissu rugueux allait décupler les sensations. Elle gémit et s’arc-bouta. Max n’eut pas besoin de plus d’encouragements. Inclinant la tête, il prit un petit téton sombre dans sa bouche et se mit à le sucer, tout en glissant une main entre eux pour toucher le minuscule bourgeon si sensible au cœur de sa chair fondante.
Elle laboura ses épaules des doigts, partagée entre l’envie de l’attirer plus près et de le repousser. Tout en se penchant sur le sein qu’il avait négligé, Max commença à titiller son clitoris, fermement d’abord puis avec plus de douceur. Là. Il sentit aussitôt sa réaction et s’adapta à ce qui la comblait le mieux, se détachant d’elle pour pouvoir aussi caresser l’entrée sensible de son vagin.
Elle était trempée. Il ne résista pas à la tentation de glisser un doigt à l’intérieur. Il n’en fallut pas davantage.
Elle poussa un cri étouffé et son corps se tendit comme un arc.
Lorsque des spasmes de plaisir secouèrent le corps de Sophia, Max ne songea plus qu’à s’enfouir en elle, sentir ses muscles se contracter autour de sa verge. La sueur se mit à perler le long de sa colonne vertébrale tandis qu’il l’apaisait de son orgasme.
Ce n’était supportable que parce que c’était lui qui l’avait fait jouir, sa J intelligente, séduisante, entêtée… et vulnérable.
Se redressant pour appuyer les mains de chaque côté de sa tête lorsqu’elle s’affaissa sur le lit, le souffle court, il lui vola un baiser. Puis un autre. Elle s’offrit à lui sans hésiter, son corps relâché sous le sien, sa peau luisante de transpiration.
— Tu te sens plus détendue ? murmura-t-il.
Sophia souleva les paupières et vit la lueur malicieuse dans ses magnifiques yeux couleur de chocolat noir.
— Oui, merci. (Elle esquissa un sourire… c’était une sensation toute nouvelle, et d’une perfection sublime.) Ça a été trop rapide pour toi ?
— Un peu, mais j’ai l’intention de prendre ma revanche. (Max lui donna un autre de ces baisers dont il avait le secret… comme s’il avait tout son temps pour l’embrasser.) Maintenant, allonge-toi et savoure.
À cet instant-là, elle aurait été incapable de faire autre chose. Théoriquement, elle avait su ce qu’était un orgasme, mais c’était bien différent de le vivre dans sa chair.
— Ce sera comme ça quand on aura des relations sexuelles ?
— Oui. Exactement pareil. Ne t’inquiète pas.
Elle crut l’entendre s’étrangler un peu, mais Max avait incliné la tête pour couvrir sa clavicule de baisers et elle commençait à avoir du mal à raisonner. Tendant les bras, elle parvint à atteindre son dos et tira sur son tee-shirt.
— Tu l’enlèves ?
Il redressa la tête.
— Ça ne te dérange pas qu’on ait autant de contacts physiques après ce qu’on vient de faire ?
Elle fut tentée de répondre « non » sans hésiter, mais elle s’accorda un moment de réflexion.
— Non. (Une étrange sensation monta dans sa poitrine, mélange de plaisir, d’impatience… et d’humour.) Tu es merveilleusement idiot.
Il laissa échapper un rire surpris. Se redressant pour la placer sur ses genoux, il se fendit d’un large sourire.
— On dirait qu’avoir la tête dure prend une tout autre dimension avec toi.
Il se débarrassa de son tee-shirt avec une économie de gestes que Sophia trouva très masculine. Ce fut alors qu’il se tournait pour jeter le tee-shirt par terre qu’elle le repéra.
— Attends. (Se dressant sur les coudes, elle essaya de voir son dos.) Qu’est-ce que c’est ?
À sa grande surprise, le rouge monta aux pommettes de Max.
— Un souvenir de ma folle jeunesse.
La curiosité de Sophia redoubla.
— Montre-moi.
Marmonnant dans sa barbe, il se pencha sur elle pour l’embrasser.
— Tu pourras regarder plus tard.
— Mais…
Il plaqua la bouche sur la sienne, l’assaillant de son désir accumulé. Oh, pensa-t-elle, oh. Et son esprit ne fut pas en mesure d’aller plus loin, car Max la clouait au lit et le contact de sa peau lui envoyait des ondes brûlantes dans tout le corps. Mais au lieu de se rétracter comme elle l’aurait fait avant, elle se cambra vers lui. Fini d’avoir peur, songea-t-elle. C’était la vie. C’était Max.
— Sophie, ma douce et séduisante Sophie.
La mâchoire de Max effleura son cou lorsqu’il baissa la tête pour embrasser ses seins. Jamais elle ne se serait doutée qu’elle aimerait autant la bouche possessive de cet homme. Ondulant sous la main qu’il appuyait sur ses côtes pour la maintenir en place et la couvrir de caresses frustrantes, elle sentit la forme intrigante de son érection pressée contre sa cuisse.
— Max, s’il te plaît.
Elle repoussa ses épaules chaudes et luisantes.
Il releva la tête, ses cheveux ébouriffés lui barrant le front.
— Sophie ?
— Je veux voir.
Il tressaillit et la laissa le retourner sur le dos. La mâchoire crispée et les muscles durs comme de la pierre, il agrippa les barreaux de la tête de lit mais ne protesta pas quand elle se dressa à côté de lui et se mit à explorer de la main son torse musclé.
— Tu as le torse lisse. (Couleur d’or sombre et imberbe.) Sauf ici.
Une fine ligne noire qui démarrait juste sous son nombril et se prolongeait plus bas.
Max siffla entre ses dents lorsqu’elle se mit à suivre sa trajectoire du doigt. Elle le regarda les yeux mi-clos, sentant une envie inavouable s’éveiller au fond de son âme.
— J’apprends très vite, tu sais.
Il lâcha un juron.
— Je ne suis pas vraiment d’humeur à être titillé.
— Tu en es sûr ?
Une curieuse excitation dans le sang, elle alla au bouton de son jean et s’aperçut qu’il était déjà défait. Elle comprit vite pourquoi. Le sexe tendu de Max pressait contre sa braguette.
— Je m’en charge, dit Max alors qu’elle s’apprêtait à descendre la fermeture.
Mais elle retint sa main et entremêla leurs doigts.
— Tu ne me fais pas confiance ?
Il lui jeta un regard brûlant.
— Si tu me touches, c’est fini.
— En ce cas, on recommencera.
Elle déposa un baiser sur leurs mains jointes puis lâcha celle de Max. Malgré le feu dans ses yeux, il ne l’arrêta pas lorsqu’elle fit de nouveau courir ses mains sur son beau corps et ses hanches minces puis commença à tirer sur la braguette. Elle la descendit avec précaution, mais sans hésiter. C’était grâce à Max. Elle ne se voyait pas s’exposer à ce point avec un autre homme.
L’abdomen de Max se détendit un peu tandis qu’elle achevait de libérer son sexe, à l’étroit dans son slip. La curiosité la submergea dans une vague de désir éhonté. Elle avait vu des images médicales d’hommes, avait étudié les organes génitaux en cours de médecine, mais personne ne lui avait dit que tout serait différent lorsqu’il s’agirait de son homme. Ses doigts la démangeaient de le caresser, son cœur cognait d’excitation dans sa poitrine, l’impatience lui rendait la bouche sèche.
Levant la tête, elle vit qu’il avait fermé les yeux et que les tendons de son cou ressortaient sur les tons chauds de sa peau. Et elle sut qu’il ne l’empêcherait pas de satisfaire ses envies. Tremblante, la peau tendue et le corps moite, elle s’abandonna à la délicieuse chaleur liquide qui se diffusait dans son ventre et commença à déposer des baisers le long de la fine ligne de poils. Leur texture était à la fois soyeuse et rêche contre la chair brûlante de Max, et d’instinct elle se mit à le caresser tout en le goûtant.
— Bon sang, bébé, s’étrangla-t-il.
Elle posa la joue sur son ventre et empoigna son sexe raide à travers le tissu noir de son slip. Le corps entier de Max se contracta… et prise d’une inspiration exquise, elle passa la langue au bord de son slip et serra sa virilité d’une main ferme.
— Sophie !
Lorsque Max sortit de la salle de bains, il trouva Sophie recroquevillée sous les draps, l’air coupable. Une joie soudaine le réchauffa de l’intérieur, mais il garda un visage sévère.
— C’est la deuxième fois que tu vas trop vite. (Ça ne lui était… jamais arrivé de perdre le contrôle comme ça.) Ne t’imagine pas que tu vas échapper à ta punition.
Les joues de Sophia s’embrasèrent alors qu’il se glissait sous les draps à côté d’elle. Mais même si la tentation était forte, il ne l’attira pas dans ses bras, ayant remarqué qu’elle réagissait beaucoup plus vite au moindre contact.
— Il va te falloir un moment pour t’en remettre.
Elle lui lança un regard buté, puis soupira.
— Tu as raison. Je pense que mes sens ne peuvent pas en encaisser davantage aujourd’hui.
— C’est un peu comme pour une personne affamée, murmura Max. Quand elle se remet à manger, elle doit commencer par de petites bouchées.
— Je peux prendre une bouchée de toi ?
Connaissant le côté malicieux de Sophia, sa question taquine ne l’étonna pas.
— Si tu me le demandes gentiment.
Ils restèrent allongés ensemble un moment à parler de tout et de rien, puis, plus tard, du casse-tête qu’était l’enquête Nikita, assis côte à côte dans le salon. Mais elle finit par devoir retourner à son appartement.
— J’aimerais pouvoir passer la nuit avec toi, lui dit-elle alors qu’il la raccompagnait. Mais ce serait trop pour aujourd’hui.
— La prochaine fois, dit-il, gardant ses distances tandis qu’elle déverrouillait la porte et entrait. Sophia ?
Elle se retourna vers lui, si belle avec ses yeux incroyables et sa chevelure de soie noire.
— Préviens-moi s’il se passe quelque chose.
Il crispa la main sur la porte à la pensée qu’il pourrait la perdre à cause de son don impitoyable, ne plus jamais la voir sourire dans son lit ni l’entendre parler sur ce ton sérieux dans lequel perçait une pointe d’émotion sauvage.
— D’accord. (Sa voix était assurée, mais il vit la douleur dans son regard lorsqu’elle leva la tête.) Je suis tellement en colère, Max, dit-elle dans un brusque murmure. Comment suis-je censée lutter contre mon propre esprit ?