CHAPITRE 34

Max inspira brusquement, mais ce fut Faith qui prit la parole.

— Ça devrait être impossible. Je connais des hommes et des femmes de classification C qui ne voient que le passé, et ils travaillent tous pour la Justice… leurs boucliers sont impénétrables. Je suppose qu’il en va de même pour les J-Psis.

— En effet, dit Sophia en donnant sa tasse de café à Max pour qu’il la repose sur la table de chevet. Mais cette tentative était assez musclée pour exercer une pression presque insupportable sur mon cerveau.

Son corps trembla à peine, mais Max le sentit.

Après l’avoir déposée sur le lit avec toute la tendresse dont il était capable, il bascula les jambes dans le vide et dit  :

— On pourra discuter de ça plus tard. Pour le moment, Sophia a besoin de repos.

— Oui, bien sûr.

Faith se leva aussitôt. Vaughn mit un peu plus de temps à l’imiter.

Max les raccompagna à la porte, anticipant ce que la sentinelle de DarkRiver allait dire.

— Elle est toujours rattachée au Net, Max. Ce qui signifie qu’on ne peut pas se fier à elle.

Max se sentit crisper la main sur la porte.

— C’était aussi le cas de Faith quand tu l’as rencontrée, si je ne me trompe pas.

— La situation est différente et tu le sais. (Le changeling n’avait pas l’air en colère ; on sentait tout au plus dans sa voix qu’il compatissait.) Faith était surveillée, mais dans un cadre isolé. Sophia est prise au beau milieu de la Justice Corps. Il y a tout un tas de gens qui la tiennent à l’œil.

Et même si la sentinelle ne le précisa pas, Max savait ce que ça impliquait ; il y avait peut-être déjà quelque chose dans la tête de Sophia, quelque chose qui avait bel et bien réussi à infiltrer ses boucliers à son insu.

 

Après avoir enfilé un tee-shirt ample pour dormir, Sophia sortit de la salle de bains et trouva Max qui l’attendait à côté du lit. Il était fort, beau… distant, et le pistolet électrique qu’il tenait négligemment à la main rappelait de façon flagrante qui il était et le boulot qu’il faisait.

— Reste avec moi, lâcha-t-elle sans réfléchir, la peau toujours imprégnée de la chaleur de son corps. Je pense pouvoir supporter les sensations maintenant.

Cette invitation exigea d’elle tout son courage. Elle se mordit la lèvre pour ravaler la supplique qui ne demandait qu’à sortir. Elle ne voulait pas qu’il ait pitié d’elle… mais – oh  ! –, elle avait tellement besoin de lui.

Sans un mot, il posa le pistolet électrique sur la table de chevet et arracha son tee-shirt. Elle crispa les mains sur l’ourlet du sien. Inclinant la tête, il repoussa l’édredon et attendit qu’elle vienne dans le lit. Alors qu’il s’apprêtait à l’imiter, toujours vêtu de son jean, une pensée traversa l’esprit de Sophia.

— Max, et si on m’avait infiltrée  ? Tu ne devrais pas laisser une arme si près de moi.

— Le cran de sûreté est mis, et il ne peut être désactivé qu’avec l’empreinte de mon pouce et si je suis conscient, dit-il en tirant l’édredon sur eux. Et sans vouloir t’offenser, Sophie, mon cœur, tu ferais un piètre assassin.

— Je pourrais te pulvériser l’esprit, lui rappela-t-elle.

— Tu aurais du mal, répondit-il. D’après ce que j’ai découvert au fil des années, mon bouclier naturel m’avertirait suffisamment vite pour que j’aie le temps de prendre mon arme… ou de t’assommer, vu que tu es minuscule.

Il grimaça à ces mots.

— Tant mieux.

Soulagée même si elle voyait qu’il ne supportait pas l’idée de lui faire du mal, elle le laissa glisser un bras sous sa tête et passer l’autre autour de sa taille. L’accumulation de sensations et de contacts lui embrasait toujours la peau, mais elle songea qu’elle commençait à s’y habituer. Avec Max, ce n’était pas une intrusion mais un choix de sa part. Elle se retourna et posa les mains à plat sur son torse.

De la chaleur. Une fièvre soudaine. De la douleur, presque.

— Mais pas de voix dans ma tête, chuchota-t-elle. Pas de pensées, pas de passé, pas de souvenirs en dehors des miens.

Max la serra dans ses bras avec douceur, et elle sut qu’il comprenait.

— Ne force pas les choses, dit-il. On a dit des petites bouchées, tu te souviens  ?

Elle n’écoutait pas, prise dans une tempête de sensations, comme si le monde autour d’elle était un kaléidoscope.

— On n’est jamais allés au bout.

Max cessa de lui caresser le dos.

— Tu es loin d’être en état de…

Elle inclina la tête et se mit à lui embrasser le cou, inspirant son odeur dans ses poumons.

— Sophie  !

Puis il posa la main sur sa joue, la retourna sur le dos et lui donna un baiser à couper le souffle. Le kaléidoscope tournoya jusqu’à exploser.

Alors que les morceaux pleuvaient autour d’elle, elle s’aperçut qu’elle agrippait les épaules de Max pour tenir le coup. Ses muscles puissants bougeaient avec fluidité sous ses paumes. Au lieu de chercher à contrôler la masse de données sensorielles, elle se laissa aller et s’enivra de sa chaleur sauvage, de la pression délicieuse de ses lèvres, de la façon dont il appuyait le pouce sur sa mâchoire pour qu’elle l’accueille dans sa bouche.

 

Max sentit Sophia lâcher prise. Elle fondait pour lui, l’invitait à entrer de toutes les fibres de son être.

C’était la plus délectable des tentations.

Mais il n’avait pas l’intention de profiter d’elle alors qu’elle avait été désorientée et perdue à peine quelques minutes plus tôt. Mettant fin à leur baiser, il regarda ses yeux qui avaient de nouveau viré au noir absolu ; il perçut pourtant une différence, même s’il aurait été bien en peine de la décrire. Il savait seulement que cette fois, la noirceur n’était pas un signe de danger.

— Est-ce que les yeux de tous les Psis font ça  ? murmura-t-il contre ses lèvres, ses jambes mêlées aux siennes et sa main dans ses cheveux.

Elle caressa ses épaules avec avidité, et l’homme qu’il était fut flatté de lui procurer un tel ravissement.

— C’est plus flagrant chez les individus de haut rang… mais je pense y être particulièrement sujette compte tenu de la nature de mon esprit.

Des mots calmes, mais ses yeux et son corps en disaient plus long.

Il la sentait presque trembler tant elle était tendue.

— Je sais qui tu es, dit-il, soutenant son regard. Ce ne sont pas tes « imperfections » qui vont me faire fuir.

Des larmes brillèrent dans ses yeux de firmament et les rendirent iridescents.

— On s’est bien trouvés, toi et moi, chuchota-t-il en se plongeant dans son regard tourmenté. Deux pièces brisées qui forment un tout. (Ce n’était pas la déclaration la plus romantique qui soit, mais elle venait du fond de l’âme.) Je refuse de te perdre.

Elle l’attira vers elle et l’embrassa jusqu’à ce que le corps de Max vibre pour elle et qu’elle ait le souffle court. Il s’écarta.

— Ça te fait mal, autant de contacts  ?

Une pause.

— Non.

En jurant, il roula sur le côté pour s’asseoir au bord du lit et la regarda par-dessus son épaule.

— Bon sang, pourquoi est-ce que tu…

— Je n’ai pas menti, Max.

Se lovant sur le flanc, elle le contempla avec une intensité qui lui fit comprendre qu’il était le centre absolu de son univers. Ça aurait effrayé certains hommes, mais Max savait qu’il la regardait de la même manière.

Sa poitrine se souleva lorsqu’elle inspira, tremblante.

— Je n’ai pas de mot pour décrire ces sensations. Celui qui se rapproche le plus est « douleur », mais je sais que ce n’est pas ça. Je ne recherche pas la douleur. Et pourtant, je recherche ce qui se passe quand tu me touches.

Max se tourna face à elle et posa une main à côté de sa jambe.

— On dirait que tes nerfs sont à vif… surchargés.

— Peut-être, dit-elle d’une voix claire qui témoignait de sa volonté de fer. Mais je ne veux pas aller moins vite.

La volonté de Max était tout aussi forte.

— On ne se touche plus. Je refuse de te faire du mal.

Les épaules de Sophia s’affaissèrent.

Sentant qu’il avait l’avantage, il insista.

— Pourquoi a-t-on essayé de pirater ton esprit cette nuit  ?

— Sûrement parce que quelqu’un voulait contaminer les preuves que je suis censée fournir dans une affaire de meurtre de premier plan, dit-elle en évitant son regard.

Il songea que c’était de la honte qu’il lisait sur son visage.

— Sophie  ?

— Je vais te le dire… laisse-moi juste encore un peu de temps, d’accord  ? (Elle était si vulnérable avec ses émotions mises à nu.) S’il te plaît, Max  ?

Il relâcha son souffle.

— Je commence à me dire que tu te sers de l’expression « s’il te plaît » pour m’amadouer.

Une lueur de surprise s’alluma dans les yeux de Sophia.

— Non, ce n’est pas le cas… mais je pourrais  ?

Un rire inattendu et spontané secoua la poitrine de Max.

— Tu crois que je vais te répondre  ?

— Ça veut dire oui. (Elle semblait aussi abasourdie que ravie.) Je promets de faire bon usage de mes pouvoirs.

Il tendit la main pour lui assener une petite claque sur les fesses à travers l’édredon.

— Tu as l’étoffe d’une peste.

Sa Sophie qui commençait à s’éveiller de décennies de sommeil esquissa un lent sourire.

— Il faut que je te dise quelque chose au sujet de l’enquête Nikita. J’ai oublié de le mentionner plus tôt.

Il laissa la main sur sa hanche, savourant ses courbes et sa chaleur même s’il ne pouvait pas toucher sa peau.

— J’avais l’intention de te demander quelque chose, moi aussi. Au sujet de Ryan…

— C’est de lui que je voulais parler, l’interrompit-elle, et plus précisément, de la raison pour laquelle il a subi un reconditionnement il y a six mois.

Max fronça les sourcils.

— Le fichier est scellé.

Il avait déjà essayé d’y accéder ce soir-là.

— J’ai demandé à un autre J-Psi de me rendre service. (Elle se redressa en position assise et frissonna lorsque la main de Max glissa sur sa cuisse.) Ryan a tué quelqu’un, mais c’était un accident. Il a perdu le contrôle de ses pouvoirs de télékinésie.

Après l’avoir de nouveau caressée à travers l’édredon, Max se leva pour aller à la fenêtre puis se retourna.

— Jusqu’à quel point le reconditionnement a-t-il pu lui embrouiller le cerveau  ?

— Va savoir… c’est un processus intensif, mais il laisse l’esprit intact. C’est le but… éliminer les fractures afin que l’individu puisse fonctionner. (Elle parlait d’expérience.) Ce serait logique qu’il ait des affinités avec Purs Psis si ses aptitudes déraillent.

— Mais… (Max croisa les bras et s’adossa au mur à côté de la fenêtre.) On en revient au fait qu’il ne travaillait pas pour Nikita quand l’ascenseur a été saboté. Je peux concevoir qu’il y ait une taupe. Mais deux  ? Non. Pas au sein de l’organisation de Nikita.

— Il est la meilleure piste que nous ayons.

Max se redressa.

— Et il n’ira nulle part cette nuit. Je vais appeler la Sécurité pour m’assurer qu’il est sous surveillance. On pourra lui parler demain.

Sophia savait qu’il allait partir. Se glissant sous l’édredon, elle lui tourna le dos. Elle s’était pliée à sa volonté, mais ça ne voulait pas dire qu’elle devait aimer ça.

— Sophie.

Elle rajusta son oreiller.

Il jura à voix basse, puis elle sentit le matelas s’enfoncer.

— Je ne peux pas rester cette nuit, bébé.

La chaleur de la hanche de Sophia se diffusa à sa main malgré l’édredon.

Il avait promis de se battre pour elle. Eh bien, elle allait se battre pour lui elle aussi.

— On n’est pas obligés d’être peau contre peau. (Elle se retourna face à lui, s’abstenant de le toucher.) Tu peux dormir sur l’édredon.

Puis elle lui fit un petit sourire.

— S’il te plaît  ?

— Tu as vraiment l’étoffe d’une peste.

Mais Max resta et dormit aux côtés de sa J jusqu’à l’aube. Le rêve survint juste avant qu’il se réveille, un rêve dans lequel River courait derrière lui en riant tandis qu’ils pourchassaient un chien errant qu’ils avaient adopté.

Il ouvrit les yeux, des larmes dans la gorge et le cœur gonflé dans sa poitrine. Et il sut qu’il avait rêvé de ce moment de joie grâce à la femme qui s’éveilla l’instant suivant.

— Merci, dit-il.

Elle avait les paupières lourdes et ses boucles sombres retombaient sur sa joue.

— Pourquoi  ?

— Pour m’avoir fait me rappeler. (Il avait enterré son passé trop douloureux, mais ce faisant, il avait aussi enterré son frère.) Je pense que tu aurais adoré River, dit-il. Il t’aurait appris toutes les astuces possibles et imaginables pour devenir une vraie peste.

Puis, tandis qu’ils se levaient, s’habillaient et mangeaient, il lui parla de ce frère qui lui avait laissé une profonde cicatrice dans le cœur.

 

Sophia retint Max alors qu’il s’apprêtait à descendre de voiture devant l’immeuble Duncan.

— Je veux te parler de la raison du piratage.

Elle ne pouvait plus se cacher, pas après la façon dont il s’était confié au sujet de ses souvenirs et de sa famille. Son cœur débordait d’une telle émotion qu’elle avait du mal à respirer et à parler.

— Quoi qu’il en soit, tu sais que ça ne change rien, dit Max, la main posée derrière le siège de Sophia. Pas entre nous.

— Je peux altérer les souvenirs.

Elle n’essaya pas de maquiller la vérité.

— Je sais.

Elle leva vivement la tête.

— Quoi  ?

— Je suis flic, Sophie, lui rappela-t-il, narquois. Il ne m’a pas fallu plus de deux ans pour prendre conscience de ce que les J-Psis pouvaient faire.

— Pourquoi tu ne nous détestes pas, alors  ?

— Je suis toujours parti du principe que le choix ne vous appartenait pas. Et puis, j’ai fait mon boulot. J’ai collecté les preuves. L’issue des procès majeurs ne dépend pas uniquement de celles fournies par un J-Psi.

Elle aurait dû en rester là, mais puisqu’elle avait commencé, il fallait qu’elle aille au bout. Elle refusait de recourir à la tromperie pour obtenir son affection et sa loyauté. Ce serait violer la confiance entre eux, souiller leur relation. Aussi, malgré l’étau glacé de sa peur du rejet qui lui serrait la gorge, elle lissa sa jupe déjà parfaitement droite et dit  :

— Tu te souviens du docteur Henley  ?

Le célèbre généticien avait tué de sang-froid sa femme enceinte, puis l’avait soigneusement découpée en petits morceaux qu’il avait jetés à la mer en allant pêcher un dimanche. On supposait même qu’il s’était servi de certains morceaux comme appâts.

— C’est une affaire que je ne risque pas d’oublier.

— Le Conseil avait prévu de le transférer dans un centre Psi où il aurait pu poursuivre son travail novateur. (Le meurtre inhumain d’une femme innocente et de son enfant à naître n’avait été considéré que comme un simple désagrément.) Tous les J-Psis étaient au courant.

— Quel dommage alors qu’une embolie soudaine ait arrêté son cœur le premier jour de son séjour en prison et qu’il soit mort avant que les médecins aient pu intervenir, dit Max sur un ton dur.

Sophia prit une brusque inspiration. Elle avait deviné qu’il comprenait ce dont les J-Psis étaient capables et avait voulu enfoncer le clou par souci d’honnêteté totale entre eux, mais d’après ce qu’il disait…

— Tu sais depuis toujours  ?

— Les flics appellent ça la sanction des J-Psis, dit-il, la mine sombre. Tu n’étais pas dans les parages. J’ai vu ton registre. Tu étais loin de la prison de Henley quand il est mort.

— Oui.

Puis  :

— Ce n’était pas moi. Pas cette fois-là.

Il fit coulisser sa portière.

— Viens.

Elle sortit et lui emboîta le pas, le cœur serré et plein d’espoir.

— Je sais que tu m’as acceptée telle que je suis (ce qui l’émerveillait toujours autant), mais je pensais quand même que tu serais plus…

— Stupide  ? (Il ricana.) J’ai vu des hommes riches esquiver des accusations de viol, des hommes politiques enterrer des plaintes pour abus, des jeunes filles se suicider après qu’on leur avait fait du mal. Je n’approuve pas qu’on fasse justice soi-même, mais les J-Psis ne sont pas franchement des justiciers. Ils connaissent la nature exacte de chaque crime, et les punitions qu’ils distribuent sont en général parfaitement calibrées… sans compter qu’ils n’interviennent que dans les cas où l’accusé se serait sinon soustrait à la justice.

— Nous ne sommes pas à la fois juge et jury. (Elle n’avait jamais abordé ouvertement le sujet.) Même entre J-Psis, on n’en a jamais vraiment parlé.

Mais ils connaissaient les paramètres, savaient ce sur quoi la Corps fermerait les yeux parce qu’elle considérait que c’était le prix à payer quand on intégrait des J-Psis au système.

— Nous intervenons en dernier recours, lorsque les instruments de la justice abandonnent les victimes.

— Quel est l’impact sur un J-Psi qui joue ce rôle… celui du bourreau, si nécessaire  ? demanda Max alors qu’il s’arrêtait devant les ascenseurs, se positionnant de manière que Sophia n’apparaisse pas dans le champ des caméras de surveillance.

— « À chaque action, une réaction égale et opposée », dit-elle, citant une célèbre loi physique. Cette maxime se vérifie aussi sur le plan psychique.

Max serra les lèvres.

— C’est donc dommageable pour le J-Psi  ?

— Pas vraiment dommageable. Je dirais plutôt… que ça le change.

Une longue pause.

— Tu ne peux plus continuer, dit-il enfin tout bas. Tu comprends, Sophia  ?

Les lèvres de cette dernière tremblèrent une fraction de seconde.

— Max, tu essaies de me réparer  ?

C’était impossible, et elle ne supporterait pas qu’il s’en rende compte trop tard et tourne les talons.

— Non. J’essaie de te sauver. (Une réponse implacable et sans appel.) C’est une question de choix. J’ai besoin que tu choisisses de lutter contre cet instinct… chaque fois que tu cèdes, ça emporte une petite partie de ta psyché.

L’alter ego de Sophia – mêlé aux fils sombres qui avaient le goût du Net – s’agita et réfléchit, puis s’inclina.

— Je peux le faire.

Pour Max, et seulement pour lui. Il était flic. Il avait accepté le passé de Sophia les yeux et le cœur ouverts, mais – même si seuls quelques individus prenaient conscience du lien qui les unissait – toute impulsion qu’elle aurait par la suite serait susceptible d’avoir des répercussions sur lui et d’entacher sa carrière ; et elle était trop fière de lui pour prendre ce risque.

— Ce n’est pas cher payé pour être avec toi.

— Il n’y a pas de prix à payer, Sophie, pas d’ultimatums. (Ce réconfort inconditionnel qu’il lui offrait lui donna envie d’agripper les pans de sa veste pour l’attirer vers elle et l’embrasser sans retenue.) Tu es à moi… et je te garde quoi qu’il arrive.

— Ça veut dire que tu es à moi, toi aussi.

C’était un cri qui venait de son cœur sombre, cet endroit qui n’avait jamais vu la lumière… jusqu’à ce que cet homme pose sur elle un regard qui disait que ses imperfections ne faisaient pas d’elle un déchet bon à jeter. Pour la première fois de sa vie, elle avait commencé à se sentir entière, à ne percevoir ses cicatrices et ses fractures que comme de simples parties d’elle-même.

Max haussa les épaules, et sa légère fossette creusa sa joue.

— Je ne le contesterai pas.

— Alors, dit-elle, déterminée à le revendiquer comme sien de tout son être – y compris la fillette jusqu’alors solitaire et effrayée qui ne s’était jamais exprimée qu’à travers une justice froidement exécutée –, si je trouve la carte de visite d’une femme dans ta veste, il vaudrait mieux que ce soit une collègue.

Max sentit un rire monter dans sa poitrine et dut lutter contre l’envie d’attirer Sophia dans ses bras et de mordre sa lèvre inférieure charnue dans un élan possessif.

— Personne n’osera me draguer quand j’aurai précisé que ma femme est une J-Psi jalouse.

« Ma femme. » Elle perdit contenance.

— Max, quoi qu’il arrive, on ne pourra jamais…

— Je te l’ai dit, Sophie. Tu es à moi. Point final.