ÉPILOGUE

« Je suis désolé, Max. S’il te plaît, ne sois pas fâché. Je ne peux plus rester ici. »

 

Note manuscrite de River Shannon à Max Shannon.

 

Sophia ne s’était jamais sentie aussi comblée qu’elle l’était à cet instant-là, assise sur le lit dans les bras de Max tandis qu’ils regardaient l’écran de divertissement. L’émission n’avait pas d’importance ; ce n’était qu’un bruit de fond. Mais la chaleur de Max, son odeur, et le fait de savoir que jamais plus on ne pourrait lui voler ça… Le bonheur qu’elle ressentait était presque violent.

Max frotta son menton sur ses cheveux.

— J’arrive à deviner quand tu penses.

— Tu es sûr que tu n’es pas Psi  ?

Elle déposa un baiser sur la peau brune et dorée de Max sous sa joue. Il ne portait qu’un boxer, tandis qu’elle avait enfilé un débardeur et un pantalon de pyjama orné d’un motif de pingouins qui dansaient.

Max lui massa la nuque d’un geste absent.

— Humain primitif à cent pour cent.

Donnant un petit coup de poing dans son abdomen nu et musclé, elle se dressa pour déposer un baiser sur sa mâchoire.

— C’est comme ça que je t’aime.

Il s’empara de sa bouche et lui coupa le souffle. Lorsqu’il la libéra, il dit  :

— Je savais que c’était pour mon corps que tu me voulais.

— Ça et ton salaire. (Sourire aux lèvres, elle le renversa sur les draps et grimpa sur lui à califourchon, les coudes appuyés de chaque côté de sa tête.) Tu vas accepter le poste que Nikita t’a proposé  ?

— La perspective de travailler pour une Conseillère me donne de l’urticaire. (Il grimaça et posa les mains sur ses hanches. Puis plus bas.) Mais je songe aussi à tous les secrets que je pourrais apprendre, à tous les autres flics que je pourrais aider avec les contacts que je me ferais, à tout ce à quoi j’aurais accès.

Frissonnant à ses caresses, Sophia décida qu’elle allait devoir l’amener devant un miroir ce jour-là. Ce fantasme était en train de la rendre folle.

— Comme j’ai déjà vendu mon âme, je n’ai plus guère de crédibilité (cette remarque lui valut un large sourire, et elle ne put s’empêcher d’embrasser sa fossette), mais Nikita semble préférable à d’autres.

— Ce qui ne veut pas dire grand-chose.

— Non.

Elle fit courir une main sur son torse, ravie de pouvoir l’adorer autant qu’elle le voulait, sans inquiétude ni crainte. Tant qu’il n’y aurait pas de fuites sur le Net, personne ne viendrait la traquer… pas sur le territoire de Nikita.

— Max, ça t’embête qu’on doive continuer à être prudents  ?

Le changement, quel qu’il fût, allait prendre du temps.

— Je t’aurais perdue si tu avais subi la rééducation totale, dit-il, la mine sombre. Comparé à ça, un peu de discrétion n’est rien. Et tu sais que ça m’excite quand tu es toute propre sur toi en public, ajouta-t-il avec son sourire habituel. Ça me donne envie de te ramener à la maison, de te déshabiller et de t’apprendre des choses très coquines.

Il malaxa sa peau avec des gestes possessifs et sensuels.

— Ah oui  ? (Elle commença à glisser la main plus bas.) Peut-être que…

On sonna à la porte. Coupé dans son élan, Max grimaça quand Sophia leva la tête.

— N’y fais pas attention. C’est sans doute l’un des hommes de main de Nikita qui vient s’assurer que « j’envisage sérieusement » son offre.

— Comme si tu allais prendre une décision qui ne te convient pas. (Elle le poussa.) Va ouvrir. Ils ne partiront pas sinon.

L’air meurtrier, Max se leva et enfila son jean, exhibant le magnifique tatouage dans son dos. Et Sophia songea qu’il n’était pas beau uniquement parce que Max avait fait écrire son nom sur la lame.

— Je t’aime, Flic.

Il se retourna pour mordiller sa lèvre inférieure.

— Tant mieux, parce que tu restes à perpétuité et tu n’as aucune chance d’obtenir la liberté conditionnelle.

Puis il sortit, pieds nus et les cheveux ébouriffés. Elle savait qu’il l’avait fait exprès… pour agacer les assistants que Nikita avait dû envoyer.

Se levant à son tour, elle enfila un peignoir en tissu-éponge et se mit à se brosser les cheveux.

— Allons voir qui c’est, veux-tu  ? dit-elle à Morpheus qui se frottait contre ses chevilles.

Elle laissa sa brosse en suspens lorsqu’elle vit l’homme dans l’embrasure de la porte.

 

Max agrippait la porte, les jointures de sa main blanchies.

— Comment as-tu franchi la sécurité  ?

Ce fut la première question qui lui vint, et la dernière chose qui lui importait.

L’homme blond dans le couloir referma une main sur le poignet de l’autre.

— Je me suis annoncé à la réception, et ils ont dit que j’étais sur la liste. Alors… je… (Il déglutit.) Tu étais au courant  ? Enfin, tu veux que je m’en aille  ? Je pensais…

Max empoigna son frère cadet et le serra dans ses bras de toutes ses forces.

— Espèce d’idiot. Si tu essaies de t’enfuir cette fois, je te colle derrière les barreaux.

River l’enlaça. Max sentit de l’humidité sur sa peau et dut lui-même cligner des yeux et ravaler le nœud dans sa gorge. Au bout d’un long moment, il leva la main et ébouriffa les cheveux de River.

— Où étais-tu passé, petit  ?

River lui adressa un sourire penaud alors qu’ils s’écartaient l’un de l’autre.

— Je remettais de l’ordre dans ma vie.

— Tu n’aurais pas pu faire ça sans disparaître  ?

River baissa la tête et fourra les mains dans les poches arrière de son jean. Sa réaction fit sourire Max, dont le cœur débordait d’affection. Cet homme avait beau avoir grandi, il le connaissait.

— Max  ? dit Sophia de sa voix douce. Tu comptes l’inviter à entrer ou l’interroger sur le pas de la porte  ?

River écarquilla les yeux à la vue de Sophia.

— Wow, Max, qu’est-ce que tu lui as raconté pour qu’elle accepte d’entrer  ?

Max pinça affectueusement l’oreille de River lorsqu’il se faufila à l’intérieur et se pencha pour embrasser Sophia sur la joue.

— Salut, tu es sûre d’être avec le bon frère  ?

Sophia n’avait jamais eu de frère ou de sœur plus jeune. Mais cet homme, avec ses yeux rieurs et son sourire éclatant…

— C’est une proposition  ?

— Ça en serait une si Max n’avait pas toujours été un peu possessif, chuchota-t-il.

Max passa un bras autour de la taille de Sophia.

— Tu n’as pas intérêt à l’oublier.

River regarda Max alors que le détective tournait la tête pour déposer un baiser sur la tempe de Sophia, et l’espace d’un instant, elle vit les émotions de River mises à nu. Tant d’amour, de manque, de douleur. Elle songea que le frère de Max avait besoin d’eux.

— Bienvenue chez toi, River.

— C’est vrai  ? dit-il avec un air d’espoir teinté de doute.

Mais c’était Max qu’il regardait.

Ce dernier lui décocha un petit coup de poing à l’épaule.

— Tu vas rester, quitte à ce que je t’attache aux meubles.

— Inutile, dit River en baissant la tête, mais Sophia eut le temps de voir des larmes briller dans ses yeux, tu n’as qu’à m’attacher à elle.

— Je pense que je vais aimer avoir un petit frère, dit-elle alors que Max fronçait les sourcils par jeu. (Elle glissa le bras sous celui de River.) Alors, raconte-moi tous les secrets de Max.

Celui-ci referma la main sur sa nuque.

— Dites donc, on ne se ligue pas contre moi.

River éclata de rire, et les deux frères se lancèrent des reparties tandis que la chaleur de l’étreinte de Max réchauffait Sophia tout entière et qu’elle écoutait la joie cachée sous leurs paroles.

Chez nous.

Enfin, ils étaient tous chez eux.

 

Cinq choses se produisirent plus tard ce mois-là. Toutes capitales mais très différentes.

La première  : Max décida qu’il y avait des médicaments qu’il pouvait prendre contre l’urticaire.

La deuxième  : la Conseillère Nikita Duncan et le Conseiller Anthony Kyriakus se rencontrèrent afin d’échafauder un plan pour protéger leur territoire des incursions d’autres membres du Conseil.

La troisième  : Sascha Duncan parvint à mettre fin à une bagarre entre dix changelings léopards de six ans grâce à son aptitude… même si elle ne parvint pas à déterminer comment elle s’y était prise.

La quatrième  : le Conseiller Kaleb Krychek trouva le début d’une piste susceptible de le mener un jour à la personne qu’il cherchait.

Et la cinquième… Max offrit à Sophia de la lingerie très coquine pour leur lune de miel.