La circonstance qui provoqua la publication de Die Frage der Laienanalyse1 est bien connue. Au cours du printemps 1926, Theodor Reik, membre de la Société psychanalytique de Vienne, est l'objet d'une plainte pénale pour exercice illégal de la médecine. Quand s'engage l'instruction du procès, Freud entreprend de rédiger son opuscule. Commencé en juin, celui-ci est chez l'imprimeur en juillet et en librairie dès septembre. On le voit, les choses ne traînent pas. Peut-être grâce à Freud, sans doute aussi par défaut de preuves (la plainte d'un malade, tenu pour peu digne de foi, était à l'origine de l'affaire), le procureur met fin à l'action judiciaire après l'enquête préalable.
Deux ans auparavant, Freud avait déjà eu l'occasion de prendre position en faveur des analystes non médecins. En témoigne une lettre à Karl Abraham : « Le physiologiste Durig, qui est membre du Conseil supérieur de la Médecine, donc un personnage très officiel, m'a demandé mon sentiment sur l'analyse profane (Laienanalyse). Je le lui ai transmis par écrit puis je me suis entretenu avec lui de la question. Nous sommes parvenus à un large accord2. » Il est très vraisemblable que c'est ce haut fonctionnaire, cet « homme aux dispositions bienveillantes et d'une intégrité peu commune3 » qui a servi de modèle à la figure de l'interlocuteur impartial de Die Frage.
Reik était loin d'être le seul non-médecin membre de la Société de Vienne. Celle-ci d'emblée en accueillit plusieurs, parmi lesquels Otto Rank, venus des horizons les plus divers4. Mais nombre d'entre eux ne pratiquaient pas l'analyse, du moins les premiers temps. Rien pourtant ne serait plus erroné que de croire que Freud se contente ici de se porter au secours d'un collègue en difficulté ou entend prévenir d'éventuelles accusations à venir qui en toucheraient d'autres. Défendre la Laienanalyse qui, selon moi, ne saurait être réduite au seul cas de l'analyse pratiquée par les non-médecins, est une affaire de principe. L'enjeu pour lui est essentiel. D'où sa déception, parfois irritée, quand il mesure à quel point sa prise de position, dans sa fermeté, dans son évidence sereine, est souvent mal accueillie et toujours mal comprise5. Pour Freud, assurément, la question de l'analyse profane, c'est la question de l'analyse elle-même.
La circonstance viennoise, la circonstance Reik ne doivent pas en faire oublier une autre, peut-être plus importante, à savoir l'attitude des psychanalystes américains. En 1925, nous rapporte Jones, A.A. Brill, alors président de la Société de psychanalyse de New York, « publia un article dans un journal new-yorkais pour exprimer sa désapprobation de l'analyse pratiquée par les non-médecins puis annonça son intention de rompre avec Freud si l'attitude des Viennois vis-à-vis de l'Amérique ne changeait pas6 ». Entre Vienne et l'Amérique, les rapports n'ont jamais été faciles. Même en 1910, quand Freud prononce ses fameuses conférences à Worcester, il se montre réservé quant à l'engouement que suscitent ses idées. Puis, ici et là, on trouve sous sa plume des mises en garde, plus marquées d'ironie que de véhémence, contre tel ou tel trait qu'il impute, comme le font d'ailleurs la plupart des Européens, à l'american way of life. Pêle-mêle : le souci de gagner du temps, d'où le succès de la psychanalyse brève d'un Rank axée sur la réactualisation du traumatisme de la naissance ; le culte des valeurs morales, souvent aussi « élevées » que creuses, d'où l'idéalisme d'un Putnam ; le goût des slogans, qui pousse à la simplification, etc. Mais, dans les années qui précèdent la publication de Die Frage, la situation se fait plus tendue et précisément à propos de l'exercice de la psychanalyse par des non-médecins. Des Américains, venus d'outre-Atlantique pour se faire analyser par Freud, pratiquent l'analyse, une fois de retour aux États-Unis, situation que la Société psychanalytique américaine ne saurait admettre. Pourquoi ? Si la psychanalyse s'ouvre à des gens qui n'ont pas la qualification médicale, elle s'offre du même coup à la critique la plus grave : elle ne se différencie plus des thérapies, sectes et fausses sciences toujours prêtes à proliférer sur le sol américain, elle tombe à son tour sous l'accusation de charlatanisme. La Médecine qui a conquis relativement tard aux États-Unis son statut scientifique et, par là, sa dignité court le risque d'être confondue avec qui la conteste ou la menace. Pour conjurer ce risque, une seule solution : tenir la psychanalyse pour une spécialisation médicale. Nul doute que ce soit là un souci qui a orienté et oriente encore la psychanalyse made in U.S.A. Non seulement les Sociétés – je parle de celles affiliées à l'Association psychanalytique internationale – n'admettent que des médecins, des M.D.7. Mais, au-delà de cette réglementation, c'est tout le mouvement des idées psychanalytiques qui se trouve infléchi par l'exigence de satisfaire aux normes admises de la respectabilité scientifique. Le rôle majeur longtemps tenu par Heinz Hartmann ne s'explique guère autrement. Ni la volonté d'intégrer la psychanalyse à des disciplines supposées voisines : la biologie, l'éthologie, la psychologie cognitive ; ni le soin, si manifeste dans les publications, mis à distinguer les data des hypothèses, ou à reproduire in extenso, comme le ferait un magnétophone, une séance. Ou encore celui d'étalonner les résultats des cures. Pour un peu, si on le pouvait, on inventerait un appareil de mesure pour chiffrer, par exemple, le prix du complexe de castration...
Du côté viennois, le poids d'une institution est également en jeu. Mais là, ce n'est pas l'institution médicale qu'il s'agit de défendre, c'est l'institution psychanalytique elle-même et le pouvoir qu'elle entend bien exercer sur tous ceux qui se réclament d'elle. Laisser à chaque Société toute liberté d'édicter ses propres règlements, et notamment celle de ne pas admettre en son sein des non-médecins, reviendrait à plus ou moins court terme à rendre impossible toute « communauté » analytique. « Si nous rendons les diverses sociétés autonomes, c'est-à-dire si nous leur accordons le droit de faire comme bon leur semble, écrit Freud à Eitingon8, cela évitera peut-être une rupture dans l'immédiat, mais nous perdrons le privilège dont nous avons joui jusqu'à présent, celui d'émigrer comme nous l'entendons9, dans la mesure où un membre non médecin de la Société de Vienne n'aurait plus la possibilité de participer à des réunions scientifiques, en Amérique ou en Hollande, par exemple. » La diaspora ne suppose-t-elle pas un lien indivisible qui relève moins d'un credo que d'une communauté spirituelle ? Et Freud ajoute : « Nous avons besoin, pour amener un accord général, d'une autorité dont nous ne disposons pas. » On peut voir dans ce constat l'aveu d'un regret : « Je me trouve, écrit-il, dans une autre lettre au même Eitingon, dans la position d'un commandant en chef sans armée10. »
Le temps n'est plus en effet où la parole du Fondateur faisait seule Loi, où le Comité secret pouvait régler les affaires et les différends. Il faut maintenant négocier, se montrer « diplomate » – ce que Freud exècre et ce à quoi Jones sait s'employer –, il convient de tenir compte des situations de fait, de rapports de forces qui ne concernent pas la chose même de la psychanalyse, cette chose, cette cause, à qui au moins une liberté ne saurait être refusée : celle d'émigrer, non seulement d'un pays à l'autre mais d'une science ou d'une langue à une autre, dès l'instant où s'annonce une tentative de mainmise, qu'elle émane d'un régime politique ou d'un régime de savoir. La psychanalyse ou l'émigration.
Car c'est là, en définitive, que se situe le débat et ce qui lui confère son actualité, aujourd'hui encore où la querelle médecins-non-médecins est dépassée (en France du moins et en Grande-Bretagne11). Un débat dont l'occasion est l'affaire Reik, dont l'enjeu manifeste est institutionnel (« votre institution contre la mienne », semble dire Freud aux médecins) mais dont la portée est d'ordre épistémologique. Il s'agit bien d'énoncer une fois encore ce qui assure à la psychanalyse sa spécificité comme théorie, comme méthode et comme pratique, spécificité elle-même fondée sur celle de son objet. Aussi est-ce tardivement (à partir du chapitre VI) que la question des rapports de la psychanalyse et de la médecine est effectivement abordée dans ses modalités concrètes, et cela malgré la pression exercée par l'interlocuteur. C'est qu'il faut d'abord, et dans des mots volontairement simples comme pour mieux se démarquer du vocabulaire spécialisé de la médecine, établir l'autonomie, l'irréductible nouveauté de la psychanalyse. On peut même penser que, tout à ce souci, Freud en vient à forcer un peu la note : il préfère marquer sa dette envers la mythologie ou le savoir populaire plutôt que de reconnaître une filiation quelconque entre la médecine et la psychanalyse. C'est qu'il n'a sur cette affaire aucun doute : l'opposition, qui se manifeste jusque dans son camp, à la Laienanalyse est le « dernier masque de la résistance à la psychanalyse et le plus dangereux de tous12 ».
Toutefois, ne nous y trompons pas : la Médecine n'est ici convoquée qu'à titre d'exemple privilégié. La démonstration pourrait être conduite de manière analogue s'il s'agissait de défendre l'analyse contre toute tentative d'annexion d'où qu'elle vienne – des prêtres ou des « pasteurs d'âmes », des pédagogues, des philosophes ou des politiques. La psychanalyse est, par essence comme par son histoire et sa visée, laïque, « profane » ; elle n'est soumise à aucun des discours « religieux » ou « sacrés » en vigueur ; elle ne prétend se substituer à aucun d'entre eux et la science médicale fait partie du lot. Cette science, Freud la respecte ; simplement, il se refuse, sans le moindre esprit de compromis, à ce que la, sa psychanalyse en soit l'héritière ou une spécialité. À chacune son institution, parce qu'à chacune son domaine. Là-dessus, il ne variera jamais13.
C'est pourquoi le titre sous lequel cet ouvrage était jusqu'alors connu en France, Psychanalyse et médecine, risquait d'induire le lecteur en erreur. La revendication des médecins n'a en effet qu'une valeur d'indice ; elle est exemplaire d'un abus de pouvoir et d'un malentendu, peut-être plus toxique que d'autres, rien de plus14. C'est aussi pourquoi on ferait fausse route à vouloir, comme on l'a suggéré, trouver dans les arguments avancés par Freud l'écho de quelque règlement de comptes personnel avec la Médecine. On retourne alors contre lui ses propres aveux, à savoir que le besoin « de comprendre un peu les énigmes de ce monde » l'a toujours emporté chez lui sur celui « d'aider les hommes qui souffrent15 ». Il se peut qu'on doive voir en Freud un médecin malgré lui, il est avéré qu'il a enduré le mépris et l'incompréhension des autorités médicales. Du moins n'a-t-il jamais pour sa part dérogé à l'éthique médicale dans ce qu'elle a de meilleur : consacrer son attention à la singularité de ce qui fait souffrir. Aussi bien Freud, dans La question..., alors même qu'il dénonce les prétentions abusives de la médecine à l'endroit de la psychanalyse, ne disqualifie-t-il en aucune manière la pratique médicale et, quand il souligne l'« unilatéralité » qui est la sienne, c'est pour reconnaître aussitôt qu'une discipline scientifique ne se définit et ne progresse qu'en étant unilatérale, exclusive des autres.
Quant à la préoccupation thérapeutique, elle n'est nullement absente de la psychanalyse, elle est perceptible tout au long du livre, elle y est même revendiquée : l'analyse y est présentée comme le traitement par excellence des affections psychiques et particulièrement des névroses. L'argumentation de Freud a une autre visée. Il s'agit « d'empêcher la thérapeutique de tuer la science » (p. 14716) et, pour cela, d'aller jusqu'à soutenir que la cure elle-même n'est qu'une « application de la psychanalyse scientifique » (p. 137 et p. 153). Il convient d'autre part de marquer, en faisant appel aussi bien à la théorie qu'à la psychopathologie, que la psychanalyse ne cesse de frayer sa propre voie, distante de celles qu'ont tracées, de façon non moins légitime, la médecine et la psychiatrie.
Pour ma part, je comprends la position de Freud ainsi : il y a, il doit y avoir, solution de continuité entre la formation première et la formation seconde à l'analyse et par l'analyse. Que vous soyez médecin, philosophe, écrivain, professeur, laisse entendre Freud à ses interlocuteurs (tous, en fait, partiaux), peu importe : de toute façon, la psychanalyse, c'est autre chose. Peut-être faut-il, pour bien saisir la force de cette conviction, proposer une analogie. De même que les productions et les opérations de l'inconscient sont en rupture avec ce qui régit notre vie consciente et, en conséquence, avec les catégories mentales et les instruments de pensée que nous avons forgés, de même la psychanalyse, qui a précisément pour objet ces opérations et ces productions, ne peut être qu'en rupture par rapport à tout apprentissage, à toute maîtrise qui vise à s'approprier, par secteurs, la réalité.
Mais, à supposer que ce principe soit admis, cela ne règle rien. Au contraire les difficultés commencent. La question de l'analyse profane nous les fait entrevoir. Si on se passe en effet de la « garantie » qu'offre, même si c'est illusoirement, l'institution médicale, la tentation est alors grande de chercher une garantie dans l'institution analytique. Si l'analyse n'est pas propriété des professionnels de la médecine, ne devient-elle pas, au nom d'un même critère de compétence, d'un même appel à ce qui fait autorité, propriété exclusive des professionnels de l'analyse ? Le renforcement de l'institution psychanalytique découle nécessairement du dégagement par rapport à la médecine. Il convient alors de créer et de développer des Instituts de psychanalyse afin de satisfaire à l'exigence qui veut que « personne ne pratique l'analyse sans en avoir acquis le droit par une formation déterminée » (p. 113). C'est que Freud se bat sur deux fronts : ne pas livrer l'analyse aux médecins, ne pas l'abandonner aux sauvages. La défense de la Laienanalyse va en effet de pair avec une dénonciation de la wilde Analyse, de l'analyse sauvage qui peut être aussi bien le fait d'un médecin que d'un non-médecin.
D'où le réquisit d'une analyse « didactique » censée analyser plus « à fond » que l'analyse ordinaire, d'où la mise en place d'organismes non seulement d'enseignement et de formation mais de contrôle, d'où des procédures rigoureuses de sélection, d'où l'institution d'une hiérarchie allant de l'analyste débutant soumis à supervision jusqu'à l'analyste didacticien, etc. Assurément, Freud a vu le danger. Affirmer l'absolue spécificité de la psychanalyse et, partant, refuser d'en faire une spécialisation d'une science déjà constituée (telle la médecine), assurer sa transmission par des voies extra-universitaires risque fort de la fermer sur elle-même. Or rien ne serait plus contraire à la fois à la démarche personnelle de Freud – démarche qui l'a conduit à inventer la psychanalyse – qu'à l'objet de l'investigation. Aussi, quand Freud esquisse le projet d'un Institut idéal de psychanalyse, lui assigne-t-il les visées les plus larges. Il y convoque toutes sortes de disciplines, entre autres : la mythologie, l'étude des religions, des civilisations, de la littérature, la biologie (p. 133).
On retrouve, dans cette ambition qu'il n'est sans doute plus possible de satisfaire aujourd'hui, où les sciences de l'esprit (nos modernes sciences humaines) se sont multipliées et affinées et où les sciences de la nature ont atteint un haut degré de complexité, on retrouve là à l'œuvre le souci de mesurer la psychanalyse à autre chose qu'elle-même, de la confronter sans cesse à ce qui lui est étranger afin qu'elle redécouvre sa propre étrangeté, qu'elle soit pour elle-même, si l'on peut dire, un « corps étranger ». Ce même souci de maintenir vivante, actuelle, inquiète, l'expérience de l'altérité commande tout au long le trajet analytique, où qu'il s'effectue. Tout analyste est « profane » en ceci qu'il ne peut jamais s'identifier à un savoir, ni le sacraliser, le savoir analytique ne faisant pas exception. Il lui faut rester hors du temple, hors de toute église, même de celle que la psychanalyse a érigée.
Mais, pour donner du poids à cette altérité, pour qu'elle n'en vienne pas à être commodément évoquée comme un alibi, encore faut-il qu'elle prenne corps. Pour que le psychisme soit reconnu comme réalité – ce qu'exige la psychanalyse – il est nécessaire qu'il puisse dans un premier temps être différencié d'une autre réalité et même opposé à elle, et que celle-ci ait eu aussi sa consistance propre, sa propre cohérence. On doit se montrer inquiet de voir, comme c'est si souvent le cas aujourd'hui, des analystes qui semblent n'avoir jamais fait l'expérience d'autre chose que de l'analyse : élevés dans le sérail, n'ayant lu que Freud ou Lacan, les voici dispensés de l'épreuve, décisive, de l'étranger et de la rupture à laquelle j'ai fait allusion. Freud est tout à fait fondé à montrer la discontinuité entre la médecine et la psychanalyse mais peut-être, tout à son combat, néglige-t-il le fait qu'on ne s'engage dans la psychanalyse, comme lui-même, venu de la neurologie, l'a fait, que si on a d'abord renoncé à un autre objet, à un autre langage, à un autre amour dont on ne découvre, le moment venu, les limites que pour les avoir passionnément investis.
1 S. Freud, La question de l'analyse profane, Gallimard, 1985.
2 Cette lettre datée du 11 novembre 1924 ne figure pas dans la Correspondance de S. Freud et K. Abraham. Elle est citée par James Strachey.
3 C'est ainsi que Freud le qualifie sans le nommer dans sa postface.
4 Le lecteur intéressé pourra se reporter aux Minutes de la Société. Cf. Les premiers psychanalystes, 4 vol., coll. « Connaissance de l'inconscient », Gallimard.
5 Cf. le très large débat auquel donna lieu dans la communauté psychanalytique de l'époque la publication de Die Frage der Laienanalyse. Les organes officiels du mouvement, l'Internationale Zeitschrift puis l'International Journal, ouvrirent leurs colonnes à des psychanalystes de divers pays. Cette procédure, tout à fait inhabituelle, et qu'on pourrait presque qualifier d'urgence, montre que la question n'avait rien d'académique.
6 Ernest Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, P.U.F., vol. III, p. 332. De ce même Brill, Jones nous dit ailleurs que « pendant ses quarante ans d'activité il servit la psychanalyse bien mieux que qui que ce soit d'autre, grâce à sa confiance inébranlable dans les vérités psychanalytiques, à sa façon amicale mais ferme de traiter ses opposants... », etc. (ibid., p. 126).
7 Autrement dit, il s'opère là un curieux glissement : l'analyse pratiquée par des non-médecins n'est pas condamnée par la loi comme exercice illégal de la médecine, elle est rejetée par les sociétés psychanalytiques comme exercice illégal... de la psychanalyse.
Depuis quelques années, certaines sociétés locales, inquiètes devant le tarissement ou la médiocrité du recrutement, ont ouvert leurs portes à des Ph. D. mais en portion congrue et à des conditions très strictes. Il semble bien qu'ils y soient plus admis comme « chercheurs », notamment dans le domaine psychosocial, que comme praticiens.
8 Lettre du 22 mars 1927 citée par Jones, op. cit., p. 335.
9 Mes italiques.
10 Lettre du 3 avril 1928 dont ce fragment est cité par Jones, ibid.
11 À titre d'exemples, la Société psychanalytique de Paris compte parmi ses membres environ 1/4 de non-médecins ; l'Association psychanalytique de France 1/3 ; la Société britannique 1/3. À notre connaissance, le titre de médecin n'intervient pas dans la sélection des candidats.
12 Lettre à Ferenczi du 11 mai 1920 in Jones, op. cit.
13 C'est ainsi que, le bruit ayant couru que Freud, à la fin de sa vie, avait changé d'avis quant à la question de la Laienanalyse, il opposa le démenti suivant : « Je n'ai jamais répudié mes vues et je les soutiens avec encore plus de force qu'auparavant, face à l'évidente tendance qu'ont les Américains à transformer la psychanalyse en bonne à tout faire de la psychiatrie » (lettre du 5 juillet 1938 citée par Jones, op. cit., p. 342).
14 « Le développement interne de la psychanalyse la conduit à devenir une pure spécialité médicale et je considère cela comme fatal pour son avenir » (Freud à Ferenczi, in Jones, ibid.).
15 Cf. la postface à La question, op. cit., p. 145.
16 Les pages indiquées sont celles de l'édition citée supra.