— Nous n'avons pas de chauffeur, rétorqua Ava. Encore que ce ne serait
pas une mauvaise idée d'en engager un. Comme ça, tu ne serais pas obligé
de rester chez Catherine sous prétexte que tu as bu un verre de trop. Et
moi, je pourrais m'acquitter plus facilement de tout ce que j'ai à faire !
Le cœur d'Ava s'était mis à battre. Avoir un beau chauffeur Indien dont
elle tomberait amoureuse figurait au premier rang de ses rêves
romantiques. Bien sûr, rien de trop sordide ou de trop érotique ne se
produisait jamais dans ces rêveries. Le fait d'être vierge, en effet, ne lui
donnait guère d'assurance, et elle ne s'imaginait rien de plus que de
chastes baisers.
— N ' y compte pas, répliqua son frère en se rembrunissant. La majorité
des chauffeurs sont des gigolos professionnels. Je ne laisserai pas un de
ces bellâtres t'approcher.
— Comme si un quelconque gigolo pouvait vouloir de moi, marmonna Ava.
Je ne suis pas Celeste Campbell.
Elle regretta aussitôt la mention de ce nom tabou. Le regard de Byron
s'assombrit et un muscle se crispa sur sa mâchoire, signe du combat
intérieur qu'il livrait pour conserver son calme. Après la tentative de vol
qui avait eu lieu au bal donné deux mois plus tôt, une période de grâce
s'était ensuivie durant laquelle Byron avait de nouveau adressé la parole à
sa rivale en affaires. La façon dont elle s'était défendue, ce soir-là, l'avait
visiblement impressionné. Mais tout espoir d'une réconciliation s'était
évanoui lorsque Celeste était venue rendre visite à Melanie — blessée par
une balle lors du drame — en compagnie d'un jeune homme qui était
apparemment son dernier amant en date. Byron n'avait de cesse, depuis ce
jour, de maudire Celeste pour ses mœurs dissolues.