pour le type qui vient tondre le gazon. Il a perdu beaucoup de temps à

attendre et, quand il a appelé un peu plus tard, il s'est montré tellement

grossier que je lui ai dit de ne plus venir. Evidemment, je n'ai pas osé en

parler à Byron... Pas étonnant qu'il me trouve bonne à rien...

— Allons, ça arrive à tout le monde d'oublier des choses. Ce dont tu as

besoin par-dessus tout, Ava, c'est d'un peu de confiance en toi !

Un peu de confiance en elle ? Etait-ce seulement possible ? Ava ne se

rappelait pas avoir jamais envisagé l'avenir avec sérénité, avec optimisme,

avec détermination. Non, elle avait beau réfléchir, cela ne lui était jamais

arrivé.

Comment était-elle devenue cette femme timide, réservée et complexée ?

Elle avait été une belle enfant aux boucles brunes, à l'intelligence aiguë.

Dès l'âge de trois ans, elle avait su lire, suscitant l'admiration générale.

Ses qualités sportives avaient été à l'avenant, puisqu'elle avait appris à

nager très jeune. Aujourd'hui, pas un jour ne se passait sans qu'elle

heurtât ou renversât quelque chose. Quant à nager... Elle n'osait même

pas s'imaginer en maillot de bain ! A quel moment de sa vie avait-elle donc

pris le mauvais tournant ?

— Si tu te crois bonne à rien, reprit Jade avec un agacement visible, c'est

que cette chère Irene n'a pas cessé de te le répéter chaque jour,

exactement comme elle l'a fait pour moi, sa fille. Mais je devais trop tenir

de mon père, et elle n'a pas réussi à me démolir. Mais toi, tu es tellement

douce et gentille qu'elle t'a fait beaucoup de mal. Quoi qu'il en soit, elle ne

peut plus rien te faire, aujourd'hui. Et papa n'est pas méchant. Juste un

peu bourru. Tu n'as qu'à l'ignorer. Bon, reste là, je vais chercher un sac en

plastique.

Elle quitta la pièce d'un pas assuré. Ava la suivit du regard, bouche bée,

une nouvelle fois impressionnée par son inépuisable énergie. Elle admirait